
Africa-Press – Côte d’Ivoire. Jeudi 15 septembre, la junte au pouvoir au Mali a prolongé la joute diplomatique et verbale avec la Côte d’Ivoire sur le sort de 46 soldats ivoiriens détenus, en l’assortissant d’une mise en garde à l’adresse de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), vers laquelle s’est tourné Abidjan.
Le gouvernement malien affirme que l’affaire « est purement judiciaire et bilatérale » et « met en garde contre toute instrumentalisation de la Cedeao par les autorités ivoiriennes pour se soustraire à leur responsabilité vis-à-vis du Mali », selon le premier ministre par intérim, le colonel Abdoulaye Maïga, dans un communiqué lu jeudi soir à la télévision d’Etat. La médiation engagée par le Togo est « l’unique cadre de règlement du dossier » et le Mali « n’est nullement concerné par cette procédure devant l’instance communautaire », dit-il. Il accuse le gouvernement ivoirien d’être animé par une « volonté d’adversité » et « d’avoir transformé un dossier judiciaire en une crise diplomatique ».
Les relations entre le Mali et son voisin ivoirien se sont dégradées depuis que des colonels ont pris par la force, en août 2020, la tête de ce pays confronté depuis 2012 à des attaques djihadistes et plongé dans une profonde crise sécuritaire et politique. Elles se sont encore détériorées avec l’interpellation de 49 soldats ivoiriens à leur arrivée à Bamako, le 10 juillet. Trois soldates ont récemment été libérées. Les 49 soldats devaient, selon Abidjan et l’ONU, participer à la sécurité du contingent allemand des casques bleus au Mali. Bamako redit dans le communiqué publié jeudi les considérer comme des « mercenaires ».
« Chantage inacceptable »
Le ton est encore monté quand le chef de la junte malienne, le colonel Assimi Goïta, a lié la libération des soldats ivoiriens à l’extradition de personnalités maliennes vivant en Côte d’Ivoire. Abidjan a dénoncé un « chantage inacceptable » au détriment de soldats pris en « otages » et a demandé la tenue « dans les meilleurs délais » d’un sommet de la Cedeao. Les deux pays en sont membres, mais le Mali est suspendu de ses organes de décision. Dans le communiqué de jeudi, la junte se garde de conditionner explicitement la libération des soldats ivoiriens à l’extradition des personnalités maliennes. Le colonel Goïta n’a fait qu’exprimer « la nécessité de considérer la situation de certains Maliens » faisant l’objet « de mandats d’arrêts internationaux », dit-elle.
Les autorités maliennes ont pris connaissance de la réaction ivoirienne « avec une très grande préoccupation et une profonde stupéfaction », affirme le premier ministre par intérim. Il répète que « ces forces étrangères, dont une trentaine des forces spéciales, sont arrivées au Mali en possession d’armes et de munitions de guerre, sans ordre de mission ni autorisation, tout en dissimulant les identités et leurs professions réelles de militaires ainsi que l’objet précis de leur présence sur le sol malien ».
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