Africa-Press – Côte d’Ivoire. Le changement climatique est bien en partie responsable de la hausse vertigineuse du prix de la tonne de cacao qui a atteint les 10.000 dollars (9640 euros) en décembre 2024. Climate central, un groupe indépendant de scientifiques financé par le Fonds pour la Terre du patron d’Amazon Jeff Bezos, a revu toutes les températures enregistrées dans les deux principaux pays producteurs de cacao, la Côte d’Ivoire et le Ghana. Ces deux pays africains représentent en effet près de 60% de la production mondiale, influant ainsi fortement sur les cours. Résultat: entre 2015 et 2024, on dénombre dans ces deux pays 40 jours supplémentaires où les températures ont excédé les 32 °C par rapport aux décennies précédentes. Or, cette chaleur excessive est néfaste à la formation des fleurs et au développement des cabosses. En moyenne, l’ensemble de ces régions du golfe de Guinée ont connu au moins trois semaines supplémentaires au-dessus de 32°C, et certaines régions comme le Nigeria beaucoup plus.
Pour en avoir le cœur net, les chercheurs de Climate Central ont fait tourner un modèle numérique dans lequel ils ont simulé le climat de la région s’il n’y avait pas eu d’augmentation des gaz à effet de serre depuis le début de l’ère industrielle et l’ont comparé à la réalité d’aujourd’hui. C’est ainsi que les chaleurs excessives ont pu être attribuées sans doute possible aux émissions anthropiques de CO2.
Des arbres de sous-bois qui poussent désormais en plein soleil
Cette hausse des températures se déroule au plus mauvais moment du cycle de la plante. Le cacaoyer produit en effet deux récoltes par an, la principale se déroulant d’octobre à mars, la secondaire beaucoup moins abondante entre avril et septembre. Or, c’est au cours de la période la plus productive que les températures ont le plus augmenté. Ces chaleurs excessives causent le flétrissement des fleurs et le pourrissement des cabosses. Les scientifiques rapportent ainsi qu’en 2024 en Côte d’Ivoire, les hautes températures ont fait tomber les feuilles des arbres, ce qui a exposé les cabosses à un rayonnement solaire direct, provoquant l’assèchement des fruits.
Ce phénomène est d’autant plus massif qu’à l’origine, le cacaoyer est un arbre de sous-bois qui culmine à quatre mètres de hauteur. Il aime la pénombre offerte par des arbres plus grands. Or, à partir des années 1960, les agriculteurs se sont aperçus que le cacaoyer poussait beaucoup plus vite quand il était mis en pleine lumière. Ils ont donc coupé les grands arbres et accéléré ainsi la déforestation de ces pays presque totale désormais. Aujourd’hui, l’augmentation de la chaleur et du rayonnement solaire frappe des arbres qui ne sont pas adaptés à ces nouvelles conditions climatiques. La baisse des rendements affecte ainsi directement trois millions de petits producteurs, cette culture ayant résisté à toute industrialisation du fait des besoins importants en main d’œuvre.
Une conjonction de mauvaises conditions
Le cacaoyer connaît par ailleurs d’autres vicissitudes. L’arbre se développe idéalement avec une pluviométrie comprise entre 1500 et 2000 millimètres par an et il ne faut pas de sécheresse excédant les trois mois. En juillet 2024, les producteurs ivoiriens ont reçu pendant la saison de production principale 40% d’excédents de pluies, ce qui a inondé les champs et abimé les cabosses. Puis, décembre n’a connu aucune précipitation. Ces fortes variations d’apport en eau expliquent également la baisse des rendements. Là aussi, le changement climatique pourrait aggraver les choses. Les modèles simulant une modification de la circulation des courants océaniques et notamment un ralentissement de la circulation méridienne de retournement de l’Atlantique (Amoc selon l’acronyme anglais) dans l’Atlantique nord, aurait pour conséquence d’accentuer les précipitations sur le golfe de Guinée, une région déjà très arrosée. Or, l’excès d’humidité empêche le séchage des cabosses et augmente les risques de pourrissement des fruits.
La culture subit par ailleurs le développement d’une maladie transmise par les cochenilles, le virus de l’œdème du cacaoyer. Sans remède pour l’instant, la lutte contre le pathogène se limite à l’arrachage des arbres atteints. Tous ces aléas expliquent la hausse vertigineuse du prix de cette matière première prisée transformée en chocolat principalement en Europe. Avec cette nouvelle étude, la responsabilité du changement climatique est clairement établie.
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