Gestion des déchets nucléaires à l’épreuve du temps

1
Gestion des déchets nucléaires à l'épreuve du temps
Gestion des déchets nucléaires à l'épreuve du temps

Africa-Press – Côte d’Ivoire. Ces 83.000 tonnes ne représentent certes que 2,5% du volume total des déchets nucléaires générés par les activités de production d’énergie et d’activités médicales, mais ces résidus « à haute activité et vie longue » (HAVL) et à « moyenne activité à vie longue » (MAVL) représentent 99% de la radioactivité émise par les résidus de l’énergie nucléaire. Et c’est un « colis » dangereux laissé aux générations futures pour des milliers d’années. « Cette échelle de temps nous amène à décider dans l’incertitude », a noté le président de la Commission nationale du débat public (CNDP) Marc Papinutti, lors de la remise des conclusions du débat clos en février dernier sur le sixième plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs (PNGMDR) qui va courir jusqu’en 2030.

La solution pour ces déchets dangereux, c’est Cigéo. Ce site d’enfouissement à 500 mètres de profondeur dans la couche d’argilite de la région de Bure, aux confins de la Meuse et de la Haute-Marne, a déjà fait l’objet de moult débats publics et parlementaires. La loi de 2006 confirme l’enfouissement comme le choix de gestion de ces volumes et a instauré les PNGMDR pour suivre le cheminement d’une politique au long cours où les décisions d’aujourd’hui courent sur des échéances de plus de 100 ans. Nous en sommes donc au sixième plan dont le but est de servir de rappel sur les réalités techniques induites par la dangerosité de ces déchets, quels que soient les gouvernements qui pourraient à l’avenir être tentés de changer les orientations énergétiques du pays. « Malheureusement, les discussions menées par les 3840 participants aux évènements organisés par la CNDP n’ont pu s’appuyer sur un bilan du cinquième plan qui n’a pas été établi », déplore Julie Dumont, présidente de ce débat.

Les mots du débat: mémoire, réversibilité, incertitude de l’avenir

Les incertitudes sont donc nombreuses. La première est celle du statut de ces éléments, provenant principalement des combustibles épuisés des réacteurs qui sont aujourd’hui dans des colis vitrifiés aux abords des 19 centrales nucléaires en activité. Sont-ils des « déchets » ou des « matières »? Les uns pensent que les progrès techniques, notamment via les petits réacteurs modulaires (SMR) ou les réacteurs à neutrons rapides en cours de conception, vont permettre de recycler des déchets en combustible. Les autres font remarquer qu’aucune des voies de réutilisation de l’uranium appauvri, du plutonium ou du thorium n’a abouti après des décennies de recherche. Selon la loi de 2006, le site Cigéo doit rester « réversible », c’est-à-dire que les déchets qui y sont stockés doivent pouvoir être aisément récupérés pendant au moins un siècle pour éventuellement être réutilisés.

Actée en 2022, la relance du secteur nucléaire générera des déchets supplémentaires qui n’ont pas aujourd’hui de solutions, puisque Cigéo n’est calibré que pour les déchets déjà produits. Ainsi, le 16 décembre dernier, un représentant de l’association pour le contrôle de la radioactivité dans l’ouest (Acro) s’est interrogé: « Est-ce bien raisonnable de continuer à produire des déchets alors qu’on ne sait pas encore les stocker définitivement? » C’est ce genre de question que le plan doit suivre dans le temps long. De même, celle du coût du stockage des déchets est également ouverte. L’Etat vient de réévaluer la facture de 25 milliards d’euros, estimée en 2016 pour Cigéo, à 33,3 milliards au 1er janvier 2025 pour tenir compte notamment de l’inflation. Ce montant correspond à la phase de conception, de construction, d’exploitation et de fermeture jusqu’en 2170, ce qui illustre bien la difficulté de décider aujourd’hui pour une échéance aussi lointaine.

Des filières à saturation ou inexistantes

L’extrême complexité des HAVL ne saurait faire oublier le sort des TFA (très faible activité), des FAVL (faible activité à vie longue) et des nouveaux déchets médicaux. Les TFA sont principalement des gravats et des ferrailles issus des phases de démantèlement de centrales. Les flux devraient donc augmenter dans les décennies à venir avec l’arrêt des réacteurs les plus anciens. Les besoins globaux de stockage pourraient ainsi atteindre les 2,4 millions de mètres carrés en 2070, alors que les capacités actuelles du « Centre industriel de regroupement, d’entreposage et de stockage » (Cires) à Morvilliers (Aube) sont de 950.000 mètres carrés et seront à saturation en 2040.

Le projet de technocentre porté par EDF sur le site de la centrale en cours de démantèlement de Fessenheim (Haut-Rhin) vise ainsi à réduire les volumes en décontaminant et en fondant en lingots des ferrailles faiblement radioactives pour les remettre sur le marché de l’acier. Le débat a révélé des craintes d’une nouvelle diffusion incontrôlée de la radioactivité. Dans sa contribution, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) précise que « l’enjeu du prochain PNGMDR consistera à déterminer l’implantation du site qui devra prendre la relève du Cires à l’horizon 2040 et d’en préciser les capacités de stockage envisagées ». Il sera difficile de trouver un territoire acceptant une « poubelle » nucléaire…

De nouvelles pratiques médicales font disperser la radioactivité

Les FAVL sont, eux, très divers et n’ont à ce jour pas de filière de stockage. Ces déchets proviennent principalement du démantèlement des anciens réacteurs de la filière uranium naturel graphite gaz (UNGG), mais aussi d’activités industrielles hors électronucléaire, ainsi que de résidus de conversion de l’uranium et des déchets anciens conditionnés dans des matrices bitumineuses. Ce sujet, selon tous les acteurs, manque de clarté et de définition, y compris du périmètre des matériaux concernés. Dans ses recommandations, la CNDP ne peut que demander la création d’un groupe de travail apte à trouver des solutions aujourd’hui inexistantes.

Emerge enfin la question des déchets médicaux. De nouvelles thérapies, notamment pour les cancers, comme la radiothérapie interne vectorisée (RIV), sont de plus en plus utilisées. « Si, dans le cadre hospitalier, la gestion de ces déchets qui vont croissant est satisfaisante, ce n’est pas le cas en médecine ambulatoire où rien n’est prévu pour éviter les rejets », assure Julie Dumont. On assiste ainsi aujourd’hui à des phénomènes nouveaux. De la radioactivité apparaît dans les eaux des stations d’épuration et les portiques de détection sonnent de plus en plus souvent à l’entrée des déchèteries municipales.

Pour plus d’informations et d’analyses sur la Côte d’Ivoire, suivez Africa-Press

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here