Djibouti Comme Hub Digital Africain Émergent

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Djibouti Comme Hub Digital Africain Émergent
Djibouti Comme Hub Digital Africain Émergent

Par Olivier Caslin

Africa-Press – Djibouti. Principale porte d’entrée de l’Afrique de l’Est pour sa connectivité internationale grâce à ses douze câbles sous-marins et, depuis avril, l’installation de son premier centre de données, le pays a toutes les cartes en main pour développer services digitaux et e-commerce. Et pour attirer les opérateurs du secteur.

Mission accomplie pour Mariam Hamadou Ali. Nommée à la tête du ministère délégué à l’Économie numérique et à l’Innovation à sa création, en mai 2021, elle avait pour objectif de mettre en place l’encadrement juridique et réglementaire nécessaire au développement d’une véritable économie digitale à Djibouti.

C’est chose faite depuis le mois de juillet, avec l’adoption du Code numérique, qui doit être complété par la promulgation dans les semaines à venir de la Startup Act Djibouti, un cadre juridique élaboré par les services du ministère depuis 2023 et dont les textes ont été adoptés en novembre par l’Assemblée nationale. « L’objectif de cette loi est d’aider les entreprises à se développer dans le secteur, tout en incitant les principaux acteurs privés, mais aussi publics, à investir pour prendre ce virage numérique », explique la ministre.

Cette dernière peut dorénavant se concentrer sur ses autres chantiers prioritaires, inscrits dans la « vision Djibouti 2035 » développée par le président Ismaïl Omar Guelleh: le zéro papier, avec la digitalisation de l’administration (Egouv), ainsi que le zéro cash, avec la digitalisation des paiements (Ecash).

Des applications pour l’administratif, la banque, la logistique…

Le premier de ces chantiers, qui sont censés être effectifs d’ici à 2030, est celui de la digitalisation de l’administration, qui porte sur la création de plus de 500 services en ligne au cours des cinq prochaines années, à travers l’ensemble des services administratifs. Quant au programme de digitalisation des paiements, il fait l’objet d’une feuille de route, en cours d’élaboration, qui doit être adoptée prochainement par décret.

Le portail Egouv compte déjà nombres d’applications concrètes, avec ePermis, pour la demande dématérialisée de permis de construire, eCabinet, qui propose des modèles types de courriers administratifs, ou encore eVisa. « La prochaine phase portera sur la correspondance entre les services de la présidence et des différents ministères », précise Mariam Hamadou Ali, qui n’oublie pas d’associer les représentants des entreprises dans cette révolution en marche du secteur public. « Ils sont très demandeurs car ils veulent identifier les efforts à entreprendre pour réussir une telle mise en place », reprend la ministre.

Idem pour Ecash, qui nécessite un sérieux changement de paradigme dans un pays où l’utilisation du numéraire reste prépondérante. « Pour éviter toute déperdition au niveau du trésor, il convient de renforcer les moyens techniques de l’État, ainsi que ceux de ses fournisseurs », explique Mariam Hamadou Ali, qui souligne aussi l’immense effort de sensibilisation et de formation à fournir en direction de la population.

Il faut accompagner les Djiboutiens à se saisir de cette transformation numérique en marche qui doit leur faciliter la vie.

Les Djiboutiens sont déjà à bonne école depuis quelques années, avec l’arrivée de plateformes telles que Waafi, proposée par Salaam African Bank, et D-Money, développée par Djibouti Telecom, qui, ensemble, comptent déjà plus de 200 000 utilisateurs à travers le pays. L’État cherche maintenant à tirer profit de cette base en proposant un maximum de modules de formation à la population, avec le soutien de l’université et de la Chambre de commerce. « Il faut accompagner les Djiboutiens à se saisir de cette transformation numérique en marche et qui doit leur faciliter la vie », résume la ministre.

L’autre finalité est de lutter contre le chômage des jeunes (la moitié de la population du pays a moins de 25 ans) en les incitant à s’orienter vers l’autoentrepreneuriat plutôt que vers la fonction publique. Ce qui est d’autant plus nécessaire à l’heure où le gouvernement souhaite réduire les effectifs dans les administrations. Pour y parvenir, l’État s’appuie sur l’intégration des technologies numériques, comme il le fait pour d’autres grands projets en préparation dans les domaines portuaires et aéroportuaires, avec Smart Port et Smart Airport.

L’infrastructure rapporte déjà 145 millions d’euros par an au pays

Bien décidés à faire de Djibouti une « Smart Nation », pour reprendre l’expression de Mariam Hamadou Ali, les pouvoirs publics comptent tirer le meilleur parti des avantages comparatifs du pays en matière numérique. Grâce à son positionnement géostratégique, Djibouti dispose d’importantes infrastructures de connectivité internationale. Figurant parmi les pays les mieux connectés au monde, et le deuxième du continent après l’Égypte, comme le souligne une récente étude de la Banque africaine de développement (BAD), il est actuellement connecté à douze câbles sous-marins (auxquels s’ajoutent deux câbles terrestres) qui, ensemble, assurent 60 % du trafic mondial d’internet et constituent l’épine dorsale des communications numériques régionales.

Reste désormais à valoriser ces « autoroutes numériques » en vendant un maximum de services, plutôt que de se contenter d’engranger une simple rente. « L’infrastructure rapporte aujourd’hui 30 milliards de francs djiboutiens [plus de 145,3 millions d’euros] chaque année au pays. Elle devrait en rapporter au moins le triple », calcule la ministre, qui compte sur la fin annoncée, mais toujours reportée, du monopole de Djibouti Telecom pour voir s’ouvrir le marché. Et à condition de faire venir d’autres fournisseurs.

Starlink a déjà fait connaître son intérêt à utiliser les câbles. Par ailleurs, la digitalisation des services du port de Djibouti peut permettre à ce dernier d’attirer dans ses zones franches des opérateurs aussi significatifs qu’Amazon ou Alibaba. « Les retombées peuvent être colossales pour le pays en matière d’e-commerce », veut croire Mariam Hamadou Ali.

Un data center piloté par Wingu Africa

Ce d’autant plus que Djibouti a encore pris de l’avance dans le secteur en réceptionnant son premier centre de données, en avril. Installé dans la capitale, non loin du littoral, le site est géré par le groupe Wingu Africa, qui regroupe des investisseurs du monde entier. L’opérateur, qui dispose déjà de centres de données en Éthiopie et en Tanzanie, a investi 10 millions de dollars dans ses installations djiboutiennes, lesquelles hébergent déjà les informations des plus grands groupes du secteur, dont les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft).

Wingu Africa, qui commence également à développer ses services en intelligence artificielle, cohabite avec les Djiboutiens de TO7 Network, fournisseur d’accès internet qui exploite également la Cable landing station (CLS), station d’atterrissage de câbles installée à proximité du centre de données. TO7 est par ailleurs chargé du maillage du territoire en fibre optique, qui a démarré en 2024 et doit s’achever dans le courant de 2026.

Entre-temps, le centre de données aura finalisé son mix énergétique. « Un data center se doit d’utiliser des énergies vertes », explique Hachin-Arafat Mohamed, directeur pays de Wingu Africa, qui annonce la mise en place d’une ferme photovoltaïque en 2026. Une fois consolidée ses activités djiboutiennes, l’opérateur pourra reprendre son développement régional en Afrique de l’Est. Il prévoit déjà l’ouverture d’un nouveau centre de données en Éthiopie – « où le marché est très dynamique », selon Hachin-Arafat Mohamed –, ainsi qu’à Dodoma, la capitale tanzanienne. « Une telle implantation ne fait que renforcer le rôle de hub digital de Djibouti dans la sous-région », se félicite Mariam Hamadou Ali.

Source: JeuneAfrique

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