Afrique : L’envoi de militaires américains dans 22 pays, n’a pas atteint l’objectif tracé selon le Pentagone

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Afrique : L'envoi de militaires américains dans 22 pays, n'a pas atteint l’objectif tracé selon le Pentagone
Afrique : L'envoi de militaires américains dans 22 pays, n'a pas atteint l’objectif tracé selon le Pentagone

Anouar CHENNOUFI

Africa-Press – Djibouti. Cette situation très pertinente pour les Etats-Unis, considérés comme étant « la plus grande puissance mondiale » avec un PIB qui s’élève à 24 796 mds$, vient d’être rendue publique dans un rapport émanant du Pentagone et publié discrètement le mois dernier.

Ce rapport a révélé que, malgré l’envoi de forces dans au moins 22 pays d’Afrique, les États-Unis n’ont pu, jusqu’à ce jour, atteindre les objectifs qu’ils se sont tracés.

C’est pourquoi a-t-on constaté que les Etats-Unis n’ont jamais su appuyer leurs campagnes anti-terroristes sur des alternatives locales crédibles à la menace des groupes armés sur le Continent africain.

En faisant un grand pas en arrière dans la politique et les stratégies des USA, on s’aperçoit qu’en « globalisant » sa « guerre contre le terrorisme”, George W. Bush, le 43e président des États-Unis (du 20 janvier 2001 au 20 janvier 2009), avait permis en retour à l’organisation d’Al-Qaïda de « globaliser » ses actes, bien au-delà de son sanctuaire afghan, puis pakistanais, avant de constater que le désastre de l’invasion de l’Irak avait facilité par la suite l’émergence d’un pôle au Moyen-Orient plus accessible et plus attractif pour les groupes armés du monde entier.

De facto, le recentrage de la stratégie anti-terroriste sous Barack Obama, le 44e président des États-Unis (du 20 janvier 2009 au 20 janvier 2017), aurait peut-être pu conduire à un succès durable si la Maison blanche avait adopté une politique claire en Syrie.

Mais, en soutenant publiquement l’opposition contre Bashar al-Assad, sans jamais lui donner les moyens militaires de l’emporter, les Etats-Unis ont ouvert un boulevard à Daech dans ce pays, avant de migrer en Afrique.

Ce qu’en dit le rapport du Pentagone

Dans son dernier rapport élaboré à ce sujet, le Pentagone dévoile que la situation sécuritaire dans le Sahel africain, où les commandos américains se sont entraînés, combattu et trouvé la mort dans une « guerre de l’ombre » au cours des 20 dernières années, cette situation est un cauchemar. Ce n’est que la dernière preuve d’échecs militaires américains systémiques à travers le continent, compris deux décennies de déploiements, de frappes de drones et de raids de commandos en Somalie qui ont entraîné une impasse et une série continue de coups d’État perpétrés par des officiers formés aux États-Unis, dans l’Ouest africain, et que le chef des commandos américains sur le continent a déclaré que cela était du aux alliances américaines avec des régimes répressifs.

Dans le même contexte, on pouvait lire dans la nouvelle analyse du Centre d’études stratégiques de l’Afrique, la principale institution de recherche du Pentagone consacrée au continent, que « Le Sahel occidental a vu quadrupler le nombre d’événements de groupes armés (islamistes) depuis 2019 », et que par conséquent, « Les 2 800 événements violents prévus pour 2022 représentent un doublement au cours de l’année écoulée. Cette violence s’est étendue en intensité et en portée géographique ».

Le rapport explique que la détérioration de la situation sécuritaire reflète le plus mal le Commandement des opérations spéciales Afrique (SOCAFRICA), qui supervise les troupes d’élite américaines sur le continent et a joué un rôle démesuré dans les efforts militaires américains pour contrer les groupes terroristes ou, dans le langage militaire, les organisations extrémistes violentes (VEO), telles que « Jama’at Nusrat al Islam wal Muslimin » au Burkina Faso, et « Ahlu Sunnah wa Jama’a » au Mozambique.

Ainsi, la SOCAFRICA, par, avec et à travers des partenaires africains devrait dégrader et perturber les VEO (organisations extrémistes violentes) afin de faire avancer les intérêts de sécurité des États-Unis, selon des plans autrefois secrets et fuités, couvrant les années 2019 à 2023.

L’objectif de la SOCAFRICA était de réaliser les plus grands bénéfices, en concentrant ses efforts sur quatre grandes zones :
• l’Afrique de l’Est,
• le bassin du lac Tchad,
• le Sahel
• et le Maghreb ».

Pour concrétiser leurs objectifs, les États-Unis ont constamment envoyé leurs troupes les plus élitistes – notamment les bérets verts de l’armée, les Navy SEAL et les Marines – dans ces points chauds africains. Selon une liste fournie par le Commandement des opérations spéciales des États-Unis à certains médias, les commandos américains se sont déployés dans 17 pays africains : Bénin, Botswana, Burkina Faso, Tchad, Côte d’Ivoire, Djibouti, Égypte, Ghana, Guinée, Kenya, Malawi, Mali, Mozambique, Niger, Nigéria, Tanzanie et Tunisie, en 2021.

Point de vue des enquêteurs et observateurs sur cette question

Suite aux enquêtes menées, il fût révélé que des opérateurs spéciaux américains avaient été envoyés dans au moins cinq autres pays africains : la République démocratique du Congo, la Mauritanie, le Maroc, le Sénégal et la Somalie, l’année dernière.

Et cela s’ajoute à une myriade d’engagements des troupes américaines conventionnelles à travers le continent, suite à des manœuvres navales entreprises aux côtés des forces de Madagascar, de Maurice et des Seychelles et aux déploiements de la Garde nationale au Maroc, au Kenya et en Somalie.

« Le gouvernement américain manque constamment de transparence dans la divulgation de la portée et des lieux de ses opérations militaires à travers l’Afrique. Le Secrétariat à la Défense ne reconnaît pas toute l’étendue de ses activités de ‘formation et de coopération’, souvent des euphémismes pour des opérations qui ressemblent beaucoup à des combats », a déclaré Stephanie Savell, codirectrice du projet Costs of War de l’Université Brown.

Déploiement des troupes de l’US Army

Les déploiements dans ces 22 pays africains représentent une part importante de l’activité mondiale des forces d’opérations spéciales américaines. Environ 14% des commandos américains envoyés à l’étranger en 2021 ont été acheminés vers l’Afrique, ce qui en fait le pourcentage le plus élevé de toutes les régions du monde à l’exception du Grand Moyen-Orient.

Depuis le début des années 2000, des opérateurs spéciaux américains se sont impliqués dans des missions qui couvrent toute la gamme des efforts de formation comme l’exercice annuel « Flintlock » de la SOCAFRICA, qui est « conçu pour renforcer la capacité des principaux pays partenaires de la région à contrer les organisations extrémistes violentes », pour conseiller, assister et accompagner des missions aux côtés des troupes locales qui peuvent impliquer les forces d’opérations spéciales américaines au combat.

Toutefois, malgré un engagement substantiel des commandos américains, les tendances du terrorisme à travers le continent africain sont lamentables, selon le Centre d’études stratégiques de l’Afrique, principale institution de recherche du Pentagone.

«La violence des groupes armés opérant en Afrique a augmenté inexorablement au cours de la dernière décennie, augmentant de 300% pendant cette période», lit-on dans une évaluation datée du mois d’août de l’ensemble du continent, ou encore que « Les événements violents liés aux groupes islamistes militants ont doublé depuis 2019 ».

A noter que lors d’une mission d’entraînement des bérets verts sur le territoire du Niger, où quatre soldats américains ont été tués dans une embuscade exécutée par Daech en 2017, des observateurs qui en faisaient partie avaient souligné : « Il est difficile de voir comment une douzaine de soldats des forces spéciales et environ 120 commandos nigériens couvrant 200 000 milles carrés puissent faire la différence contre prés de 2 500 membres de Daech et d’Al-Qaïda ». Des chiffres qui confirment leur scepticisme.

Le manque de sécurité et le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays, combinés, dans certaines régions, à une perception de désavantage entre le gouvernement et la population, visent réellement à créer un environnement où la population perd confiance dans le gouvernement et se décide délibérément à renverser le gouvernement par un coup d’État ou, comme nous l’avons vu, par exemple au Burkina Faso, où une mutinerie s’était transformée en coup d’État (faisant référence au putsch de janvier 2022 du Lieutenant-Colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba).

Dans le même contexte, des officiers ouest-africains formés et conseillés par des opérateurs spéciaux américains ont pris goût à renverser les gouvernements que les États-Unis tentent de soutenir, dont quatre coups d’État commis par des officiers participant à l’opération Flintlock depuis 2020.

Le chef de la SOCAFRICA, Milton James « Jamie » Sands, un contre-amiral de la marine américaine et Navy SEAL qui est le commandant du Commandement des opérations spéciales en Afrique depuis le 1er juillet 2021, et ayant récemment servi comme commandant du Naval Service Training Command du 25 avril 2019 au 27 mai 2021, raconte que les États-Unis n’étaient pas responsables des rébellions, étaient impuissants à les empêcher, en notant que l’une des principales raisons des coups d’État était le mécontentement populaire à l’égard des partenaires américains sur le continent qui répriment la volonté de leurs propres peuples.

Stratégie du Pentagone après le 11 septembre 2001

Le rapport du Pentagone précise qu’après le 11 septembre l’engagement militaire en Afrique a été intensifié, construisant un réseau tentaculaire d’avant-postes à travers la partie nord du continent africain, soit du Sénégal au Kenya et de la Tunisie au Gabon, menant des centaines de frappes de drones de la Libye à la Somalie, ainsi que des raids de commandos et des missions d’entraînement d’un bout à l’autre de l’Afrique.

La même source indique entre-autres qu’en Somalie, par exemple, il y a eu 37 frappes aériennes déclarées en huit ans sous l’administration Obama, tandis que le nombre d’attaques américaines est passé à 205 pendant le seul mandat de Trump, selon les données compilées par Airwars, un groupe de surveillance des frappes aériennes basé au Royaume-Uni. Sous l’administration Biden, les États-Unis y ont mené au moins 11 attaques. La plupart des frappes visaient les groupes armés, en particulier le groupe « Al Shabaab » qui contrôle maintenant environ 70 % du sud et du centre de la Somalie, un pays presque aussi grand que le Texas.

Au mois de juin dernier, lors de la tenue d’un congrès, le président Joe Biden a déclaré : « Au cours des prochaines semaines et des prochains mois, les forces armées américaines se repositionneront à partir d’endroits en Afrique pour retourner en Somalie », en envoyant finalement environ 450 soldats à Mogadiscio et en annulant un retrait ordonné auparavant par son prédécesseur Donald Trump, durant les derniers jours de son mandat.

« Le personnel militaire des États-Unis mène des missions périodiques en Somalie pour former, conseiller et assister les forces régionales, y compris les forces somaliennes et celles de la Mission de l’Union africaine en Somalie, lors d’opérations antiterroristes », a-t-il indiqué. De tels « engagements » peuvent cependant être indiscernables du combat.

En mai 2017, par exemple, le Navy SEAL Kyle Milliken, un opérateur de guerre spéciale en chef de 38 ans, a été tué par des membres d’Al Shabaab alors qu’il menait une mission de conseil, d’assistance et d’accompagnement avec les forces somaliennes, après que lui et son équipe ont été pris sous le feu de ce groupe.

L’année suivante, le soldat des opérations spéciales Alex Conrad a été tué à son tour dans un échange de tirs en Somalie. Et plus tôt cette année, un soldat affecté au 20e groupe des forces spéciales a été blessé dans une attaque au mortier au Mali.

Pour ainsi dire, au cours de la dernière décennie, les forces d’opérations spéciales américaines ont combattu dans au moins 13 pays africains, selon le brigadier de l’armée à la retraite, le général Don Bolduc, qui a servi au Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM) de 2013 à 2015, puis a dirigé le Commandement des opérations spéciales en Afrique jusqu’en 2017. Les troupes américaines les plus élitistes ont continué d’être actives dans neuf de ces pays : Burkina Faso, Tchad, République démocratique du Congo, Kenya, Mali, Mauritanie, Niger, Somalie et Tunisie, en 2021.

Qu’en est-il en 2022 ?

Cette année, les États-Unis ont réduit leur soutien au premier de ces pays, notamment le Burkina Faso, après que le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba ait renversé le président démocratiquement élu de son pays au mois de janvier dernier.

Il s’est avéré que Damiba était bien connu de l’AFRICOM, puisqu’il a participé à au moins une demi-douzaine d’événements de formation aux États-Unis. En 2010 et 2020, il a participé à l’exercice Flintlock de la SOCAFRICA.

Cela n’a pas duré longtemps, puisqu’à la fin du mois de septembre, Damiba fût renversé par un autre officier militaire, moins gradé que lui, le capitaine Ibrahim Traoré.

Ont-ils tous été encadrés par les États-Unis ?

AFRICOM ne le sait toujours pas. A ce propos, le porte-parole du Commandement de l’Afrique, Kelly Cahalan, a déclaré : « C’est quelque chose que nous devrons rechercher pour y répondre…Les prises de pouvoir militaires sont incompatibles avec la formation et l’éducation militaires américaines ».

Toujours dans le même sillon, en 2014, le lieutenant-colonel Isaac Zida, qui a suivi un cours de formation sur le contre-terrorisme à la base aérienne de MacDill en Floride, parrainé par l’Université conjointe des opérations spéciales, s’était emparé du pouvoir au Burkina Faso, et en fut le chef de l’État de transition du 21 novembre 2014 au 6 janvier 2016.

Un an après, le général Gilbert Diendéré, qui dirigeait le Comité Burkina Faso Flintlock 2010, a dirigé la junte qui a renversé le gouvernement de ce pays. Puis, en 2020, le colonel Assimi Goïta, qui a également travaillé avec les forces d’opérations spéciales américaines, participé à des exercices d’entraînement Flintlock et assisté à un séminaire de l’Université conjointe des opérations spéciales à MacDill, a renversé le gouvernement malien. Goïta a ensuite démissionné et a pris le poste de vice-président dans un gouvernement de transition chargé de ramener le Mali à un régime civil, mais a rapidement repris le pouvoir, menant son deuxième coup d’État en 2021.

Au cours de cette même année, des membres d’une unité des forces spéciales guinéennes dirigée par le colonel Mamady Doumbouya a interrompu son entraînement avec les Bérets verts américains pour prendre d’assaut le palais présidentiel et déposer le président du pays, Alpha Condé, âgé de 83 ans. Doumbouya a été rapidement installé comme nouveau chef de la Guinée.

Il importe de mettre les choses au clair

Flintlock 2022 en Côte d’Ivoire

L’exercice Flintlock de la SOCAFRICA n’est peut-être pas un incubateur d’insurrection, mais les putschistes récents ont fait partie de ses participants les plus en vue.

Les officiers qui n’ont assisté qu’à deux exercices Flintlock, à eux seuls, ont mené cinq coups d’État depuis 2015. Diendéré et Damiba du Burkina Faso ont tous deux été impliqués dans Flintlock 2010, tandis que l’AFRICOM a confié aux médias que Doumbouya de Guinée et Goïta du Mali ont tous deux assisté à Flintlock 2019.

« Fournir ce type de formation tactique dans les démocraties fragiles a des coûts, et jusqu’à présent, nous n’avons pas été en mesure d’avoir des conversations publiques honnêtes sur ces coûts », a déclaré un haut responsable militaire américain. « Nous n’avons pas non plus suffisamment d’informations publiques sur chaque type de formation dans lequel on s’engage, ni comment éviter d’encourager les violations des droits de l’homme ».

Le contre-amiral Sands, le chef du Commandement des opérations spéciales pour l’Afrique, a soutenu que l’entraînement américain n’était pas lié aux coups d’État et a plutôt suggéré qu’une des principales raisons en était que les États-Unis étaient associés à des régimes répressifs ou, comme il l’a dit plus explicitement : « Une gouvernance qui n’est pas nécessairement alignés sur les droits et la volonté de leur peuple, malgré les rébellions des stagiaires américains et les partenariats avec des gouvernements oppressifs », insistant sur le fait qu’il « n’y a pas d’autre option » que de poursuivre le soutien des États-Unis, mais aucun moyen d’arrêter les coups d’État.


En conclusion, Sands a « crevé le ballon » en dévoilant :

« Je vous dirais qu’il n’y a personne de plus surpris ou déçu lorsque des partenaires avec lesquels nous travaillons actuellement, ou avec lesquels nous travaillons depuis un certain temps, décident dans certains cas de renverser leur gouvernement ».

« Nous ne nous sommes pas trouvés capables d’empêcher ça» !

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