Assainissement des géants d’État pour relancer l’économie

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Assainissement des géants d'État pour relancer l'économie
Assainissement des géants d'État pour relancer l'économie

Africa-Press – Gabon. Le Gabon porte un fardeau économique invisible mais écrasant: ses entreprises parapubliques engloutissent des centaines de milliards de FCFA chaque année sans générer de valeur, creusant la dette nationale et asphyxiant les capacités d’investissement de l’État. De l’Oprag à la SEEG, en passant par la SEM et le FGIS, ces géants publics censés propulser le développement sont devenus des gouffres financiers qui perpétuent la dépendance aux bailleurs extérieurs. Citoyen engagé, Georges Adiahenot*, démontre ici qu’une réforme radicale de ces structures, fondée sur la bonne gouvernance, l’imputabilité managériale et la rupture avec l’impunité, constitue la voie la plus efficace pour transformer ces centres de coûts en moteurs de croissance capables de financer, par leurs propres dividendes, les grands projets structurants du pays. Un plaidoyer pour une révolution managériale qui pourrait libérer le Gabon du cercle vicieux de l’endettement.

Le Gabon se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins et doit choisir entre laisser ses entreprises parapubliques, comme l’OPRAG, la SEEG, la SEM, le FGIS ou la CDC et d’autres, continuer d’alourdir le déficit public ou les transformer en véritables moteurs de croissance et de souveraineté. Le coût de leur contre-performance pèse lourdement sur le budget de l’État en centaines de milliards de FCFA, augmentant structurellement sa dépendance à la dette externe. Il est clair que la stratégie économique la plus efficace pour financer les investissements nationaux structurants et libérer le pays du poids de l’endettement réside dans la bonne gouvernance de ces acteurs, renforcée par une nouvelle détermination politique à lutter contre l’impunité.

Le Poids Économique de l’Inefficacité

L’absence de rentabilité de ces établissements publics se traduit par un drainage chronique des finances gabonaises et une ponction directe sur les capacités d’investissement de l’État. Pourtant, le rôle stratégique de ces entités est fondamental. L’Office des Ports et Rades du Gabon (OPRAG) qui sous-performe crée un goulot d’étranglement majeur pour le commerce, en raison du vieillissement des infrastructures et de l’augmentation des frais portuaires. Simultanément, la Société Équatoriale des Mines (SEM) n’arrive pas à imposer la conservation locale de l’or ni la transformation locale du manganèse, manquant ainsi de capter une partie substantielle de la rente minière.

Dans le secteur des services essentiels, la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) représente une charge budgétaire indirecte et un risque systémique majeur pour l’activité économique, exacerbé par une fraude massive et chronique sur son réseau estimée entre 30 et 40 milliards de FCFA chaque année, ce qui déséquilibre les recettes et reportant la charge sur les clients réguliers. Enfin, les sous-performances de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) et du Fonds Gabonais d’Investissements Stratégiques (FGIS) privent le pays d’un capital domestique crucial pour l’investissement. Ce fardeau contraint l’État à intervenir par des subventions et des recapitalisations massives et les garanties d’État sur les prêts non performants de ces établissements augmentent mécaniquement la dette souveraine. Cette mécanique crée un cercle vicieux d’endettement, d’autant plus préoccupant que le solde budgétaire du Gabon est projeté à se dégrader significativement, atteignant un déficit de -4,0% du PIB en 2026 selon la Banque Africaine de Développement, matérialisant ainsi la « dette cachée » logée dans les entreprises publiques, dont le sous-rendement alimente l’inflation et décourage l’Investissement Direct Étranger.

Levier de Croissance et Mécanique de Désendettement

La transformation de ces établissements publics en entreprises rentables constitue la stratégie la plus efficace pour financer le développement national et réduire l’emprunt structurel. L’objectif économique est de transformer ces structures de centres de coûts en centres de profit capables de financer, par leurs propres dividendes, les grands projets d’infrastructures. Des entités comme l’OPRAG ou la SEEG deviendraient des contributeurs réguliers et substantiels au budget de l’État, réduisant significativement le besoin de faire appel aux marchés de capitaux ou aux bailleurs de fonds internationaux. Pour les institutions financières publiques, un CDC efficace et un FGIS performant garantiraient la fructification de l’épargne publique pour financer ou prendre des participations dans des investissements structurants, ce qui est la raison d’être de leur création. C’est le principe fondamental de l’autofinancement national où les établissements publics paieraient directement pour le développement du pays. Cette performance est également un catalyseur direct de la croissance du PIB car un secteur logistique compétitif, soutenu par des ports gérés efficacement, rend les entreprises gabonaises compétitives à l’international. De même, la SEM, en développant des unités de transformation propre, augmenterait la valeur ajoutée par unité de ressource naturelle, une intégration industrielle indispensable, incluant des fournisseurs d’énergie et d’eau performants, pour la création d’emplois industriels hautement qualifiés et la véritable diversification du PIB.

Réformes de Gouvernance, Imputabilité et Transparence

L’amélioration de la performance n’est possible qu’à travers une rupture radicale dans la gestion des structures publiques, axée sur la dépolitisation et l’imputabilité, car la mauvaise gouvernance issue du népotisme et de l’impunité est la cause principale de cette situation désastreuse que connait le pays. Il est impératif de séparer strictement les rôles: les missions de service public doivent être financées par l’État via des subventions ciblées, tandis que les activités commerciales doivent viser des objectifs clairs de rentabilité économique. Pour cela, des contrats de performance précis, basés sur des indicateurs financiers rigoureux -marge opérationnelle, retour sur actifs- doivent être signés entre l’État actionnaire et le management. De plus, la dépolitisation des conseils d’administration avec des membres à l’expertise avérée et des directions générales compétentes est la condition sine qua non pour garantir que les décisions sont prises dans l’unique intérêt de la performance économique à long terme des société concernés, en leur assurant une autonomie de gestion réelle et pas seulement textuelle.

Un système d’incitation basé sur l’atteinte des résultats financiers doit être mis en place, mais il doit être couplé à des mécanismes de sanctions claires et juridiquement exécutoires, avec une volonté réelle de les appliquer. Cette nouvelle détermination politique vise à transformer la mauvaise gestion passée en un actif recouvrable pour l’État. C’est pourquoi l’activation de l’Action Récursoire est l’outil technique, rendu possible par le cadre légal de l’OHADA, qui permet de lier la faute de gestion à la réparation financière. L’Acte Uniforme sur les Sociétés Commerciales établit que tout dirigeant est responsable individuellement envers la société des fautes commises dans l’exercice de ses fonctions, permettant à l’État, en tant qu’associé, d’intenter une Action Sociale pour obtenir réparation du préjudice. En cas de condamnation, les dommages et intérêts sont alloués directement à la société concernée. Par ce mécanisme, l’imputabilité managériale devient un outil légal et financier pour la recapitalisation directe des entreprises publiques, réduisant d’autant le besoin futur de subventions d’État, ce qui nécessite en amont l’activation d’audits rigoureux pour constituer la preuve et actionner le levier judiciaire.

Enfin, pour garantir la crédibilité et le succès de ces réformes, la reddition des comptes et leur publication pour une meilleure transparence sont essentielles. Les dirigeants doivent être responsables non seulement devant l’État actionnaire, mais aussi devant l’opinion publique. Cela implique la publication annuelle des états financiers certifiés, la diffusion des rapports de performance basés sur les indicateurs contractuels, et l’obligation pour les dirigeants de faire une déclaration publique annuelle sur l’atteinte de leurs objectifs.

Il est évident dès lors que l’assainissement des entreprises parapubliques gabonaises est le chantier économique le plus rentable pour l’État. Cesser de subventionner l’inefficacité, c’est libérer des capitaux pour le social et le développement du pays. Transformer les établissements publics en générateurs de dividendes, c’est financer les investissements structurants — infrastructures, logements sociaux, instruction et santé — sans alourdir la dette. Le succès de cette véritable transition repose sur un engagement résolu des responsables politiques de la Ve République en faveur de la bonne gouvernance financière, faisant de ces géants endormis les nouveaux piliers d’une émergence économique du Gabon qui aura réussi. Ce sera enfin le début de l’essor vers la félicité.

Par Georges ADIAHENOT*, Citoyen engagé

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