Africa-Press – Gabon. Cousine germaine d’Ali Bongo et ancienne ministre des Sports, Nicole Asselé aurait été la cible d’un réseau d’escrocs camerounais qui l’aurait piégée en 2020 en lui faisant croire qu’elle pourrait «éliminer» la première dame Sylvia Bongo Ondimba par des pratiques mystiques. Le chantage perdure depuis, alors que vient de s’achever à Libreville le procès de l’ex-première dame et son fils.
L’arrestation en ce mois de janvier 2026, au Cameroun, d’Hervé Parfait Mbapou révèle les coulisses d’une affaire de chantage qui illustre les tensions qui minaient le premier cercle du régime Bongo. Au cœur de ce scandale: Nicole Asselé, médecin-colonelle de l’armée gabonaise, ancienne ministre des Sports (2017-2023) et cousine germaine de l’ex-président, prise pour cible par un réseau structuré d’escrocs qui ont exploité son ‘conflit’ avec Sylvia Bongo Ondimba pour lui extorquer des centaines de millions de francs CFA.
Selon les informations révélées par Jeune Afrique le 17 janvier 2026, l’affaire remonte à juillet 2020, période où Nicole Asselé traversait les conséquences d’une brouille avec le premier cercle du pouvoir. En 2019, elle avait été démise de ses fonctions à la tête de la CNSS puis de la SGEPP dans des conditions «spectaculaires» en l’espace de 48 heures, cette mise à l’écart brutale étant largement perçue comme la conséquence d’un conflit interne avec Sylvia Bongo Ondimba.
C’est cette fragilité qu’un homme politique camerounais basé à Douala, présenté comme ancien proche du président gabonais, aurait exploitée en s’associant à un lieutenant-colonel nommé Dieudonné Bialo. Le stratagème reposait sur une manipulation cynique. L’homme politique «se prévalait de relations avec des marabouts béninois capables d’influencer le président gabonais», rapporte la dénonciation, relayée par Jeune Afrique. Il lui aurait fait miroiter la possibilité de recourir à des pratiques occultes pour «éliminer la première dame, Sylvia Bongo Ondimba». «De l’argent a été perçu sans qu’aucune action réelle ne soit jamais entreprise», précise le même dénonciateur affirmant avoir été «associé par le passé» à ces agissements et s’en étant ouvert au ministre délégué à la présidence chargé de la Défense du Cameroun, Joseph Beti Assomo.
Une mise en scène pour piéger la ministre
Le 16 juillet 2020, le piège se referme. L’homme politique orchestre une fausse arrestation au Hilton Hôtel de Yaoundé, largement diffusée sur les réseaux sociaux. Quelques jours plus tard, un gendarme contacte la ministre pour lui annoncer que «des éléments compromettants l’impliquant dans une tentative d’assassinat de la première dame» ont été retrouvés dans le téléphone de la personne arrêtée. Paniquée, Nicole Asselé tente de négocier. La somme exigée (1 milliard de francs CFA) est ramenée à 500 millions au terme d’âpres négociations. Pour accentuer la pression, deux complices sont filmés menottés, armes à proximité. «Les images ont été envoyées à la ministre, qui a reconnu l’homme politique et a paniqué davantage», détaille l’article de Jeune Afrique.
C’est alors qu’intervient Hervé Parfait Mbapou, se faisant passer pour un haut gradé. Il mène les négociations pendant deux jours. Mais le réseau se fissure, déclenchant des menaces croisées. Un «arrangement» est finalement trouvé autour de 200 millions de francs CFA, présentés comme un «lot de consolation».
Aujourd’hui, l’ancienne ministre subirait de nouvelles pressions, avant et autour du procès de Sylvia Bongo et Noureddin Bongo tenu du 10 au 18 novembre 2025 à Libreville. Elle recevrait des «appels masqués» brandissant la révélation de la prétendue tentative d’assassinat de l’ancienne première dame. Ironie de l’histoire: Nicole Asselé s’est exprimée publiquement en 2025 pour défendre le bilan d’Ali Bongo et dénoncer l’acharnement contre l’ancien président. Elle se présente comme militante du vivre‐ensemble, appelant à la réconciliation nationale plutôt qu’à la mise au pilori de l’ancien chef de l’État. C’est «face à sa fragilité et à la persistance du chantage» qu’elle aurait finalement alerté les autorités camerounaises, révélant l’ampleur d’un réseau transnational qui a su exploiter les rivalités au sommet du pouvoir gabonais.
Les autorités camerounaises doivent désormais procéder aux interrogatoires d’Hervé Parfait Mbapou et du lieutenant-colonel Dieudonné Bialo pour démanteler ce réseau d’extorsion transnational. L’identification et l’arrestation de l’homme politique camerounais, cerveau présumé de l’opération, s’imposent également. Au-delà du volet judiciaire, cette affaire pose la question de la coopération entre Yaoundé et Libreville dans la lutte contre les réseaux qui se nourrissent des transitions politiques pour perpétuer leurs méfaits.





