Grève de SOS Éducation: Autocritique à l’UDB

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Grève de SOS Éducation: Autocritique à l'UDB
Grève de SOS Éducation: Autocritique à l'UDB

Africa-Press – Gabon. Huit mois après sa création, l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) est à la recherche d’un visage, d’une voix et d’une posture cohérente.

Chez nos confrères de Gabon 24, Séraphin Moundounga s’est exprimé hier sur la grève des enseignants. Une prise de parole presque passée inaperçue. Et pour cause: l’ancien vice-président de la République n’a plus de fonction officielle. S’il demeure un éminent membre de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), son rôle y est consultatif. Il n’intervient ni dans la conduite des affaires ni dans l’animation quotidienne du parti. Pourtant, il a pris la responsabilité d’esquisser une ligne politique. S’appuyant sur l’offre du président de la République, il a renvoyé l’opinion au Plan national de croissance et de développement (PNDC2026-2030) tout en mettant en garde contre les conséquences d’un prolongement de la grève. «(Nous devons) tout faire pour ne jamais tomber dans une année blanche car, ça (toucherait) tout le monde: élèves, parents et acteurs du système éducatif», a-t-il plaidé en substance.

Coût politique

Huit mois après sa création, l’UBD peine à se positionner dans le débat public. Trois mois après son triomphe électoral, il est paradoxalement à la recherche d’un visage, d’une voix et d’une posture cohérente. Ses hiérarques ont beau clamer leur loyauté au président de la République, prétendre travailler dans l’ombre, ils semblent tétanisés, dépassés par les enjeux. Bon gré mal gré, ils doivent composer avec une réalité peu engageante: dans la recherche d’une solution à la crise, le Parti démocratique gabonais (PDG) s’est montré plus courageux. Dénonçant l’embastillement de leaders syndicaux, appelant à la responsabilité collective tout en plaidant pour une reprise des cours, l’ex-parti au pouvoir a occupé la scène. Même si certains ont parlé d’«hôpital qui se fout de la charité», le PDG a dit vouloir se reconstruire et se repositionner. C’est en tout son message en creux.

Fatalement, l’UDB doit faire son autocritique. Lors de son assemblée constitutive, ses militants avaient été invités à agir en «citoyens actifs». Revendiquant un lien ombilical avec le président de la République, nombre d’entre eux se sont ensuite fait élire dans des conditions peu orthodoxes. En masse, ils ont fait leur entrée au Parlement et dans les collectivités locales. Mais leur guerre éclair eu un coût politique: elle a démonétisé la parole de leur hiérarchie, sapé la confiance et nourri le discrédit, légitimant même le parallèle avec le PDG de l’ère Bongo. «Une assemblée monocolore, forgée au forceps, (n’est) pas un gage de stabilité, mais le ferment d’une nouvelle fracture nationale», écrivait Echos du Nord au lendemain des législatives. L’UDB, «sitôt né, est déjà souillé. Mis sur les fonts baptismaux avec la promesse d’un nouveau souffle, il est marqué à l’encre indélébile du “T” de la tricherie», tranchait notre confrère.

Vaste chantier

Aux «valeurs républicaines et morales» prônées par son fondateur, l’UDB a opposé une volonté de l’emporter à tout prix. Au combat pour la transformation des structures sociales et politiques, il a préféré le confort des passe-droits, se posant en digue contre le changement. Aux appels à formuler des propositions, générer des options, structurer la réflexion collective il répond aujourd’hui par un mutisme assourdissant. Brice-Clotaire Oligui Nguema voulait d’«un parti qui (l’) accompagne», fidèle aux principes de la social-démocratie. Il se retrouve avec un parti électoraliste, qui instrumentalise les élections». Il rêvait d’une base proactive, bouillonnante d’idées. Il doit composer avec l’inertie voire l’indifférence de ses coreligionnaires. Si ces incompréhensions persistent, les choses pourraient aller de Charybde en Scylla. Si ces lignes de fracture ne sont pas comblées, le chef de l’Etat pourrait se retrouver seul au front avec le risque d’échouer là où il était le plus attendu: rassembler un pays divisé par l’opportunisme politique et des décennies de sectarisme.

Pour l’UDG, la grève de SOS Education a agi comme un révélateur. Non seulement, elle a montré combien ce parti s’est coupé de l’opinion, mais elle a aussi mis en lumière son faible ancrage social. Elle a, par ailleurs, rappelé l’urgence de repenser l’organisation et le fonctionnement de ce parti, de le doter de documents de base, notamment une charte des valeurs, un manifeste et un programme politique, celui du président de la République étant susceptible d’être revendiqué par les partis l’ayant soutenu lors de la dernière présidentielle. Or, à cette époque, l’UDB n’existait pas. Faute d’engager ce vaste chantier, ce parti risque de subir la recomposition en cours au lieu de la guider. A défaut d’agir rapidement, il pourrait demeurer un acteur marginal, en dépit de son poids numérique au Parlement.

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