Leçons Stratégiques pour Dirigeants Africains

1
Leçons Stratégiques pour Dirigeants Africains
Leçons Stratégiques pour Dirigeants Africains

Africa-Press – Gabon. [ANALYSE] – Narré par GabonReview, le scénario fictif d’une intervention militaire américaine massive en Afrique de l’Ouest n’est pas qu’un exercice d’imagination: c’est un révélateur brutal des vulnérabilités structurelles du continent. Entre armées calibrées pour la répression interne et élites promptes aux ralliements opportunistes, l’Afrique court le risque d’une recolonisation par défaut de souveraineté. Face à l’appétit des grandes puissances pour ses minerais critiques, le continent peut-il encore choisir son destin? Cinq impératifs stratégiques pour échapper au piège de la dépendance perpétuelle.

Si l’«Opération Atlantic Sentinel» demeure, fort heureusement, dans le domaine de la prospective et surtout de la fiction, elle révèle une vérité inconfortable que les chancelleries africaines préféreraient ignorer: la souveraineté proclamée dans les années 60 n’a jamais été véritablement consolidée. Soixante-six ans après les indépendances, le continent possède des armées conçues pour mater des émeutes urbaines, pas pour repousser des groupes aéronavals. Il dispose de richesses minérales convoitées mondialement, mais les exporte brutes vers les raffineries chinoises, américaines ou européennes. Il proclame l’unité africaine dans d’interminables sommets, mais demeure incapable de réponse collective face aux ingérences extérieures. Cette fragilité structurelle n’est pas une fatalité: elle résulte de choix stratégiques, ou plutôt de l’absence de choix stratégiques cohérents.

Face à la nouvelle guerre froide sino-américaine qui transforme l’Afrique en théâtre de compétition pour les minerais critiques, cinq orientations décisives s’imposent aux dirigeants lucides.

Repenser radicalement l’outil militaire: de la répression interne à la dissuasion externe

Les armées africaines demeurent majoritairement conçues pour le contrôle intérieur (maintien de l’ordre, répression des contestations, prévention des coups d’État) plutôt que pour la défense territoriale face à des menaces extérieures sophistiquées. Cette asymétrie stratégique constitue une vulnérabilité existentielle.

Impératifs: Réorienter les doctrines militaires vers des capacités de déni d’accès (missiles anti-navires, défense aérienne multicouche, guerre électronique), mutualiser les moyens de renseignement stratégique au niveau régional, et surtout, professionnaliser les forces autour de missions de défense nationale plutôt que de sécurité des régimes. Un État dont l’armée ne sait combattre que son propre peuple est un État sans défense.

Transformer localement les matières premières: de l’extraction à l’industrialisation

La dépendance à l’exportation de minerais bruts transforme les ressources naturelles en malédiction géopolitique. Chaque tonne de manganèse, de bauxite ou de cobalt exportée sans transformation locale est un levier de vulnérabilité offert aux puissances extérieures.

Impératifs: Imposer par la loi des quotas croissants de transformation locale (comme le Gabon avec son objectif de 400 000 tonnes d’alliages de manganèse d’ici 2029), créer des joint-ventures technologiques conditionnant tout accès aux ressources, et surtout, comprendre que la souveraineté économique commence par la capture de la valeur ajoutée. Un continent qui exporte des matières brutes pour importer des produits finis demeurera éternellement colonisable.

Jouer la multipolarité plutôt que l’alignement: la diplomatie d’équilibre comme bouclier

La nouvelle guerre froide sino-américaine offre paradoxalement une marge de manœuvre inédite. Tout alignement exclusif, que ce soit avec Washington, Pékin ou Moscou, transforme un pays en otage stratégique de son «protecteur».

Impératifs: Diversifier systématiquement les partenariats miniers et infrastructurels entre puissances rivales, créer des mécanismes d’enchères compétitives pour les concessions stratégiques, cultiver simultanément des relations avec les BRICS, l’Union européenne et les puissances émergentes (Inde, urquie, pays du Golfe). La souveraineté africaine ne se construira pas dans le camp d’une superpuissance, mais dans l’espace étroit entre leurs rivalités.

Intégration régionale crédible: passer des déclarations aux capacités communes

L’ECOWAS, la CEMAC, l’Union africaine multiplient les sommets et les communiqués, mais demeurent incapables de réponses collectives face aux crises réelles. Aucune force d’intervention commune n’aurait pu empêcher le scénario fictif d’«Atlantic Sentinel».

Impératifs: Créer une véritable force de défense commune ouest-africaine avec budget mutualisé, chaîne de commandement unifiée et capacités de projection rapide. Établir un fonds souverain régional pour les minerais critiques, permettant une négociation collective face aux acheteurs. Harmoniser les législations minières pour éviter le «dumping réglementaire» qui pousse les pays à brader leurs ressources. L’Afrique ne pèsera sur l’échiquier mondial que regroupée, jamais fragmentée.

Former des élites orientées vers l’intérêt national, pas vers la prédation

Le ralliement instantané des élites locales aux «administrateurs américains» dans la fiction de GabonReview reflète une réalité dérangeante: trop de dirigeants africains conçoivent le pouvoir comme opportunité d’enrichissement personnel plutôt que comme responsabilité de construction nationale.

Impératifs: Révolutionner la formation des cadres civils et militaires autour d’une éthique de service public, sanctionner drastiquement la corruption des élites (qui facilite les ingérences extérieures), et surtout, comprendre qu’un pays dont les dirigeants placent leurs fortunes à l’étranger est un pays déjà conquis de l’intérieur. La recolonisation commence toujours par la complicité des élites locales.

En bref, ces leçons ne relèvent pas du catastrophisme, mais du réalisme stratégique. L’Afrique dispose d’atouts considérables (démographie jeune, ressources critiques, position géographique) mais l’Histoire ne pardonne pas aux faibles. Entre la servitude dorée des «alliés utiles» et la marginalisation des «inutiles», il existe une troisième voie: celle de la souveraineté assumée, coûteuse, exigeante, mais seule garante de la dignité collective.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here