Restitution Des Biens Culturels Au Gabon

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Restitution Des Biens Culturels Au Gabon
Restitution Des Biens Culturels Au Gabon

Africa-Press – Gabon. Alors que le Sénat français examine ce mercredi 28 janvier 2026 le projet de loi-cadre sur la restitution de biens culturels spoliés pendant la période coloniale, le Gabon brille par son absence de la liste des pays africains ayant formulé des demandes formelles. Paradoxe troublant pour un pays qui a pourtant récupéré en mai 2025 quatre-vingt-dix objets de la collection Aubrun-Bory et dont les musées français conservent de nombreuses pièces Fang, Kota et Punu acquises au XIXe siècle. Entre opportunité législative historique et inertie diplomatique, l’enjeu dépasse la simple récupération d’objets: il interroge la volonté politique de Libreville de se réapproprier pleinement son patrimoine culturel.

Le projet de loi examiné ce mercredi au Palais du Luxembourg trouve son origine dans la promesse d’Emmanuel Macron prononcée à Ouagadougou en novembre 2017: restituer «d’ici cinq ans» les œuvres africaines spoliées. Sept ans plus tard, le bilan reste maigre avec seulement 89 objets restitués, dont 26 trésors d’Abomey au Bénin en 2021 et le sabre d’El Hadj Omar au Sénégal la même année.

Le texte propose une dérogation au principe d’inaliénabilité des collections publiques françaises pour les biens acquis entre 1815 et 1972 par appropriation illicite pillage colonial, saisies forcées. La procédure prévoit qu’un État tiers formule une demande examinée par une commission nationale incluant le Haut Conseil des musées de France et un comité bilatéral scientifique nouvellement créé. Si les critères d’authenticité, d’illicéité et de recevabilité sont remplis, un décret du Conseil d’État autorise la restitution.

L’enjeu est considérable: près de 90 000 œuvres africaines sont conservées au musée du Quai Branly et au Louvre, dont environ 95% datent d’avant 1960. Le dispositif législatif vise à accélérer les restitutions sans devoir recourir à des lois cas par cas.

Le texte, salué comme un « progrès historique » par plusieurs États africains, fait néanmoins l’objet de critiques pour ses exclusions notamment les biens antérieurs à 1815 et la lenteur de la procédure. Mais il constitue indéniablement un cadre juridique plus favorable que le système actuel.

Douze demandes sont actuellement en attente d’instruction. Le Gabon n’en fait pas partie

La liste des demandeurs actifs illustre des dynamiques nationales contrastées. Le Bénin réclame notamment la statue Gou, le Mali le trésor de Ségou, l’Algérie les effets de l’émir Abdelkader, tandis que le Sénégal, le Cameroun, le Nigeria, la RDC, l’Éthiopie et Madagascar multiplient les démarches. Ces pays s’appuient sur la Position commune africaine pour la restitution des ressources du patrimoine, adoptée au niveau continental.

L’absence du Gabon de cette liste interpelle d’autant plus que Libreville a démontré sa capacité à rapatrier son patrimoine. Le 28 mai 2025, le vice-président Dr. Séraphin Moundounga présidait au ministère de la Culture la cérémonie de réception de 90 biens culturels issus de la collection privée Françoise Aubrun-Paul Bory: masques, statues, reliquaires, instruments rituels des ethnies Vili, Punu, Fang, Kota, Mahongwè, Ambété, Kwelé, Téké, Galoa et Nzebi. Cette « réappropriation du patrimoine national », selon les termes officiels, visait à renforcer l’identité culturelle gabonaise.

Mais cette restitution, opérée hors du cadre de la loi française puisqu’issue d’une collection privée, n’a pas été suivie de démarches formelles auprès de l’État français concernant les collections publiques.

Pourtant, les musées français détiennent de nombreuses pièces gabonaises, notamment des masques Kota et Fang acquis au XIXe siècle dans des conditions qui mériteraient examen. La nouvelle loi-cadre, si elle est adoptée comme prévu par le Sénat puis l’Assemblée nationale, faciliterait considérablement de futures demandes via la commission nationale et le comité bilatéral prévus à l’article L.115-13.

L’absence du Gabon soulève donc des questions. S’agit-il d’un manque de volonté politique? D’une méconnaissance des collections françaises concernées? D’une stratégie diplomatique privilégiant d’autres priorités bilatérales? Ou d’un déficit de moyens pour constituer les dossiers techniques requis?

La fenêtre d’opportunité reste ouverte. Libreville pourrait saisir l’adoption de la loi pour lancer un inventaire systématique des biens gabonais détenus en France et formuler des demandes argumentées. Plusieurs pays africains ont démontré qu’une mobilisation méthodique et persévérante finit par porter ses fruits.

Mais pour l’heure, alors que le débat parlementaire français ouvre une voie inédite vers la reconnaissance des spoliations coloniales, le Gabon observe depuis la marge. Un silence qui pourrait coûter cher au patrimoine national.

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