Africa-Press – Gabon. L’arrestation de Marcel Libama et Simon Ndong Edzo apparaît pour Francis Hubert Aubame comme une dérive autoritaire, où la notion floue de «trouble à l’ordre public» est instrumentalisée pour criminaliser le soutien syndical et museler les libertés constitutionnelles. Si le président du Parti Souverainistes-Écologistes la dénonce, il souligne que cette répression contre-productive radicalise le mouvement éducatif, mine la crédibilité du régime née de la Transition et perpétue les pratiques répressives du passé. Le responsable politique exige la libération immédiate des deux leaders syndicaux, l’abandon des poursuites jugées infondées et l’ouverture d’un véritable dialogue avec les acteurs de l’éducation pour sauver l’avenir du Gabon.
Introduction
Le 21 janvier 2025, Marcel Libama, ancien député de la transition, et Simon Ndong Edzo ont été arrêtés et déférés devant le procureur pour avoir soutenu activement le mouvement de grève mené par SOS Éducation. Cette arrestation révèle la dérive autoritaire d’un régime de transition qui, tout en se parant des atours de la légalité, instrumentalise le concept flou de « trouble à l’ordre public » pour réprimer l’exercice légitime des libertés syndicales et d’expression.
Cette affaire illustre parfaitement comment une notion juridique élastique devient une arme de répression politique, violant tant la Constitution que les engagements internationaux du Gabon.
I. Un mouvement légitime réprimé
Le mouvement SOS Éducation exprime les revendications légitimes d’enseignants et de parents d’élèves face à la déliquescence du système éducatif gabonais. La grève, droit constitutionnel et syndical fondamental, est l’expression démocratique d’un malaise profond.
Le soutien de Marcel Libama et Simon Ndong Edzo à ce mouvement s’inscrit dans:
L’exercice de la liberté d’expression prévue par la Constitution
L’exercice de la liberté syndicale prévue par la Constitution et les conventions de l’OIT ratifiées par le Gabon
Le droit de tout citoyen de participer aux débats d’intérêt public
II. Entre textes qui protègent et ceux qui répriment
A. Les textes qui protègent
L’arsenal juridique gabonais proclame solennellement que le bloc de constitutionnalité, au sommet duquel se trouve la Constitution du 19 décembre 2024, garantit:
La liberté d’expression et d’opinion
La liberté de réunion et de manifestation
Le droit syndical et le droit de grève
Le principe de légalité des délits et des peines
Les engagements internationaux du Gabon incluent:
La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples
Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques
Les conventions OIT sur la liberté syndicale
B. Les textes qui répriment
Mais ce même arsenal comporte des dispositions répressives floues permettant toutes les dérives:
La notion de « trouble à l’ordre public »: sans définition précise, elle donne aux autorités administratives un pouvoir discrétionnaire illimité
Les infractions fourre-tout: « atteinte à la sûreté de l’État », « incitation à la désobéissance », « provocation aux attroupements »
Les pouvoirs exorbitants des procureurs et officiers de police judiciaire en matière de détention préventive
Cette dualité schizophrénique entre textes protecteurs et textes répressifs crée un État de droit de façade où les libertés proclamées sont systématiquement vidées de leur substance.
C. Quels sont donc les griefs reprochés à ces deux personnalités?
Avoir exprimé un soutien public à un mouvement syndical? Ce n’est pas un délit.
Avoir appelé à soutenir une grève légale? C’est l’exercice de la liberté syndicale.
Avoir critiqué la politique éducative du gouvernement? C’est la liberté d’expression démocratique.
Le principe de légalité criminelle « nullum crimen, nulla poena sine lege » exige qu’un délit soit clairement défini par la loi. Or, « soutenir activement » un mouvement de grève légitime ne constitue aucune infraction pénale dans le code gabonais.
III. L’absurdité politique et sociale
A. Une répression contre-productive
En arrêtant des soutiens du mouvement enseignant, le pouvoir:
Radicalise le mouvement au lieu de le calmer
Élargit la base sociale de la contestation (solidarité avec les arrêtés)
Perd sa crédibilité auprès de la jeunesse et des intellectuels
Renforce l’image d’un régime autoritaire aux yeux de la communauté internationale
B. Une incohérence avec les fondements de la Vème République
Le CTRI (Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions) s’est installé au pouvoir en août 2023 en promettant:
La rupture avec les pratiques du passé
Le dialogue national et la réconciliation
Le respect des droits fondamentaux
La préparation d’élections libres et transparentes
Arrêter des syndicalistes et leurs soutiens pour exercice de libertés constitutionnelles est la négation même de ces promesses. Cela démontre que la transition gabonaise reproduit les méthodes répressives qu’elle prétendait combattre.
C. Le mépris de l’éducation
Réprimer ceux qui défendent l’école gabonaise révèle l’absence de vision stratégique du pouvoir. Au lieu de dialoguer avec les acteurs de l’éducation pour trouver des solutions aux problèmes structurels du système, le régime choisit la facilité de la répression.
C’est sacrifier l’avenir du Gabon sur l’autel du maintien d’un ordre public factice.
IV. Le « trouble à l’ordre public »: une hypocrisie juridique
A. Qui trouble vraiment l’ordre public?
Est-ce troubler l’ordre public que:
Réclamer des salaires impayés pour des enseignants?
Dénoncer des classes surchargées et des écoles délabrées?
Exiger des moyens pédagogiques dignes pour les élèves?
Soutenir publiquement ces revendications légitimes?
Ou est-ce troubler l’ordre public que:
Laisser pourrir le système éducatif par incurie et corruption?
Détourner les fonds destinés à l’éducation?
Réprimer et intimider les grévistes au lieu de négocier?
Arrêter arbitrairement des citoyens exerçant leurs libertés constitutionnelles?
Le véritable trouble à l’ordre public vient de l’incapacité du pouvoir à assumer ses responsabilités régaliennes et de son recours systématique à la répression pour masquer des échecs qui ne datent pas d’aujourd’hui. C’est envoyer un message à tout le moins d’impuissance, voire de manque de volonté politique.
B. L’hypocrisie des gardiens de l’ordre
Les mêmes procureurs qui:
Prêchent le respect scrupuleux des procédures dans leurs réquisitoires ou en faisant le tour des commissariats de la capitale
Exigent la rigueur juridique des justiciables
Invoquent solennellement l’État de droit
Sont ceux-là mêmes qui:
Violent les droits fondamentaux en arrêtant des citoyens pour délit d’opinion
Maintiennent des poursuites manifestement illégales contre des syndicalistes
Instrumentalisent la justice au service du pouvoir politique
Cette schizophrénie institutionnelle mine la crédibilité de tout le système judiciaire gabonais.
V. Les précédents dangereux
A. Dans l’histoire gabonaise
L’arrestation de Marcel Libama et Simon Ndong Edzo s’inscrit dans une longue tradition répressive:
Les syndicalistes et opposants emprisonnés sous Omar Bongo
Les opposants politiques harcelés sous Ali Bongo
Les journalistes intimidés à toutes les époques
La Vème République devait rompre avec ces pratiques. Elle les perpétue et les aggrave.
B. Un mauvais précédent pour l’avenir
Si aujourd’hui on arrête des soutiens d’un mouvement syndical légitime, demain:
Sera-t-on arrêté pour avoir liké un post critique sur Facebook?
Pour avoir participé à un débat public sur les politiques gouvernementales?
Pour avoir simplement exprimé un désaccord citoyen?
La dérive autoritaire commence toujours par la répression des voix les plus audibles. Elle finit par étouffer toute expression citoyenne.
VI. L’exigence de libération immédiate
A. Sur le plan juridique
Marcel Libama et Simon Ndong Edzo doivent être libérés immédiatement, car:
Aucune infraction pénale caractérisée n’est établie
Leur détention viole les libertés constitutionnelles fondamentales
Les conditions d’un procès équitable ne sont pas réunies
La détention préventive est manifestement disproportionnée
B. Sur le plan politique
Leur libération est une question de crédibilité: soit le pouvoir respecte ses engagements démocratiques, soit il assume ouvertement sa nature autoritaire.
C. Sur le plan social
Leur maintien en détention risque:
De radicaliser les positions
De créer une rupture irréversible entre le pouvoir et la vraie société civile
De compromettre définitivement les fondations de la Vème République
Conclusion: L’urgence démocratique
L’affaire Marcel Libama/Simon Ndong Edzo est un révélateur impitoyable de la nature réelle du régime gabonais. Derrière le discours de rupture et de restauration institutionnelle se cache la continuité d’un système répressif où les libertés proclamées ne valent que pour ceux qui applaudissent le pouvoir.
La notion élastique de « trouble à l’ordre public » est l’instrument juridique privilégié de cette répression. Tant qu’elle ne sera pas encadrée par des critères objectifs et un contrôle juridictionnel effectif, elle restera une arme de terrorisme judiciaire entre les mains de l’exécutif.
Le combat de SOS Éducation, le soutien de Marcel Libama et Simon Ndong Edzo, leur arrestation arbitraire, tout cela pose une question fondamentale: Le Gabon veut-il être un État de droit ou un État de répression avec un beau maquillage de légalité?
Le Parti Souverainistes-Écologistes exige donc:
La libération immédiate et sans condition de Marcel Libama et Simon Ndong Edzo
L’abandon de toutes les poursuites pénales infondées.
L’ouverture d’un dialogue sincère avec SOS-Éducation et les acteurs de l’éducation
La réforme de l’arsenal juridique répressif pour encadrer strictement la notion de « trouble à l’ordre public »
La garantie effective des libertés syndicales, d’expression et de manifestation
L’avenir du Gabon se joue dans ces combats apparemment mineurs. Car un pays qui emprisonne ceux qui défendent son école est un pays qui hypothèque son avenir.
La jeunesse gabonaise regarde.
L’histoire jugera.
Francis Hubert Aubame, Président du Parti Souverainistes-Écologistes





