Africa-Press – Gabon. L’annonce avait d’abord frappé par sa brutalité, puis dérouté par son effacement, avant de ressurgir officiellement au cœur de la matinée. Après la débâcle des Panthères à la CAN 2025, la gestion des sanctions gouvernementales est devenue un feuilleton institutionnel inédit, révélateur à la fois de la volonté d’autorité de l’État et des fragilités de sa mise en œuvre. Entre retrait nocturne, republication assumée et zones de flou persistantes, la sanction existe désormais, mais la séquence qui l’entoure continue d’interroger la gouvernance du sport gabonais.
La débâcle des Panthères du Gabon à la CAN 2025 au Maroc, conclue par une défaite (3–2) face à la Côte d’Ivoire après avoir pourtant mené 2–0, a ouvert une crise bien plus large que la seule contre-performance sportive. Trois matchs, trois défaites, une élimination sans appel. Mais au-delà du terrain, c’est la gestion institutionnelle de l’après-CAN qui a plongé l’opinion dans une rare confusion.
Dans la soirée du 31 décembre, un communiqué lu à l’antenne de Gabon Télévisions annonçait des sanctions lourdes: dissolution du staff technique, suspension de l’équipe nationale jusqu’à nouvel ordre, mise à l’écart de joueurs cadres et interpellation directe de la Fédération gabonaise de football. Le message, solennel, se voulait ferme et dissuasif.
Une annonce officielle… devenue évanescente
Quelques heures plus tard pourtant, le communiqué disparaît. Retiré des plateformes officielles du ministère des Sports, puis effacé des canaux numériques de la télévision publique, il laisse place au doute. La séquence intrigue: comment une décision présentée comme gouvernementale peut-elle s’évanouir sans explication? L’annonce a bien existé, la vidéo a été vue, relayée, archivée par des internautes, mais elle cesse soudainement d’être assumée par l’institution qui l’a portée.
Ce retrait nourrit immédiatement plusieurs interrogations: hésitation politique, crainte d’une ingérence contraire aux règles de la CAF ou de la FIFA, ou simple défaut de coordination au sommet de l’État? En l’absence de clarification officielle, la sanction paraît suspendue elle-même, flottant entre déclaration d’autorité et communication mal maîtrisée.
La republication change la nature du débat
Dans la matinée du 1er janvier 2025, nouveau rebondissement: le ministère des Sports republie le communiqué sur sa page Facebook officielle. Cette fois, le texte est assumé, visible, réinscrit dans l’espace institutionnel. La sanction n’est donc plus un simple signal politique lancé à chaud ; elle acquiert une existence formelle.
Pour autant, la republication ne gomme pas la séquence précédente. Le va-et-vient entre annonce, disparition et réaffirmation fragilise la lisibilité de l’action publique. Il révèle surtout une gouvernance sportive sous tension, où la volonté de fermeté se heurte à des contraintes juridiques, politiques et internationales encore mal articulées.
D’autres zones d’ombre subsistent. Que recouvre exactement la «suspension de l’équipe nationale jusqu’à nouvel ordre»? Quelles compétitions sont concernées? Quelle articulation avec les prérogatives statutaires de la Fégafoot? Aucun calendrier ni mécanisme d’exécution n’a, à ce stade, été précisé.
En définitive, les sanctions existent désormais officiellement, mais la manière dont elles ont été annoncées puis retirées avant d’être réaffirmées affaiblit leur portée symbolique. Plus qu’un simple épisode disciplinaire, l’affaire des Panthères administre la preuve d’une exigence devenue centrale: restaurer la cohérence, la clarté et la crédibilité de la gouvernance du sport gabonais.





