Africa-Press – Gabon. C’est un pan entier de l’histoire éthiopienne longtemps resté dans l’ombre: celui de la culture dite Shay, du nom d’une rivière qui traverse les hauts plateaux du centre du pays. Au vu de la taille et de la richesse des sépultures, celle d’une population puissante. Et redécouverte il y a vingt-cinq ans lorsqu’on signale à Bertrand Poissonnier, archéologue français en mission en Éthiopie, qu’une religieuse aurait eu des visions l’exhortant à explorer la « montagne du diable », aurait fouillé un site, aidée par des villageois, et serait tombée sur… des « trésors « .
L’archéologue se rend dans cette région, le Manz, une zone difficile d’accès. « Rapidement, raconte le chercheur, je me rends compte qu’ils ont éventré un tumulus [un tertre artificiel, ndlr] sous lequel gisent plusieurs corps portant de nombreux bracelets de métal, entourés de centaines de perles et de céramiques d’aspect inconnu. » La forme carénée des céramiques leur vaut le surnom de « soucoupes volantes ».
La trace archéologique de cette population finit par se perdre
Par la suite, une équipe éthio-française fouille d’autres tumulus dans la région, certains particulièrement massifs, abritant des chambres funéraires de 7 mètres de diamètre où reposent plusieurs corps, d’hommes, de femmes et d’enfants. Ces structures sont datées du 10e au 14e siècle. Leurs caractéristiques en font une exception pour cette époque et cette région, où « l’on n’a pas de grande mosquée et où les églises sont la plupart du temps creusées, donc invisibles dans le paysage », rappelle Bertrand Poissonnier.
Les chercheurs découvrent dans les tombes des objets en ivoire, en or, en argent ou en bronze, et des perles importées de Chine ou d’Asie du Sud-Est. « On n’a pas d’objets semblables dans le monde chrétien ou musulman de cette époque-là », résume l’archéologue, pour qui cette population est, au vu de ses sépultures, païenne.
À la fin de la période Shay, les tumulus disparaissent et les tombes deviennent souterraines. Puis la trace archéologique de cette population finit par se perdre. De ces personnes, nulle mention n’est faite dans les sources écrites connues de l’époque. « Ils sont païens, donc invisibilisés », conclut Bertrand Poissonnier.





