Forêts Du Bassin Du Congo Comme Stratégie De Survie

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Forêts Du Bassin Du Congo Comme Stratégie De Survie
Forêts Du Bassin Du Congo Comme Stratégie De Survie

Africa-Press – Gabon. À l’heure où les grands discours sur la protection des forêts africaines peinent à produire des résultats durables, une autre lecture s’impose, plus fine, plus organique. Loin des schémas verticaux et des solutions uniformes, la survie du bassin du Congo semble désormais se jouer dans la capacité à relier, articuler et faire coopérer des acteurs multiples, enracinés et agiles. Entre pensée de la complexité, gouvernance horizontale et intelligence collective, Adrien NKoghe-Mba* explore ici un changement de paradigme décisif: celui du réseau comme condition de résilience écologique, économique et sociale. Une réflexion à la croisée de la philosophie des systèmes et des réalités forestières d’Afrique centrale.

Le prospectiviste Marc Halévy est un philosophe et analyste des mutations contemporaines. Ses travaux portent sur la transition d’un monde industriel, hiérarchique et centralisé vers un monde fondé sur la complexité, les réseaux et l’agilité. Selon lui, les organisations qui réussiront au XXIe siècle ne seront pas les plus grandes, mais les plus adaptables: des structures légères, profondément enracinées dans leur territoire, et insérées dans des écosystèmes relationnels étendus.

Anne-Marie Slaughter, politologue américaine et ancienne directrice de la planification politique au Département d’État des États-Unis, défend une vision complémentaire. Elle montre que les grands défis globaux — climat, sécurité, économie, innovation — ne peuvent être résolus par les États seuls. Ils exigent une gouvernance en réseau, associant institutions publiques, entreprises, société civile et communautés locales, à différentes échelles.

Ces deux regards convergent vers une même intuition: dans un monde complexe, la coopération horizontale est plus puissante que la domination verticale.

Le bassin du Congo, un système vivant en réseau

Le bassin du Congo, deuxième massif forestier tropical au monde, n’est pas seulement un réservoir de carbone ou de biodiversité. C’est un système vivant, où interagissent forêts, fleuves, sols, climats locaux, économies rurales et cultures ancestrales. Comme tout système complexe, il fonctionne par interconnexions.

Pendant longtemps, sa préservation a reposé sur des modèles centralisés: décisions prises loin du terrain, projets standardisés, dépendance à quelques grands bailleurs. Ces approches, bien que nécessaires, montrent aujourd’hui leurs limites. Elles peinent à suivre la vitesse des changements écologiques, sociaux et économiques.

La force des petites structures enracinées

À l’image des entreprises décrites par Marc Halévy, les acteurs les plus prometteurs de la protection forestière sont souvent de petite taille: coopératives villageoises, PME de transformation locale, initiatives d’agroforesterie, associations communautaires, jeunes entrepreneurs du carbone ou de la traçabilité.

Leur force réside dans leur proximité avec le terrain, leur capacité d’adaptation et leur connaissance fine des réalités locales. Leur faiblesse, en revanche, est l’isolement. Pris séparément, ils restent vulnérables.

L’approche réseau comme levier de transformation

C’est ici que la vision d’Anne-Marie Slaughter prend toute sa dimension. En reliant ces petites structures entre elles — et avec des chercheurs, des investisseurs responsables, des collectivités, des plateformes numériques et des marchés internationaux — on change d’échelle sans perdre l’ancrage local.

Le réseau permet la circulation de la valeur, de l’information et de la confiance. Il rend possible une économie forestière où préserver devient rentable, où dégrader devient un non-sens économique et social.

Changer de posture pour changer d’avenir

Dans cette logique, l’État n’est plus seulement un contrôleur, mais un facilitateur de connexions. Les grandes ONG ne sont plus des centres décisionnels uniques, mais des nœuds stratégiques. Les communautés locales ne sont plus des bénéficiaires passifs, mais des acteurs centraux du système.

Préserver les forêts du bassin du Congo au XXIe siècle ne consiste donc pas à figer la nature, mais à organiser intelligemment les liens entre humains, territoires et économies. Comme la forêt elle-même, notre réponse doit être réticulaire, vivante et évolutive.

Car au fond, la leçon est simple: ce n’est pas la taille des acteurs qui sauvera le bassin du Congo, mais la qualité du réseau qu’ils sauront tisser.

*Président de l’association Les Amis de Wawa pour la préservation des forêts du bassin du Congo.

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