Africa-Press – Gabon. À Minvoul, dans la province du Woleu-Ntem, le silence des moteurs de deux-roues ne fait pas que sécuriser les routes ; il redessine la démographie locale. Depuis la décision des autorités de suspendre la circulation des motocyclistes dans le département du Haut-Ntem, le 3 février dernier, à la suite d’un drame routier, les lignes bougent. Au-delà de la paralysie économique, c’est un véritable départ progressif des ressortissants étrangers qui est observé dans la zone.
Pour comprendre ce durcissement réglementaire, il faut remonter à la nuit tragique du 30 janvier 2026. Un accident d’une rare violence, survenu au village Ebomane, coûtait la vie à trois personnes. Ce drame a été le catalyseur d’une réponse administrative ferme: face à l’insécurité routière persistante et à l’incivisme croissant de certains conducteurs, le préfet a tranché. Le 3 février dernier, une interdiction temporaire de circuler a été frappée contre les deux-roues pour une durée de trois mois. Mais dans cette partie du Gabon, la moto représente le poumon du transport. En interdisant cet engin pour «nécessité de sécurité publique», l’administration a touché au cœur de l’activité d’une main-d’œuvre majoritairement expatriée. Selon les informations rapportées par la Une Woleu-Ntemoise ce 23 février, faute de pouvoir exercer leur activité principale, de nombreux conducteurs étrangers ont préféré plier bagage, lorgnant vers les départements voisins où la réglementation se montre moins restrictive.
Même si les populations locales grincent des dents face aux difficultés de mobilité, les autorités, elles, y voient un effet d’aubaine sécuritaire et un contrôle accru des flux migratoires dans une zone frontalière stratégique. Ils assistent également à une baisse drastique de l’insécurité routière et des accidents mortels, mais aussi à un apaisement du climat social, souvent tendu après des tragédies liées au transport informel.
Vers un nouveau modèle?
Cette période de transition, bien que contraignante, pourrait s’avérer salvatrice pour le Haut-Ntem. Elle impose une pause nécessaire pour réfléchir à une réorganisation durable du transport urbain et rural. L’enjeu est désormais de professionnaliser le secteur pour que la reprise de l’activité ne se fasse pas au détriment de la vie des citoyens ou du respect des lois sur le séjour des étrangers.
Thécia Nyomba





