Elhadj Madifing Diané à Guineematin : « le 28 septembre 1958 est un symbole de l’unité nationale »

4
Elhadj Madifing Diané à Guineematin : « le 28 septembre 1958 est un symbole de l’unité nationale »
Elhadj Madifing Diané à Guineematin : « le 28 septembre 1958 est un symbole de l’unité nationale »

Africa-Press – Guinée. Elhadj Madifing Diané est l’un des témoins du 28 septembre 1958, date historique et très importante pour la Guinée. Ancien ministre, ancien gouverneur de la région de Labé…, c’est avec beaucoup de fierté qu’il parle de ce jour au cours duquel les Guinées ont décidé de mettre fin à leur colonisation par la France.

Pour ce compagnon de l’indépendance, cette date est surtout un symbole d’unité, sans laquelle la Guinée n’aurait pas réussi à être le premier pays d’Afrique francophone à obtenir son indépendance. Il l’a dit dans un entretien accordé à Guineematin.com, à l’occasion du 64ème anniversaire du référendum du 28 septembre 1958.

Décryptage !

Le 28 septembre 1958, le peuple de Guinée a décidé de prendre son indépendance en rejetant le projet de communauté proposé par la France. Qu’est-ce qui a prévalu d’abord au référendum organisé ce jour-là en Guinée ?

Madifing Diané : En réalité, le référendum du 28 septembre 1958 est proposé à l’ensemble des colonies de l’Afrique occidentale française et de l’Afrique équatoriale française. C’est la suite logique de la deuxième guerre mondiale (1939-1945). Il est évident que cette période a été très difficile pour l’ensemble des territoires européens et surtout pour la France. C’est une époque particulière dans la vie de la France, qui est sortie très affaiblie de cette deuxième guerre mondiale. Et vous savez que les Africains ont participé à sauver l’Europe pendant la première guerre mondiale et la deuxième guerre mondiale. La Guinée étant une colonie, nos pères, nos frères, nos aînés de cette période, ont été enrôlés et ont combattu pour donner la liberté à l’Europe mais surtout à la France. Et la récompense qui pourrait être donnée à ces populations, c’était au moins de les instaurer dans la dignité.

La colonisation a été très féroce, de son installation à la gestion de l’administration coloniale, il faut reconnaître que les indigènes qu’étaient nos parents ont souffert de cette période. Donc, le général De Gaulle a au moins le mérite d’avoir reconnu cette réalité et d’avoir fait un pas dans l’émancipation des peuples colonisés d’Afrique. C’est dans ce cadre-là que le 28 Septembre 1958 a été proposé à l’ensemble des colonies, mais avec espoir pour la France qu’on allait rester dans la grande communauté qu’elle proposait et qui, dans son contenu, en réalité, n’était pas une indépendance. C’était quand même une autonomie qui allégeait certaines charges de la colonisation sur les populations indigènes.

Avant le référendum, il y a eu une tournée dans l’Afrique occidentale française, en 1957. Le général De Gaulle a préparé très sérieusement cette tournée pour sensibiliser les leaders africains de l’époque à rester dans le sillage qu’il a présenté. Il est arrivé en Guinée je crois en août 1957. Le PDG était déjà aux commandes, parce qu’en 1957 déjà, Sékou Touré était maire de Conakry et vice-gouverneur de la Guinée française. Donc, la visite qui en est sortie après cette période était pour sensibiliser les colonies africaines à l’autonomie sous la tutelle de la France. Donc, ce 28 septembre, pour la Guinée et même pour le reste de l’Afrique équatoriale et occidentale française, c’était une date de grand honneur, de grande fierté.

Quelle a été la réponde de la France après la victoire du NON au référendum du 28 septembre 1958 en Guinée ?

Madifing Diané : Le discours du général De Gaulle a été très clair. Il a dit que la Guinée peut prendre son indépendance en disant non à la proposition qui lui a été faite. Il a dit en résumé que la France ne fera pas d’obstacles, mais il a ajouté en conclusion qu’on en tirera les conséquences. La Guinée était la première ressource de l’AOF. La France est sortie affaiblie de la deuxième guerre mondiale, l’espoir de la France pour se relever économiquement et entretenir ses colonies en Afrique de l’Ouest en grande partie reposait sur la Guinée (…). Donc La France nous en voudra toujours pour lui avoir coupé de cette richesse.

64 ans après le référendum qui a conduit à l’indépendance de la Guinée, quels enseignements les Guinéens peuvent encore tirer comme de cet événement ?

Madifing Diané : La leçon qu’on peut tirer de cette date est que pour la première fois, les illustres partis d’opposition de l’époque qui sont : le BLG de Barry Diawadou et la Démocratie socialiste de Barry Ibrahima dit Barry 3, ces deux partis ont fusionné et ont accompagné le parti majoritaire, le PDG, pour voter NON au référendum du 28 septembre 1958. Le 28 septembre 1958, la meilleure des expressions dedans, c’est l’unité nationale, du cercle de Yomou à Conakry. L’ensemble de ces cercles et leaders de ces cercles qu’on appelait à l’époque les conseillers territoriaux de la Guinée, tous mobilisés dans la grande unité, ont amené le pays à voter NON au référendum du 28 septembre 1958, dont la conséquence logique a été l’octroi de l’indépendance, le jeudi 2 octobre 1958.

La particularité de la Guinée à cette période est que nous avons été le seul territoire colonial à voter NON et avons été le seul territoire colonial de la France à obtenir l’indépendance. Et cette indépendance aussi est une leçon de dignité, une leçon de courage et une leçon d’humilité pour le peuple de Guinée.

On avait 63 conseillers territoriaux de Yomou jusqu’à Conakry. Ces 63 conseillers territoriaux, ce sont eux qui faisaient le conseil territorial de la Guinée française, présidé par Elhadj Saïfoulaye Diallo, qui était maire de la commune de plein exercice de Mamou et président du conseil territorial de la Guinée, élu sur la liste du PDG à Mamou alors qu’il est de Labé. Donc, cela explique la mentalité de ces pères fondateurs de cette République.

Sékou Touré de la Haute Guinée, maire de la commune de plein exercice de Conakry, vice-gouverneur de la Guinée française et conseiller territorial au sein du grand conseil territorial de la Guinée française. Elhadj Saïfoulaye Diallo, président du conseil territorial, maire de la commune de plein exercice de Mamou sur la liste du PDG RDA. Donc, c’est une période de grande réflexion en exprimant notre reconnaissance éternelle et infinie à ces pères fondateurs sans distinction.
Pour finir, quels conseils pouvez-vous prodiguer aux Guinéens aujourd’hui sur le plan de l’unité nationale, qui a pris un sérieux coup ces dernières années ?

Madifing Diané : C’est dans l’unité que nous avons eu notre indépendance et c’est dans l’unité et la paix qu’on peut construire une nation. Les opposants politiques de l’époque et le PDG qui était le parti majoritaire ont compris cette leçon. Le slogan majeur de l’époque était : c’est l’union qui fait la force. La Guinée a tout pour être heureuse. Elle a tout en ressources naturelle et humaine pour être heureuse. Les querelles politiques sont un piège pour le pays. Et ces querelles sont animées par ceux qui ne veulent pas que la Guinée jouisse de ce que Dieu lui a donné comme ressources naturelles. Ceux qui veulent nous voir divisés pourvu qu’ils viennent s’installer dans le pays et exploiter à leur goût les ressources naturelles, avec pour seul argument : nous venons pour les pacifier.

Pour plus d’informations et d’analyses sur la Guinée, suivez Africa-Press

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here