Guerre Israël-Hamas : la cause Palestinienne divise l’Afrique !

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Guerre Israël-Hamas : la cause Palestinienne divise l’Afrique !
Guerre Israël-Hamas : la cause Palestinienne divise l’Afrique !

Africa-Press – Guinée. Les réactions des pays africains à l’attaque du 7 octobre dernier contre Israël, et les massacres Israéliens qui l’ont suivi, varient en fonction de leur Histoire, et de leurs relations bilatérales avec Tel-Aviv, et de leurs propres préoccupations internes. Ces réactions oscillent essentiellement entre trois types : le silence — le continent est du reste le seul endroit du monde où de nombreux pays ne se sont pas publiquement prononcés sur la question —, ou l’appel à la désescalade, qui peut nuancer une timide condamnation d’Israël. Et enfin, la condamnation pure et simple du Hamas.

D’une manière générale, les États d’Afrique subsaharienne ayant exprimé leur position ont principalement suivi les déclarations de l’Union africaine, qui se refuse à qualifier l’action du Hamas de «terroriste», et promeut en contrepartie la résolution du conflit par la création de deux États. Cette tiédeur de position n’est en fait que l’écho des relations complexes, qu’entretient l’État hébreu avec le continent Africain.

Mustapha OUARAB

L’attaque du Hamas contre Israël a mis à jour des ruptures mondiales. Derrière les malheurs de la guerre étendue, la réaction à l’opération «Déluge Al-Aqsa» bouscule une région déjà divisée entre son soutien à la cause Palestinienne, et la normalisation des relations avec Israël dans le cadre des Accords d’Abraham. Ainsi, la guerre entre déchaînée entre le Hamas et Israël suscite des réactions contrastées en Afrique. Alors que le gouvernement israélien s’efforce depuis plusieurs années de raffermir ses liens avec le continent, une poignée seulement de pays lui a ouvertement manifesté son soutien.

Soutien minime à Israël

Après les audacieuses attaques du Hamas le 7 octobre 2023, puis la riposte sanglante d’Israël, les États d’Afrique subsaharienne ont, dans leur grande majorité, réagi tardivement et timidement à la situation embrasée au Moyen-Orient. Entre absence du soutien «traditionnel» à la Palestine, ou à Israël malgré les tentatives de normalisation de ce dernier, le constat des positions des États Africains donne à réfléchir.

De prime abord, il faudra rappeler que la majorité des États Africains reconnaissent Israël. Le tableau ci-après, que nous avons dressé sur la base de sources reconnues, compte quelques 33 États parmi les 54 que compte l’Union Africaine. Toutefois, cet état de fait n’a eu qu’une répercussion minime sur toute éventuelle solidarité avec Tel-Aviv.

Jusqu’à l’heure où nous rédigions cet article, la majorité des États Africains n’ont pas (encore) exprimé de position claire envers la tragédie en cours à Gaza. Tandis qu’une minorité de quelques huit États seulement a affiché son soutien avec l’État hébreu. Et à l’échelle du continent, ce ne sont pas des pays qui jouissent d’un poids géopolitique de premier ordre.

Le tableau suivant se passe de tout commentaire :


“victimisation” du bourreau !

Comme il a été dit, plus haut, les pays qui ont choisi d’exprimer un soutien net à Israël sont assez peu nombreux. Pour la plupart, ce sont des partenaires historiques d’Israël, tel le Kenya, la République démocratique du Congo, le Togo (deuxième partenaire commercial d’Israël sur le continent), ou encore le Rwanda, le Ghana, le Soudan Du Sud et le Cameroun.

Le cas du Kenya est édifiant. Le seul pays de la Corne de l’Afrique à s’être fermement prononcé contre le Hamas, c’est un partenaire historique d’Israël d’où sa condamnation sans ambiguïté de l’attaque du mouvement Palestinien armé, avançant qu’«il n’existe aucune justification au terrorisme, qui constitue une menace sérieuse à la paix et à la sécurité internationale», par la voix de son président William Ruto, dans un message diffusé sur le réseau social X (ex-Twitter). Son ministre adjoint des affaires étrangères, Korir Sing’Oei, est même allé plus loin en affirmant que son pays «condamne fermement l’ignoble attaque terroriste (…) et regrette le carnage et la perte insensée de vies humaines», insistant sur le fait qu’«Israël a le droit de riposter» [sic].

Pareillement, le Togo dont le chef d’Etat Faure Gnassingbé s’est rendu à plusieurs reprises en Israël, s’est exprimé par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Robert Dussey, qui a déclaré que son pays «condamne fermement l’attaque terroriste du Hamas contre des civils israéliens. Nous demandons la libération des otages », a-t-il annoncé dans une déclaration publiée sur son compte X.

Le président camerounais Paul Biya, l’autre soutien Historique d’Israël sur le continent africain, a attendu plusieurs jours avant d’exprimer une position. Le 10 octobre 2023, dans une lettre adressée au Président israélien Isaac Herzog, Biya a publiquement condamné les attaques perpétrées par le Hamas : «j’ai pris connaissance avec un réel émoi de l’effroyable bilan humain, causé par l’attaque armée du Groupe islamiste Palestinien “Le Hamas”. Je tiens, suite à cette terrible tragédie, à vous adresser, ainsi qu’aux familles des victimes et à la Nation israélienne profondément meurtrie, mes sincères condoléances».

Le 8 octobre 2023, le ministère des Affaires étrangères et de l’intégration régionale ghanéen a publié le communiqué suivant : «Le Gouvernement du Ghana est profondément attristé et choqué par les événements en cours en Israël, où des militants du Hamas de la bande de Gaza se sont infiltrés dans le sud d’Israël pour attaquer des civils israéliens innocents au milieu d’un barrage d’attaques à la roquette depuis la bande de Gaza. Le Ghana condamne sans équivoque ces attaques, Tout en affirmant son soutien au droit d’Israël à exister et à se défendre»

Le 8 octobre, la Présidence de la RDC a publié sur X le texte suivant : «Le Président Félix Tshisekedi condamne avec fermeté les attaques terroristes, qui ont frappé l’État d’Israël ce samedi, causant de lourdes pertes en vies humaines et de nombreux blessés (…)».

Le 8 octobre, un communiqué émanant du gouvernement Rwandais a été publié, ou il «présente ses condoléances et sa sympathie au gouvernement et au peuple de l’État d’Israël après les attaques terroristes du 7 octobre 2023, qui ont mené à la perte de nombreuses vies, de nombreux blessés et l’enlèvement d’otages. Le gouvernement de la République du Rwanda condamne cet acte de terreur, notamment le ciblage de civils innocents».

Le 11 octobre 2023, Le président du Soudan du Sud Salva Kiir, a envoyé au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou le message suivant : «J’écris au nom du gouvernement et du peuple du Soudan du Sud, pour exprimer mes plus sincères condoléances à vous et au peuple d’Israël, pour les personnes que vous avez perdues à cause des actes terroristes odieux et provoqués par le Hamas. Aucun motif politique ne peut jamais justifier le meurtre de civils innocents».

Israël devant la Cour Pénale ?

Ce qui reste toutefois rassurant et honorable à cet égard, c’est la position de l’Union Africaine qui a formellement refusé de condamner l’offensive du Hamas. En outre, le président de la Commission de l’Union africaine Moussa Faki Mahamat, a attaqué le fond du problème, en appelant à mettre fin au conflit lançant un appel aux deux parties “à revenir, sans conditions préalables, à la table des négociations pour mettre en œuvre le principe de deux Etats, vivant côte à côte”.

Et d’exprimer courageusement son «souhait de rappeler que le déni des droits fondamentaux du peuple Palestinien, notamment celui d’un Etat indépendant et souverain, est la cause principale de la tension».

D’autre part, la Commission de l’Union africaine a confirmé – dans un communiqué officiel – que le fait de cibler des zones résidentielles (à Gaza), sous quelque justification que ce soit, constitue une violation du droit international, appelant la communauté internationale à mettre fin à l’expansion de la catastrophe humanitaire résultant du ciblage des civils dans la bande de Gaza et à sa propagation à pays voisins.

L’Union africaine n’a pas manqué de décrire ce qui se passe dans la bande de Gaza comme un «génocide sans précédent de la population de la bande», que ce soit en dirigeant des frappes directes sur leurs zones résidentielles, ou en ciblant les centres de soins vers lesquels se précipitent les blessés, ainsi qu’en ciblant les établissements de services, et les infrastructures, telles que l’eau, l’électricité et le gaz, pour réduire leurs moyens de vie et leur résilience.

L’Union a réitéré le soutien des pays du continent africain, selon lequel la solution à deux États côte à côte est l’option la plus efficace pour mettre fin à ce conflit, et garantir la sécurité et la paix aux Palestiniens et à leurs voisins en Israël et dans d’autres pays.

Moussa Faki Mahamat, chef de la Commission, est allé même à accuser Israël d’avoir commis un «crime de guerre» pour avoir bombardé l’hôpital baptiste de la bande de Gaza, et d’autres institutions de traitement et de secours. Il a déclaré qu’il n’y avait pas assez de mots pour décrire la laideur de l’attaque israélienne sur l’hôpital, au mépris du droit international humanitaire, bien que la communauté internationale considère les hôpitaux comme un refuge qui ne devrait pas être pris pour cible, sinon cela constituerait un crime de guerre.

Faki a déclaré lors d’une conférence de presse depuis la capitale zimbabwéenne, Harare, que la vie d’environ 500 Palestiniens morts et blessés qui recevaient des soins à l’hôpital baptiste révélait la laideur d’une violence sans pitié et rejetée légalement, humainement et militairement, malgré toutes les tentatives de Tel Aviv pour rejeter la faute sur la partie palestinienne afin de renverser les faits.

Il a même nuancé la menace que l’Afrique compte 33 États membres à la Cour pénale internationale, et que tous ont reçu une invitation du “Centre pour la justice internationale en Afrique du Sud”, à porter plainte contre Israël pour avoir commis des crimes de guerre et des violations des droits des civils sans défense à Gaza.

Fiasco total de la guerre d’influence Israélienne en Afrique

À l’occasion d’une visite du président kényan Uhuru Kenyatta en février 2016, à Israël, l’éternel premier ministre Benjamin Netanyahou avait commenté l’évènement par ces mots : «Israel is coming back to Africa, and Africa is coming back to Israel» (traduisez : Israël revient en Afrique, et l’Afrique revient en Israël). Ce commentaire fera par la suite office de slogan de la politique d’infiltration dans le continent Africain.

Depuis une quinzaine d’années, Netanyahou avait initié un rapprochement avec de nombreux États africains, en faisant courir le bruit autour de lui qu’il entendait ressusciter la «doctrine de la périphérie» qu’avait lancée David Ben Gourion, durant les années cinquante du siècle dernier. Cette stratégie qui ambitionne d’étendre l’influence d’Israël vers d’autres horizons.

Politiquement, Netanyahou est en partie parvenu à atteindre ses objectifs, mais concrètement, l’investissement réel sur le continent reste modeste. Non seulement en termes de capitaux, mais aussi d’intérêt fourni pour infiltrer un immense continent aussi vaste et contrasté que l’Afrique. Dans ce sens, un chercheur occidental proche de l’État hébreu, a consacré une analyse d’une trentaine de pages, ou il a étudié les causes de l’échec de pénétrer le continent par Tel-Aviv. Parmi lesquels il cite le fait que le staff consacré au suivi des relations avec l’Afrique au ministère des affaires étrangères Israéliens se résume en tout à quelques 33 fonctionnaires seulement pour 54 pays. Même pas un fonctionnaire par État !

Pourtant, pour Netanyahou, l’idée était de tisser des liens avec la périphérie des mondes arabes, que représente —entre autres— l’Afrique. Et de fait, Israël a surtout tissé des relations diplomatiques étroites avec des pays anglophones du continent, essentiellement situés en Afrique de l’Est. Ainsi, Tel-Aviv a été la première capitale à reconnaître le nouvel État du Soudan du Sud après son accession à l’indépendance en 2011. Israël soutenait cette partition du Soudan depuis plusieurs décennies, sûrement afin d’affaiblir Khartoum. À partir de 2014, l’un des enjeux principaux de Benyamin Netanyahou était de trouver des alliés (à l’ONU) pour s’opposer au programme nucléaire iranien, et dans les organisations internationales afin de contrer les offensives palestiniennes, et éviter que ne se reproduisent des épisodes comme celui à l’UNESCO. Le continent lui offrait cette possibilité, avec ses 54 États Africains, qui font de lui un grand réservoir de voix de vote.

Car —est-il de le rappeler—Israël se sent malmené au sein des Nations unies, ces dernières années, l’Assemblée générale avait régulièrement adopté des résolutions condamnant la politique de colonisation israélienne et son usage excessif de la force contre les Palestiniens.

Toutefois les faits sont là. La «doctrine de la périphérie» n’a pas abouti à ses fins non déclarées, malgré la montée exponentielle du nombre de pays qui ont normalisé leurs relations avec Israël, et qui se comptent actuellement par dizaines.

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