NON du 28 septembre 1958 : « c’était impensable que des africains s’adressent à De Gaulle comme les Guinéens l’ont fait »

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NON du 28 septembre 1958 : « c’était impensable que des africains s’adressent à De Gaulle comme les Guinéens l’ont fait »
NON du 28 septembre 1958 : « c’était impensable que des africains s’adressent à De Gaulle comme les Guinéens l’ont fait »

Africa-Press – Guinée. La Guinée célèbre ce mercredi, 28 septembre 2022, le 64ème anniversaire de son NON à la communauté franco-africaine. Ce fameux vote au référendum Gaulliste a permis à la Guinée d’accéder à son indépendance quatre jours plus tard. Dans un entretien , le doyen Ismaël Condé, compagnon de l’Indépendance, est revenu sur ce référendum. Selon ce sociologue à la retraite, le général De Gaulle, venu confiant en Guinée le 25 août 1958, avait été surpris et indigné du « discours courageux » de Sékou Touré.

Décryptage !
Cela fait 64 ans depuis que la Guinée a dit NON au colonialisme français. En tant que témoin de cet événement majeur de notre accession à l’indépendance, dites-nous ce qui a conduit à ce scénario ?

Ismaël CONDE : le général De Gaulle revient au pouvoir le 13 mai 1957. Il se propose de redéfinir les rapports entre les colonies et la France. Donc, il avait pensé à la Communauté. Mais cette Communauté ne pouvait s’instaurer que par une constitution, il fallait donc définir la constitution de la communauté. Début août, la rédaction de cette constitution était achevée. À partir de la mi-août, le général De Gaulle entreprend de mener une campagne dans les colonies afin de faire voter le « OUI » aux colonies. C’est la campagne pour voter au référendum du 28 septembre, qui a amené le général De Gaulle à Conakry le 25 août 1958. Il était déjà passé à Madagascar, Abidjan, au Tchad, à Brazzaville, etc. Il y a eu deux discours d’accueil. Le discours de bienvenue de Saïfoullaye Diallo, qui lui a dit en résumé : tu viens trouver en Guinée des patriotes fermement décidés à défendre leurs parties Africaines. Et, qu’en cela les guinéens sont confiants en le général De Gaulle parce que le général De Gaulle est un modèle de patriotisme. Il a organisé la résistance française à la domination Allemande pendant la deuxième guerre mondiale par patriotisme, par le sens de l’honneur, par le sens de la dignité. Pour Saïfoullaye, ce sens de la dignité qui a conduit le général De Gaulle à mener l’action qui a fait de lui le général De Gaulle, il ne peut qu’accepter ce même sens de l’honneur et de la dignité pour tout homme. C’est le discours du président de l’assemblée territoriale. Après maintenant, le président Ahmed Sékou Touré est venu faire son discours par la fameuse phrase : « Nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage ». Il y a les guinéens qui ont l’esprit tordu, qui disent que : on a fait exprès. Sékou Touré a dit qu’on préfère la pauvreté, qu’on n’aime pas le bonheur ». Pour eux, nous sommes pauvres parce que nous avons cherché. Par aliénation culturelle, par intoxication, ils croient que la Côte d’Ivoire et le Sénégal sont en avance sur la Guinée. Donc, c’était impensable pour le général De Gaulle que des africains colonisés s’adressent à lui comme les Guinéens l’ont fait. Parce que nulle part, on ne s’est adressé à lui comme en Guinée. Le général De Gaulle est venu en Guinée confiant pour entendre ce qu’il a entendu ailleurs (dans les autres colonies). Il a été très indigné. Il a parlé comme il a parlé.

Après ce fameux référendum, quelle a été la démarche de la métropole vis-à-vis de la Guinée ?

C’était un défi lancé entre la France et nous. Allons-nous préférer la dignité même dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage ou allons-nous nous agenouiller devant la France ? Mais, comme le peuple de Guinée était éduqué par le PDG à partir de l’idée de l’indépendance et de la dignité ; et étant donné aussi que les partis rivaux avaient rejoint le PDG-RDA sur la ligne de l’indépendance, le vote a enregistré entre 95 et 96% de « NON » contre 4 à 5% de « OUI ». Avec ce résultat, le 2 octobre, la Guinée a proclamé son indépendance. Et, la France a tout fait pour pouvoir compromettre notre indépendance. Le général De Gaulle avait dit qu’elle ne fera pas d’obstacles, mais notre candidature aux Nations Unies, la France a été la première à se prononcer contre. Elle avait même retardé notre admission aux Nations Unies, le temps pour elle de venir nous attaquer militairement. Mais la volonté de Dieu se réalisera toujours malgré les agissements des hommes.

C’est quoi le sens et la portée de de cette date historique du 28 septembre 1958 ?

Pour les guinéens qui croient à l’honneur et qui ont le sens de la grandeur, le 28 septembre est une date glorieuse. Par Conte, pour les guinéens qui ont toujours cru à la domination coloniale, pour les guinéens qui ont toujours cru à l’esclavage, le colonialisme était la race supérieure. Le 28 septembre est une date triste. C’est pourquoi ces Guinéens ont toujours agi pour compromettre l’indépendance guinéenne. Et, je pense, la coïncidence du 28 septembre 2009 obéit à ce dessein de salir dans la mémoire des guinéens et des africains la signification profonde du 28 septembre 1958. Eux, ils croient que depuis l’indépendance, nous sommes dans la misère, que depuis l’indépendance, la Côte d’Ivoire et le Sénégal nous ont dépassé. Qu’est-ce qu’ils savent ? Ils ne sont pas des économistes, ils n’ont aucune donnée économique, ils racontent des bêtises. La Côte d’Ivoire et le Sénégal sont en avance par rapport à la Guinée dans quel domaine et comment ? Si le régime du 3 avril n’avait pas supprimé le tissu industriel qui existait en Guinée, qui pouvait se comparer à la Guinée du point de vue développement économique en Afrique ? Ce qui est clair, il y a le développement psychosocial de l’individu et le développement culturel de l’individu. Dans ce sens-là, les guinéens sont au-dessus de pas mal de pays à travers le monde entier.

Selon vous quels sont les enseignements que les guinéens devraient tirer de cette date qui marque le tournant décisif de notre accession à l’indépendance ?

La date du 28 septembre doit rester une date de gloire pour la Guinée comme elle l’est pour l’Afrique. C’est l’indépendance guinéenne qui a poussé les pays qui ont voté le « OUI » à réclamer leurs indépendances à la France. Deux ans plus tard, ces pays ont voulu être indépendants comme la Guinée en 1960. Donc, la Guinée a été le porte-flambeau de la liberté sur le continent africain. Ce que je peux demander au peuple de Guinée, c’est de ne jamais écouter les hommes politiques, de s’affranchir des conceptions politiques, c’est de se départir du langage de la haine, de la division et de l’ethnocentrisme. Il nous faut être uni comme le 28 septembre pour résister à tout ce qui nous environne comme fléau.

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