Dr Diallo Thierno Mamadou
Africa-Press – Guinée. La situation qui se dessine aujourd’hui autour du Port autonome de Conakry n’est pas une simple difficulté logistique: elle porte en elle les germes d’une crise aux ramifications économiques, sociales et humaines profondes. Lorsqu’un port ralentit, c’est tout un pays qui retient son souffle. Car le port n’est pas seulement une infrastructure , il est l’artère par laquelle circule la vie économique de la nation.
Les retards observés et le déroutement progressif des conteneurs constituent un signal d’alerte majeur. Derrière ces chiffres et ces navires qui changent de cap, il y a une réalité beaucoup plus inquiétante: la menace d’une pénurie de produits essentiels. Dans un pays où une grande partie des biens de consommation dépend des importations, la rupture de la chaîne d’approvisionnement peut rapidement faire basculer des milliers de familles dans l’angoisse quotidienne , celle de ne plus pouvoir se nourrir correctement, se soigner ou accéder aux produits de première nécessité.
L’histoire économique nous enseigne une chose: les crises d’approvisionnement ne préviennent pas, elles s’installent silencieusement avant d’exploser. Aujourd’hui, ce sont quelques conteneurs déroutés ; demain, ce pourraient être des rayons vides, des prix qui flambent et un pouvoir d’achat déjà fragile qui s’effondre davantage. Les premières victimes seront, comme toujours, les plus vulnérables.
Mais le danger ne s’arrête pas là. Lorsque les coûts de fret deviennent insupportables, les armateurs revoient leurs routes. Et lorsqu’un pays cesse d’être une destination logistique fiable, la reconquête de la confiance peut prendre des années. Le risque est donc double: immédiat pour les populations, structurel pour l’économie nationale.
Chaque jour d’inaction renchérit la facture collective. Les opérateurs économiques voient leurs capitaux immobilisés, leurs engagements menacés et leurs marges s’éroder. Les transporteurs, eux, privilégieront naturellement des ports plus fluides et plus prévisibles. À terme, c’est l’attractivité même de la Guinée qui pourrait être remise en question.
Il ne s’agit ni d’alarmisme ni de polémique, mais d’un appel lucide à la responsabilité. Gouverner, c’est anticiper. Et anticiper, c’est agir avant que la tension ne se transforme en crise ouverte.
Les autorités sont aujourd’hui face à une exigence claire: prendre des mesures rapides, visibles et efficaces pour restaurer la fluidité portuaire, rassurer les partenaires commerciaux et protéger les populations contre une hausse brutale du coût de la vie. Car au-delà des marchandises bloquées, c’est la stabilité sociale qui est en jeu.
Un port congestionné peut devenir, en silence, le point de départ de souffrance des populations. À l’inverse, une réaction ferme et coordonnée enverra un message puissant: celui d’un État vigilant, capable de protéger son économie et de préserver la dignité de ses citoyens.
L’urgence n’est pas seulement technique , elle est nationale. Car lorsque l’approvisionnement vacille, c’est la confiance qui tremble. Et aucune nation ne peut prospérer durablement sans confiance.
Source: Vision Guinee
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