Guinée : de l’agroalimentaire à la finance, Mamadou Saliou Diallo étend l’empire Sonoco

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Guinée : de l’agroalimentaire à la finance, Mamadou Saliou Diallo étend l’empire Sonoco
Guinée : de l’agroalimentaire à la finance, Mamadou Saliou Diallo étend l’empire Sonoco

Africa-PressGuinée. Le groupe de Mamadou Saliou Diallo vient de lancer une gamme de boissons sous la marque Salam, a pris des parts dans Sunu Assurances et s’apprête à inaugurer une usine de bouillon cube, ainsi qu’une tour d’affaires en plein centre de Conakry.

Du haut de son bureau situé au 5e étage de l’immeuble Sonoco, dans le centre-ville de Kaloum, à Conakry, Mamadou Saliou Diallo voit loin. « Tous les secteurs stratégiques sont détenus par des étrangers : le port, l’aéroport, les banques, les mines… Cela doit changer », martèle l’emblématique capitaine d’industrie guinéen « Saliou Kégnéko », ainsi que l’appellent ses proches.

Beaucoup de choses ont déjà changé dans la vie de celui qui était un petit distributeur de pains dans les années 1980 et connaissait alors toutes les boulangeries et ruelles de Conakry, avant de se lancer dans l’import grâce à un prêt de sa belle-mère. En 1992, l’entrepreneur autodidacte crée la Société guinéenne d’investissement (SGI) qui, en 2004, deviendra la Société nouvelle de commerce (Sonoco).

Il emploie aujourd’hui plus de 1 000 personnes dans des secteurs aussi divers que la distribution, la construction et l’immobilier, le transport et la logistique, la finance – avec des sociétés leaders telles que AM Transit, Métal Import, Global Investment and Construction (GIC SA), la Nouvelle Compagnie d’investissement –, sans oublier l’agroalimentaire, avec, entre autres, Les Moulins d’Afrique (LMA), numéro un de la farine dans le pays.

Nouvelles usines

À 59 ans, l’homme d’affaires ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Son complexe industriel, qui occupe désormais une superficie de 8 hectares dans la zone industrielle de Sonfonia, dans le nord de Conakry, vient de s’agrandir avec la nouvelle usine de sa filiale Agro Food Industrie. L’infrastructure a nécessité un investissement de 40 millions d’euros

Créée en 2018, cette dernière a déjà racheté Nestlé Guinée – dont elle fabrique et distribue les produits – et, en décembre 2020, elle a lancé une nouvelle gamme de boissons sans alcool (jus de fruits 100 % naturels, eau minérale, eaux aromatisées ou gazeuses, sodas, boissons énergétiques…) commercialisée sous la marque Salam.

L’infrastructure a nécessité un investissement de 40 millions d’euros et comprend une unité de traitement de l’eau (pompée à une centaine de mètres de profondeur grâce à trois forages), ainsi que deux chambres froides pour stocker la matière première importée d’Allemagne – tel le blé qui alimente la minoterie voisine de LMA. Elle dispose d’une capacité de production de 1 million de tonnes de boissons par jour, conditionnées en bouteilles et en boîtes. Avec Salam, Agro Food Industrie ambitionne d’être le leader du marché des jus en Guinée d’ici à deux ans.

Sur le même site, l’autre chantier d’Agro Food industrie est celui de sa future usine de bouillon cube et tablettes crevettes, une grande bâtisse en béton armé « achevée à 90 % », précise son directeur général, Thierno Ismaël Niang, recruté après avoir travaillé vingt-neuf ans chez Nestlé. L’usine, qui a nécessité un investissement de 26,5 millions de dollars, sera opérationnelle avant la fin de l’année et dotée d’une capacité de 20 000 t par an.

La Tour Niger, nouveau fleuron

Toujours sur le site de Sonfonia, mais également sur celui de Matoto (commune du sud-est de Conakry), Métal Import, filiale de Sonoco fondée en 2011, qui fabrique des tôles, du fer et des pointes à béton, redouble d’activité… notamment pour fournir le chantier de la Tour Niger, nouveau fleuron du groupe – et de la capitale.

Construite dans le centre de Kaloum pour 25 millions de dollars d’investissement, elle devrait être inaugurée au troisième trimestre 2021. « C’est un concept immobilier pour l’émergence d’un business center, le premier en Guinée. Et ce sera l’un des meilleurs en Afrique de l’Ouest », assure son directeur général, Thierno Malick Barry, qui est aussi le représentant pays du groupe Regus, spécialiste international de la domiciliation d’entreprises, des espaces de coworking et centres d’affaires.

Je n’aime pas faire les choses à moitié, c’est pourquoi je m’associe aux meilleurs La Tour Niger comprend un centre commercial de 18 boutiques au rez-de-chaussée (vêtements, électro-ménager, transfert d’argent et services divers) ; des bureaux privés modulables, ainsi que deux espaces de coworking et de VIP (1er et 2e étages) ; des espaces de bureaux à louer (et à aménager) du 3e au 11e étages et six appartements de 220 à 280 m2, équipés de bureaux, ainsi qu’une salle de gym commune (aux 12e et 13e étages).

« Je n’aime pas faire les choses à moitié, c’est pourquoi je m’associe aux meilleurs dans chaque domaine », précise Mamadou Saliou Diallo qui, comme il s’est accompagné de l’expertise de Regus pour le centre d’affaires de la Tour Niger, travaille avec le groupe allemand Krones, spécialiste des lignes d’embouteillage et de conditionnement de liquide, pour les activités boissons d’Agro Food Industrie, et avec le suisse Buhler, leader mondial des chaînes logistiques agroalimentaires, qui a installé la minoterie de LMA.

Sonoco vient par ailleurs d’intégrer le marché de l’assurance en devenant actionnaire du groupe panafricain Sunu à hauteur de 15 %. « Cela entre dans notre stratégie de diversification et dans notre volonté de développer nos services dans notre pays mais également dans la sous-région », explique Mamadou Saliou Diallo. Prochaine étape, la banque ? « Je n’aime pas les effets d’annonce, je ne fais pas de “pose de la première pierre”, rétorque-t-il. Quand le président me demande quels sont mes projets, je réponds que je préfère ne pas en parler, pas avant qu’ils soient inaugurés et concrets. » On compte de plus en plus d’industriels parmi les opérateurs économiques

Un brin nostalgique, Saliou Kégnéko se remémore l’époque où il ne faisait qu’acheter et revendre. « Il y a des années, quand il était simple ministre de l’Économie, l’actuel Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana avait réuni les opérateurs économiques pour leur expliquer les avantages de quitter l’informel. Plus tard, à son retour des États-Unis, il a visité l’usine de farine des Moulins d’Afrique. Il en était très fier. Je crois qu’on compte de plus en plus d’industriels parmi les opérateurs économiques. » Et c’est là l’un des objectifs prioritaires fixés pour accélérer la croissance en Guinée.

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