Guinée : face à Alpha Condé, une opposition en pleine recomposition

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Guinée : face à Alpha Condé, une opposition en pleine recomposition
Guinée : face à Alpha Condé, une opposition en pleine recomposition

Africa-PressGuinée. Les opposants à Alpha Condé se restructurent. Avec une inflation de « coalitions » : après Mamadou Sylla, c’est au tour d’Ousmane Kaba de lancer la sienne.

Les élections législatives, le prochain scrutin en Guinée, ne sont prévues qu’en 2023. Mais à moins de deux ans de l’échéance, la classe politique est déjà en pleine ébullition. En quelques semaines, deux coalitions d’opposition ont vu le jour.

La première, la Convergence pour la renaissance de la démocratie en Guinée (Corede), a été lancée le 9 juin autour d’une quinzaine de partis politiques dirigés pour la plupart par des membres du cabinet du chef de file de l’opposition et président de la Corede, Mamadou Sylla.

La Corede entend se positionner entre l’aile dure de l’opposition, incarnée par le tandem formé par l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) et l’Union des forces républicaines (UFR), respectivement dirigés par les anciens Premiers ministres Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré, et le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG arc-en-ciel, au pouvoir).

« Recomposition du paysage politique »

Le 24 juin, c’était au tour du leader du Parti des démocrates pour l’espoir (Pades) de lancer la Coalition pour le progrès et la démocratie (Coped) comptant dix partis membres. Son président n’est autre que l’ancien ministre conseiller à la présidence Ousmane Kaba, ex-allié du parti au pouvoir au second tour de la présidentielle de 2010, avant de redevenir opposant à Alpha Condé. En 2018, des négociations pour qu’Ousmane Kaba rejoigne le premier gouvernement de Ibrahima Kassory Fofana avaient capoté. Il n’était pas prêt à dissoudre le Pades dans le RPG, comme il l’avait fait en 2010 avec le Plus, sa première formation politique.

Les deux hommes se disputent en outre la région de la Haute Guinée, dont est originaire Kaba mais qui est l’un des principaux fiefs de Condé. Le leader du Pades regrette encore amèrement son refoulement à l’entrée de la ville de Siguiri, où il voulait se rendre lorsqu’il battait campagne pour la présidentielle de 2020.

« Après les différents scrutins de 2020, on assiste à une recomposition du paysage politique. C’est pourquoi nous nous sommes retrouvés pour créer une coalition afin de peser sur l’échiquier politique en Guinée, justifie l’opposant. Le but est également de participer à toutes les grandes consultations politiques en Guinée ». Parmi celles-ci, le dialogue politique, toujours en gestation.

Alliance électorale ?

La Coped compte parmi ses partis membres le Parti démocratique de Guinée (PDG) du premier président guinéen Sékou Touré, le Mouvement National du Développement (MND) de l’ancien ministre Ousmane Doré et est en négociation avec la Nouvelle génération pour la République (NGR) de Abé Sylla. Ces deux derniers étaient candidats à la présidentielle d’octobre 2020. Si la Coped est une coalition politique, elle réfute pour l’heure toute ambition électorale conjointe. « Il y aura des alliances électorales le moment venu, promet Ousmane Kaba. Nos membres seront libres de s’entendre avec qui ils veulent. Nous n’excluons aucune alliance électorale, tout dépendra des positions des uns et des autres ».

Le président du Bloc libéral, Faya Millimouno, salue leur démarche mais aurait pour sa part préféré voir la Coped et la Corede se fondre au sein d’une seule et même structure. « C’est une bonne chose que les partis politiques s’unissent pour mener ensemble le combat. Théoriquement, nous avons plus d’une centaine de partis en Guinée, même si, sur le terrain, on en rencontre à peine une trentaine. En se mettant ensemble, les partis mutualisent leurs efforts et augmentent leur efficacité », explique-t-il.

Approché par les deux coalitions, Faya Millimouno a décliné leur offre, déplorant que la démarche d’union ne soit pas allée plus loin. « Nous avons suggéré aux uns et aux autres de former une coalition unique », raconte le leader du Bloc libéral. Faute d’obtenir gain de cause, le parti a conservé sa propre formation : la Coalition politique pour la rupture (CPR), créée en août 2015 et à laquelle le parti est affilié depuis sa création.

L’opposition semble encore avoir un long chemin à parcourir pour parvenir à s’unir et s’extraire des querelles d’ego. « Nous avons été les premiers à émettre l’idée de créer une plateforme, assure Ousmane Kaba. Mais lorsque nous avons entamé les négociations, certains se sont précipités pour former une coalition autour de Mamadou Sylla dans le but de rejoindre le cabinet du chef de file de l’opposition. »

L’opposition radicale ne semble quant à elle guère concernée par ces recompositions et préfère garder ses distances. « Tout cela montre la pluralité de l’opposition dans notre pays. Chaque parti est libre d’appartenir à une coalition ou pas, réagit Ahmed Tidiane Sylla, responsable au sein de l’Union des forces républicaines (UFR). En ce qui nous concerne, nous restons membre du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC, que les autorités considèrent comme un « mouvement insurrectionnel »). Nous continuons à nous battre en son sein, à partager ses valeurs et principes. C’est la raison pour laquelle nous n’avons pas été au double scrutin législatif et présidentiel de 2020 ».

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