Guinée-Sénégal : pour les commerçants, le calvaire de la fermeture des frontières

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Guinée-Sénégal : pour les commerçants, le calvaire de la fermeture des frontières
Guinée-Sénégal : pour les commerçants, le calvaire de la fermeture des frontières

Africa-PressGuinée. Depuis le 27 septembre 2020, la Guinée a fermé ses frontières avec trois de ses voisins. Plus de trois mois plus tard, le maintien de la mesure a de lourdes conséquences, en particulier pour les transporteurs et commerçants dépendants du trafic entre la Guinée et le Sénégal.

Diogo Bah est amer. Après deux mois et deux semaines d’attente dans la ville de Koundara, à la frontière sénégalaise, ce transporteur habitué de la liaison entre la Guinée et le Sénégal a dû rebrousser chemin pour rentrer à Pita, plus au Sud. Le gingembre, le concombre et les autres légumes qu’il transportait se sont décomposés. Il n’a pu ramener que l’huile de palme, le miel et la semoule de manioc.

Mais si l’espoir de voir la frontière guinéenne rouvrir s’amenuise, le coût de la vie, en revanche, n’a fait que croître dans cette ville très dépendante du voisin sénégalais. « Le prix du haricot qu’on achetait pour le petit-déjeuner est passé de 2 000 francs guinéens à 5 000, ce n’était plus tenable », témoigne Diogo Bah.

Promesse de réouverture

Voilà plus de trois mois que les accès sont fermés entre les deux pays. Le 27 septembre dernier, trois semaines avant la présidentielle du 18 octobre, le chef de l’État guinéen Alpha Condé avait ordonné la fermeture des frontières avec trois des six voisins du pays : le Sénégal, la Guinée-Bissau et la Sierra Leone.

À une délégation conjointe de la Cedeao, de l’Union africaine et de l’ONU reçue au palais présidentiel Sékhoutouréya le 1er octobre, Alpha Condé avait mis en avant des motifs d’ordre sécuritaire.

Accusant le président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló et le vice-président sierra-léonais Mohamed Juldeh Jalloh de manœuvrer pour introduire en Guinée des populations recrutées sur une base communautaire afin de perturber le vote, Alpha Condé reprochait au Sénégal de Macky Sall de ne pas donner suite à sa proposition d’organiser des patrouilles mixtes entre leurs deux pays, pour empêcher des « infiltrations mal intentionnées ».

« Il y avait des violences dans la région (frontalière avec le Sénégal, ndlr), justifie une source anonyme proche du gouvernorat de Labé. La frontière n’a pas été fermée pour embêter les gens. Les opérateurs avaient fui et fermé leur commerce. L’État a voulu se protéger, c’est naturel ».

Reste que, depuis, Alpha Condé a été reconduit à la tête de la Guinée pour un troisième mandat de six ans, et bon nombre d’observateurs s’interrogent sur l’opportunité de maintenir les frontières fermées. « Nous sommes en train de mener des démarches pour la réouverture, assure le gouverneur de Labé, Madifing Diané, contacté par Jeune Afrique. Il faut également rassurer les gens, globalement tout va bien. Je me déplace souvent vers la frontière pour m’enquérir de la situation. »

« Les commerçants en souffrent énormément »

Pour les commerçants, cette fermeture engendre son lot de crispations. Alors que les Guinéens constituent la plus importante communauté d’expatriés au Sénégal, les relations commerciales sont florissantes entre les deux États.

« Il y a beaucoup de marchandises qui proviennent du Sénégal et de la Gambie : la mayonnaise, le beurre, le lait, les bouillons…, détaille Thierno Amadou Daka Diallo, président de la Chambre régionale de commerce de Labé. En retour, d’autres produits agricoles quittent la Guinée pour les deux pays voisins, comme le chou, la pomme de terre, l’huile de palme, ou bien le piment. À cause de la fermeture sans préavis, beaucoup de camions remplis de marchandises attendent des deux côtés une hypothétique réouverture. »

Combien de commerçants se trouvent bloqués de part et d’autres de la frontière ? Impossible à dire, répond Thierno Amadou Daka Diallo : « On ne peut ni les compter, ni chiffrer les pertes à ce stade. Ce qui est certain, c’est que les commerçants en souffrent énormément ». On recense des cas des maladies de certains transporteurs, exposés à une pénurie d’eau et de nourriture

De l’autre côté, en territoire sénégalais, des longues files de véhicules attendent aussi le rétablissement du trafic. « Au moins 250 camions », a constaté Chérif Mohamed Abdallah, président du Groupe organisé des hommes d’affaires guinéens (GOHA), au cours d’une visite effectuée le 9 janvier au poste frontalier de Linkéring. « Le constat est amer : les marchandises ont commencé à pourrir depuis longtemps, décrit-il. On a noté également des cas des maladies de certains transporteurs et de leurs apprentis, exposés à une pénurie d’eau, d’électricité et de nourriture. Ils cohabitent là-bas avec les animaux du Parc national du Niokolo-Badiar (connu sous le nom de Niokolo-Koba côté sénégalais, ndlr) ».

Si les transporteurs immobilisés proviennent du Sénégal, de la Gambie et de la Guinée, « 98 % d’entre eux sont de nationalité guinéenne et sont des citoyens bloqués à l’extérieur de leur pays », déplore le président du GOHA, dénonçant « une violation des règles de libre circulation des personnes et des biens dans l’espace de la Cedeao ».

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