Barewerawera

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Africa-Press – Madagascar. En publiant la liste des appelés pour les prochains matches de qualification de la Coupe du Monde qui se dérouleront en Afrique du Sud, la Fédération malgache de football révèle donc implicitement que la Confédération africaine de football a confirmé que le stade manara-penitra Barea n’était pas aux normes du football international. Son initiateur avait pourtant clamé haut et fort lors du lancement des travaux et de son inauguration que ce serait un endroit aux normes internationales et qui permettrait d’accueillir les matchs internationaux. Quelques mois et 74 millions de dollars plus tard, on est encore au même point: si le but était d’accueillir les rencontres internationales impliquant les équipes malgaches, alors on constate que le stade Barea ne sert à rien. Sauf à accueillir les concerts évangéliques à la gloire des dirigeants.

Cette nouvelle déconvenue n’est qu’un énième épisode à l’actif du pouvoir actuel. Les anecdotes s’accumulent et se ressemblent, reflétant la permanence d’un comportement en deux temps. Un, on lance une idée à grand renfort de communication, prétendant que c’est la meilleure chose qui soit arrivée à Madagascar depuis le retour de l’indépendance. Deux, on constate le grand écart entre l’effet d’annonce et la réalisation, soit parce que le projet est resté au stade de maquette ; soit parce qu’après quelques agitations pour les caméras, les choses sont retombées au point mort ; soit le projet a été réalisé effectivement mais très en-deçà des promesses. Le stade Barea n’est qu’un exemple. Mais on pourrait citer les écoles et hôpitaux manara-penitra fissurés avant même d’avoir été inaugurés, ou l’autoroute Antananarivo – Toamasina qui n’a toujours pas démarré malgré quelques travaux werawera, avant qu’une entreprise kenyane ne revendique avoir remporté le marché qu’on croyait pourtant dévolu à une société égyptienne. On pourra également se demander combien de zébus ont effectivement reçu une puce électronique, après le cinéma pour quelques bêtes devant les caméras à Tsiroanomandidy. Tout comme on pourra s’interroger sur les 1000 bus annoncés à grand renfort de propagande pour fin 2022. Etc.

Pour en revenir au flop du stade Barea, sur lequel nous n’allons pas revenir car tout à déjà été dit, il reste quand même une question qui se pose: quelle est la sanction pour ceux qui sont à l’origine des 74 millions de dollars jetés par la fenêtre, alors que tant de priorités réelles et importantes étaient sur la table au moment où les travaux du stade avaient été annoncés (kere dans le sud, problèmes de la Jirama etc.). C’est bien beau que le Pôle anti-corruption (PAC) s’agite à droite et à gauche après les incompétents et les corrompus ici ou là, mais qu’en est-il du dossier de ce stade Barea soi-disant manara-penitra ? Malheureusement, la propension des dirigeants à privilégier le werawera se retrouve de plus en plus souvent confrontée à la réalité des faits. Résultat: des faits embarrassants pour le régime que la communication n’arrive plus à camoufler. S’agit-il d’erreurs de jugement, d’incompétence, ou de motivations encore plus obscures qui n’apparaissent au grand jour qu’une fois arrivés à Londres ou ailleurs ?

Ne pas confondre volonté politique et pensée magique

Mais ce qui est encore plus déplorable, c’est la mentalité où l’arrogance s’accouple avec la mauvaise foi: au lieu de reconnaître que le pouvoir a (une fois de plus) dérapé dans l’affaire du stade Barea, certains trouvent comme seule réponse à apporter de critiquer ceux qui en ricanent. Quand le sage montre la lune, l’idiot rigole de l’ongle du doigt qui est un peu long.

Et pourtant… les besoins de Madagascar en infrastructures méritent bien davantage de considération. L’on aurait sans doute bien du mal à mettre d’accord vingt Malgaches sur des projets d’envergure réalisés depuis l’Indépendance, dont ils soient encore fiers aujourd’hui. Si d’importantes routes nationales ont été entretemps bitumées, les durées de trajet entre la capitale et les principales autres villes du pays sont retombées aux mêmes niveaux qu’auparavant, faute d’entretien. Si le port de Toamasina a bénéficié d’une extension, le canal des Pangalanes, construit à l’époque de Gallieni et qui pourrait se targuer d’être est une des plus longues voies navigables au monde, ne reçoit qu’une attention très intermittente et attend toujours la réhabilitation annoncée en 2016.

Ces faillites sont collectives. Le développement des infrastructures est la victime de personnalités politiques et d’électeurs qui persistent à penser qu’un mandat électoral suffirait à réaliser de A à Z et dans les normes un projet ambitieux. Ce n’est que très rarement le cas. Qu’ils s’appellent TGV ou pas, les trains n’ont pas mille manières d’arriver à l’heure, et les présidents de la République ne devraient pas se sentir déshonorés d’inaugurer des projets initiés par leurs prédécesseurs.

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