À Madagascar, isolées après les destructions des cyclones, des populations souffrent de la faim

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À Madagascar, isolées après les destructions des cyclones, des populations souffrent de la faim
À Madagascar, isolées après les destructions des cyclones, des populations souffrent de la faim

Africa-Press – Madagascar. L’insécurité alimentaire dans le sud-est persiste. À Ikongo, l’un des districts les plus touchés, le député Jean-Brunelle Razafintsiandraofa fait même état de décès liés au manque de nourriture ces deux derniers mois.

En plus des cultures et des arbres fruitiers détruits, l’état des routes aggrave la crise alimentaire dans le district d’Ikongo, indique son député, Jean-Brunelle Razafintsiandraofa. « Depuis le passage du cyclone en février, les travaux de réhabilitation n’ont pas encore eu lieu », précise-t-il.

Une zone montagneuse et forestière coupée du reste de l’île, témoigne Parfait, agriculteur dans le village d’Ambolomadinika : « On se sent abandonnés. Ce qu’on demande à l’État, d’abord, ce sont des aides alimentaires pour nous donner de la force, comme du riz. Toute la journée on cherche de quoi manger. Je n’en peux plus. Je suis fatigué. Mes frères, mes sœurs, tout le monde est en difficulté. On mange seulement le matin. Le midi et le soir, on boit de l’eau que l’on fait bouillir. On est obligé de manger des tubercules sauvages qui ne se consomment pas normalement. Il y a beaucoup de personnes faibles et malades. Mais elles n’ont plus la force d’aller à l’hôpital. »

Le pire est peut-être à venir

En cette période de post-récolte, plus d’un quart (26%) de la population des districts intérieurs du Grand Sud-Est est classé en insécurité alimentaire élevée, selon le dernier rapport du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC). Une situation peu habituelle pour cette partie de l’île, mais la saison cyclonique du début d’année qui avait fait 206 morts et 460 000 sinistrés a eu de lourdes conséquences.

Alors que le prix des denrées ne cesse d’augmenter et que ces dernières deviennent rares dans certaines localités, la situation nutritionnelle risque d’empirer dans les mois à venir, explique Nathalie Raharilaza, responsable de programme de Ny Tanintsika. Cette ONG malgache, présente à Ikongo, a mis en place des cantines scolaires dans neuf communes et un projet de culture de patates douces à chair orange.

« S’il n’y a pas d’aide alimentaire à Ikongo, en urgence, ce sera vraiment le Kere [famine, NDLR]. On est à la limite de la famine, s’alarme-t-elle. Les enfants sont vraiment maigres. Les adultes aussi. On voit tout de suite qu’ils souffrent. Plusieurs villageois recourent à un tubercule qui ressemble au taro appelé « piko-piko » qui ne se mange pas habituellement. La situation est vraiment alarmante. Dans cette zone, on imagine encore le pire. Ikongo, le chef-lieu du district est vraiment inaccessible. Donc le prix de transport des denrées alimentaires augmente et ça aggrave encore la situation. »

Boire pour se nourrir

Quant aux cultures locales, ce n’est pas simple : le paysage d’Ikongo n’est pas vraiment adapté à la culture du riz. « Les gens font du riz pluvial mais les bassins versants ont été détruits pendant le cyclone. Donc cette activité ne peut pas encore reprendre actuellement. On se contente juste de planter du riz sur les bas-fonds qui sont étroits. On peut reprendre la culture mais ça ne reviendra pas rapidement comme avant. »

Le prix du kilo de riz peut aller jusqu’à 4000 ariary dans certaines localités, soit près d’un euro. Une somme bien au-dessus des moyens de la plupart des ménages. « Les enfants ne vont plus à l’école en ce moment parce qu’ils ont trop faim. Nous, les anciens, on ne boit que de l’eau froide. C’est ça qui remplit notre ventre avant de dormir », ajoute Thomas Andrianony, notable du village d’Ambolomadinika.

123 000 enfants de moins de 5 ans sont en situation de malnutrition aiguë, selon le dernier rapport du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire.

Un sentiment d’abandon

La détresse alimentaire engendre aussi vols et insécurité. « J’avais un champ avec encore un peu de manioc mais tout a été volé. Les gens volent aussi les poules dans notre village », poursuit Parfait, l’agriculteur.

Le député Jean-Brunelle Razafintsiandraofa appelle l’État central à intervenir, notamment pour rétablir la circulation, qui permettra de réduire le coût du transport des vivres. « Si on arrive à nourrir les habitants pendant quelques jours, ils seront en mesure de travailler à nouveau la terre. Nous nous sentons abandonnés et méprisés. J’ai déjà parlé de la situation pendant la réunion du bureau permanent de l’Assemblée nationale et j’espère avoir une autre occasion pendant une séance plénière.’

En août dernier, la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge – Océan Indien avait déjà alerté sur la situation alimentaire inquiétante dans le sud-est de Madagascar.

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