Avi Loeb pensait avoir trouvé dans les abysses les traces d’une civilisation extraterrestre, mais la réalité paraît bien différente

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Avi Loeb pensait avoir trouvé dans les abysses les traces d’une civilisation extraterrestre, mais la réalité paraît bien différente
Avi Loeb pensait avoir trouvé dans les abysses les traces d’une civilisation extraterrestre, mais la réalité paraît bien différente

Africa-Press – Madagascar. Les critiques s’accumulent et se font de plus en plus sévères à l’encontre d’Avi Loeb, physicien théoricien à l’université Harvard qui dirige aussi l’Institut de théorie et de calcul du Centre d’astrophysique Harvard-Smithsonian aux Etats-Unis.

Il a certes publié plus de 800 articles sur la physique des trous noirs, les toutes premières étoiles ou l’évolution de l’Univers dans un futur très éloigné, recevant pour cela plusieurs prix scientifiques. Mais cette carrière prend depuis quelques années une tournure déroutante, le chercheur multipliant les communications hâtives, hasardeuses et mal étayées – sur les preuves d’une civilisation extraterrestre notamment.

Un vaisseau venu d’une lointaine étoile

Depuis 2018, il soutient que l’objet interstellaire Oumuamua (observé un an auparavant par plusieurs télescopes) serait un engin artificiel envoyé par une lointaine civilisation – conclusion reposant sur des arguments très minces faisant fi de toutes les autres explications avancées. Et l’été dernier, il a organisé une expédition visant à récupérer les fragments de ce qu’il affirme être un autre objet interstellaire, qui en 2014 aurait explosé dans l’atmosphère terrestre à 85 kilomètres au nord de l’île de Manus (Papouasie-Nouvelle-Guinée).

Plus de 700 minuscules billes métalliques riches en fer, d’un demi-millimètre de large en moyenne, ont été ainsi récupérées à l’aide d’aimants : à 1,7 kilomètre de profondeur au fond de l’océan à l’aplomb de la zone supposée du « crash ». Site où le météore d’origine supposément interstellaire aurait explosé en 2014.

Technologie extraterrestre

Une cinquantaine ont été pour le moment analysées. Et selon les premiers résultats présentés fin août par l’équipe d’Avi Loeb, cinq d’entre elles proviendraient de ce mystérieux météore.

La composition chimique très particulière des sphérules métalliques indique, selon les auteurs, qu’elles pourraient “provenir d’une planète fortement différenciée d’au-delà du Système solaire possédant un océan de magma et un noyau de fer”.

Elles pourraient aussi “refléter une origine technologique extraterrestre”, ajoutent-ils dans cette publication qui n’a toujours pas encore été validée par une revue scientifique à comité de lecture. Le météore tombé sur Terre en 2014 pourrait correspondre à “un vaisseau issu d’une autre civilisation ou une sorte de gadget technologique”, a déclaré également Avi Loeb à CBS News.

Propulsion spatiale thermonucléaire

S’appuyant sur ces résultats, un physicien travaillant pour la compagnie américaine Kepler Aerospace a même avancé, en septembre, que cette hypothétique civilisation devait maîtriser la propulsion spatiale thermonucléaire…

Mais une étude parue il y a quelques semaines dans une revue de la Société américaine d’astronomie propose une explication beaucoup plus terre-à-terre. Elle montre que les signatures chimiques censées prouver l’origine interstellaire des sphérules proviendraient en réalité d’une contamination terrestre – de polluants industriels en particulier.

Satellite-espion de l’armée américaine

Avant d’expliquer quelles sont ces signatures, il faut rappeler que la nature de ces objets repose sur série d’assertions très spéculatives. La seule chose à peu près certaine est qu’un météore d’environ 50 centimètres de diamètre a pénétré dans l’atmosphère terrestre le 1er janvier 2014 avant d’exploser au-dessus de l’océan Pacifique au large de la Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Selon Avi Loeb, sa très grande vitesse (estimée à 160.000 km/h) et sa trajectoire supposément hyperbolique permettent d’affirmer qu’il n’est pas lié de manière gravitationnelle au Soleil et vient donc d’une autre étoile que la nôtre.

Mais les caractéristiques orbitales, mesurées par un satellite-espion de l’armée américaine, n’ont jamais pu être détaillées avec la précision requise par la communauté scientifique. En pénétrant à une telle vitesse dans l’atmosphère terrestre, l’objet aurait dû par ailleurs se vaporiser complètement. Soulignons enfin qu’il n’a jamais été possible, jusqu’à présent, de corréler l’observation d’un flash lumineux dans le ciel aux échantillons d’une météorite – qu’ils soient récupérés sur la terre ferme et encore moins au fond de l’océan.

“Techno-signature” et “cendres volantes”

Signée par le physicien de l’université de Chicago Patricio Gallardo, la nouvelle étude s’attaque donc désormais aux spécificités chimiques des sphérules. La première concerne certains isotopes du fer (54, 56 et 57) : leurs proportions seraient beaucoup plus faibles que dans les objets terrestres, ce qui résulterait selon Avi Loeb d’une traversée atmosphérique.

Les concentrations en nickel seraient ensuite moins qu’importantes qu’attendues. Et celles en béryllium, lanthane et uranium anormalement élevées : certes à l’état de trace mais 1000 fois plus que dans certaines météorites du Système solaire. La preuve, pour l’équipe d’Avi Loeb, de l’origine interstellaire des sphérules, utilisée également comme une possible « techno-signature ».

Mais l’absence de consensus concernant la survie atmosphérique du météore tout comme la trajectoire qu’il aurait suivie a poussé Patricio Gallardo à envisager la possibilité d’une contamination terrestre.

Il a tout d’abord épluché la littérature évoquant la présence de sphérules magnétiques au fond des océans ainsi que leurs compositions chimiques. Puis le chercheur a examiné différentes sources de contaminations d’origine anthropique. L’une d’elle s’est révélée particulièrement intéressante.

Well, they did indeed discover evidence of a technological civilization…right here on Earth

Il s’agit des “cendres volantes”, un des sous-produits issus de la combustion du charbon dans les machines à vapeur ou les chaudières des centrales électriques. Or les compositions en fer, nickel, béryllium, lanthane et uranium correspondent toutes à celles contenues dans ces cendres volantes ! “L’origine météoritique n’est donc pas favorisée”, écrit Patricio Gallardo de manière lapidaire. “Bon, ils ont effectivement découvert les preuves d’une civilisation technologique… ici même sur Terre”, a ironisé pour sa part Caleb Scharf, exobiologiste à la Nasa, sur le réseau social X.

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