Les Baobabs de Madagascar, une richesse fortement menacée

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Les Baobabs de Madagascar, une richesse fortement menacée
Les Baobabs de Madagascar, une richesse fortement menacée

Africa-Press – Madagascar. Arbres emblématiques de Madagascar, les Baobabs font l’objet d’une perception particulière voire sacrée dans la Grande île. Les baobabs constituent également une source d’attrait touristique pour le pays. Sur les 7 espèces de baobabs présentes dans le monde, 7 sont recensés à Madagascar.

Selon le ministère de l’Environnement et du Développement Durable, près de 30 000 touristes par an viennent visiter l’Allée des Baobabs située dans la région Menabe (dans le Sud-Ouest).

Malgré leur caractère endémique, ces arbres imposants n’échappent pas à la menace de disparition à cause de divers fléaux notamment liés aux activités humaines. D’après le WWF (World Wild Fund for nature) à Madagascar, un tiers du territoire malgache brûle chaque année à cause de la culture sur brûlis, ou « tavy » en malgache, qui touche essentiellement le plateau Mahafaly (dans le Sud-Ouest) et les forêts du Nord.

Une pratique néfaste mais persistante qui se traduit par des incendies volontaires à des fins de défrichage et de pâturage.

Toujours selon le WWF, cette pratique représente une menace sérieuse pour les forêts et provoque de multiples répercussions négatives sur l’environnement comme l’érosion et l’épuisement des ressources en eau. Comme tant d’autres espèces forestières, les baobabs n’échappent pas à cette menace qui se présente comme une véritable épreuve du feu.

En 2018, le WWF a déjà tiré la sonnette d’alarme sur le fait que l’Allée des Baobabs, située à Morondava, risque de disparaître dans les prochaines décennies à cause des activités de déforestation intensive si des dispositions immédiates n’étaient pas prises.

De jeunes arbres condamnés à disparaître

Pierre Angelo Rabearisoa, expert en biodiversité affirme que « pour la partie à Toliara (dans le Sud) jusqu’à Morondava (dans la région Menabe), ce ne sont pas les vieux Baobabs mais les jeunes arbres de cet espèce qui sont davantage menacés par l’expansion des feux issus de la culture sur brûlis ». Néanmoins, il constate que les baobabs plus anciens, à l’instar de l’Andasonia Madagascariensis sont sujets à d’autres problèmes liés au changement climatique et l’absence de pluies. Bon nombre d’habitants dans les zones où poussent les baobabs recourent à ces arbres pour trouver de l’eau. Pour ce faire, leur technique consiste à creuser l’arbre géant qui fait ainsi office de conteneur. En effet, ces arbres arrivent à accumuler une quantité importante d’eau allant jusqu’à 5000 litres pendant la saison de pluies. Pendant les périodes de pénurie d’eau, les habitants y récupèrent l’eau qui y est stocké pour leurs besoins quotidiens. Aujourd’hui, faute de pluies, ces arbres contiennent de moins en moins d’eau et risque de perdre en utilité aux yeux des communautés.

Agricultures et mines illicites

Dans une interview exclusive à Anadolu, Tiana Andriamanana, Directrice Exécutive de l’association « Fanamby » définit la culture sur brulis comme « un phénomène pseudo-culturel qui facilite l’éclaircissement de terrain ». Selon elle, l’île entière en est victime. Face à la persistance de ce genre de pratique pourtant néfaste aussi bien pour la faune que la flore malgache, elle ne manque pas de déplorer que « la loi est rarement appliquée sur les délits environnementaux ». Par ailleurs, cette responsable soulève d’autres menaces qui pèsent, en particulier, sur les espèces de Baobabs. En effet, elle estime qu’ « au-delà de la culture sur brûlis, c’est l’accaparement de terre illicite qui constitue un des plus grands risques dans les zones forestières. Pour le cas des régions Menabe, Diana ou Sava – où les baobabs sont présents – les menaces tournent autour de la perte de l’habitat dû à l’agriculture illicite et les mines illicites qui affectent systématiquement le système racinaire des baobabs (et des autres arbres autour), ou du changement climatique ».

Créée en 1997, l’association « Fanamby », à but non lucratif, inscrit dans sa principale mission la collaboration avec les communautés résilientes afin d’assurer la gestion durable des ressources naturelles au sein des nouvelles aires protégées. En 2003, l’association a contribué au renforcement de la protection de la zone Menabe Antimena incluant l’allée des Baobabs, une des merveilles de la biodiversité malgache. Dans le cadre de ses actions sur le terrain, elle collabore avec de multiples acteurs dans la restauration de l’habitat et le reboisement des baobabs. « Cela ne sera jamais suffisant tant qu’il n’y a pas de volonté réelle de la part de tous pour conserver nos habitats naturels », suggère Tiana Andriamanana.

La gestion participative comme solution

Et de poursuivre que « l’accès aux besoins de base (santé, éducation, sécurité et infrastructures) doivent être un minimum disponible. C’est dans cette optique que Fanamby renforce ses collaborations avec les acteurs du secteur privé responsables dans les régions pouvant répondre à ces besoins ».

La sauvegarde des habitats naturels et le soutien aux communautés locales dans le but de leur permettre d’être acteur de changement dans la gestion de ces habitats constituent les conditions sine qua non dans la protection des baobabs, précise la même source.

Pour arriver à un changement à long terme, l’association « Fanamby » mise sur la a gestion participative. « L’environnement concerne tout le monde et la politique étatique devrait en prendre compte afin d’assurer un environnement sain pour la génération future », conclut Tiana Andriamanana. Depuis 2019, l’Etat malgache a enclenché une politique de reforestation à travers des campagnes annuelles de reboisement. Toutefois, le manque de stratégies pour lutter contre les crimes environnementaux qui persistent dans le pays ne cesse d’être décrié par les organismes militant dans la protection de la biodiversité.

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