On a fait pousser un mini-foie chez un patient dont le véritable foie était défaillant

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On a fait pousser un mini-foie chez un patient dont le véritable foie était défaillant
On a fait pousser un mini-foie chez un patient dont le véritable foie était défaillant

Africa-Press – Madagascar. La pénurie de greffons de foie ne faiblit pas, leur disponibilité ne couvrant même pas la moitié des besoins, selon la Société française d’hépatologie. Ce manque alarmant d’organes aptes pour une transplantation pousse la recherche vers des alternatives, telles que les xénogreffes (avec des organes issus d’autres animaux).

Une nouvelle piste est celle des mini-foies. Elle est proposée par l’entreprise américaine LyGenesis. Après deux années d’attente, le 25 mars 2024, elle a pu enfin commencer un essai clinique en injectant des cellules de foie à un patient avec une défaillance hépatique. Le but: que ces cellules se multiplient dans le corps du patient, jusqu’à créer un nouveau foie (certes, plus petit que l’original) qui prendra en charge une partie du travail de cet organe. Et qui permettra ainsi au patient de survivre en attendant une vraie greffe.

Des mini-foies qui pousseront dans des ganglions lymphatiques

Selon l’entreprise, cette approche permet d’utiliser des greffons de foie qui seraient normalement jetés, car ils ne présentent pas les conditions optimales pour une greffe (trop gras, par exemple). LyGenesis désagrège ces organes et purifie les hépatocytes (qui constituent environ 80 % des cellules du foie, pour un total proche de 300 millions d’hépatocytes pour un seul foie).

Ensuite, une petite partie de ces cellules (quelques millions quand même) est injectée dans le patient. Un foie peut ainsi être optimisé pour “greffer” jusqu’à 75 personnes.

Une fois purifiés, ces hépatocytes sont injectés dans le corps du patient. Mais pas directement dans son foie, les expériences menées par l’entreprise chez des modèles animaux telles que la souris et le cochon ont montré que ces cellules n’y survivent pas.

La meilleure cible selon ses résultats était en fait les ganglions lymphatiques, des sites essentiels pour notre système immunitaire, car des cellules immunitaires (les lymphocytes T et B) s’y développent et se multiplient lors d’une infection. C’est précisément grâce à ce rôle d’usine biologique que les ganglions lymphatiques sont les cibles idéales pour accueillir les hépatocytes.

Car, comme les lymphocytes, ces cellules peuvent s’y multiplier rapidement jusqu’à former des mini-foies. Et aussi parce que ces ganglions sont directement connectés au flux sanguin, ces mini-foies pourront donc filtrer le sang comme le fait le vrai foie pour le remplacer dans certaines de ses fonctions. Il y a tellement de ces ganglions dans le corps (entre 500 et 600 dans un adulte) que prendre l’un d’entre eux pour y faire pousser un petit foie n’affectera pas le système immunitaire dans son ensemble.

Prendre le relais du foie en souffrance

Le ganglion choisi comme cible se situe dans l’abdomen, près du foie. Grâce à cette proximité, les hépatocytes injectés profiteront des signaux envoyés par le foie dans ses tentatives pour se régénérer (car cet organe est capable de régénération, et il essaye de le faire même lorsqu’il est endommagé). Les nouvelles cellules profiteront ainsi des facteurs de croissance et autres molécules produites par le foie du patient pour se multiplier plus rapidement.

Pour injecter les cellules dans ce ganglion, les chercheurs sont passés par le système digestif du patient. Ils ont utilisé un tube fin et flexible (avec une caméra au bout) pour arriver au ganglion, lequel a été identifié grâce à des ultrasons.

Un total de 50 millions d’hépatocytes a été injecté dans le ganglion du premier patient. Une expérience répétée avec trois autres patients. Mais il est encore trop tôt pour savoir si cette quantité est suffisante pour faire pousser un mini-foie suffisamment grand afin de prendre le relais du foie endommagé.

Dans deux ou trois mois, les chercheurs espèrent que le mini-foie aura atteint une taille suffisante. Si cette quantité de cellules injectées s’avère sûre pour le patient, mais pas suffisante, le prochain groupe de quatre patients recevra 150 millions de cellules chacun (dans trois ganglions) et un troisième groupe de quatre patients (pour un total de 12 participants) recevra la dose maximale, de 250 millions, distribuées dans cinq ganglions de la même région abdominale.

Une intervention plus simple et plus sûre qu’une vraie greffe

Avec cette nouvelle approche, le patient n’a pas besoin de subir une vraie chirurgie de greffe. L’injection des cellules ne nécessite pas d’anesthésie, un sédatif léger étant suffisant pour diminuer la gêne de l’insertion du tube dans la gorge et le trouble digestif.

Le patient a pu donc être renvoyé chez lui le jour même de l’intervention, mais il restera sous surveillance médicale pendant les prochains mois. Il ne reste plus qu’à attendre pour vérifier si ces mini foies pousseront suffisamment bien pour remplacer partiellement le foie malade du patient, et lui permettre d’attendre en sécurité la disponibilité d’un greffon… voire de s’en passer complètement.

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