Enquête Money Trail invest’s team : Corridor Bamako-Ségou-Koutiala-Koury-Sona/ Burkina Faso (Faramana- BoboDioulasso)

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Enquête Money Trail invest’s team : Corridor Bamako-Ségou-Koutiala-Koury-Sona/ Burkina Faso (Faramana- BoboDioulasso)
Enquête Money Trail invest’s team : Corridor Bamako-Ségou-Koutiala-Koury-Sona/ Burkina Faso (Faramana- BoboDioulasso)

Africa-PressMali. Bamako-Ségou-Koutiala-Bobo Dioulasso est l’un des corridors maliens où les voyageurs et passagers subissent toutes sortes de tracasseries auprès des forces de sécurité (gendarmes et policiers) rarement inquiétées. Pour cette raison, nous avons mené une enquête dont le but est de documenter plusieurs situations : les misères infligées aux passagers en provenance du Burkina Faso, entre Bobo Dioulasso et Koury et entre Koury et Bamako, les postes normaux ou illégaux identifiés, les montants exigés par les agents, etc.

À bord d’un car d’une compagnie de transport immatriculé au Burkina Faso pour recenser les pratiques de corruption aux différents postes de contrôle et de sécurité sur le corridor de Bamako à Koury, nous avons pu déterminer le nombre de postes où transporteurs et compagnies de transport sont contraints de payer des sommes d’argent aux policiers, gendarmes et douaniers malgré que tous ses documents de transport soient à jour.

Au poste de Péage de Kassela :1000FCFA avec un reçu légal, car tous les véhicules doivent s’acquitter du droit de péage sur cet axe à l’exception des ambulances, corbillards et convois militaires.

A quelques kilomètres du péage, un premier poste de contrôle (police et gendarmerie) à Zantiguila : le transporteur n’a pas besoin de présenter un cahier de voyage. Les agents fixent eux-mêmes un prix selon la nature du véhicule présenté au poste. Entre un camion qui roule à vide et un autre rempli de marchandises, le paiement se situe entre 2000 FCFA et 20 000 FCFA.

A 8h 10, dans le car où nous nous trouvons, le chauffeur se présente au poste avec son cahier en introduisant un billet de 2000 FCFA. Après vérification des documents, le policier signifie au chauffeur que sa carte de transport internationale manque une signature. Or, il y a bien un cachet certifiant l’authenticité du document (selon le chauffeur, le document lui a été remis sans signature et il voyage avec partout au Mali). Pour ne pas perdre de temps, le chauffeur propose 5000 FCFA à l’agent. Ce dernier refuse et réclame 20 000 FCFA en contrepartie des documents à récupérer. La « négociation » dure une bonne quinzaine de minutes. Sous pression, le conducteur s’incline et remet 10 000 FCFA au gendarme du jour dénommé Rougeou Kansongue, qui est chargé de les faire parvenir au sergent-chef de la police. Le temps passé au poste de contrôle de Zantiguila nous a permis de recenser une somme de 60 000 FCFA rackettée aux différents chauffeurs.

Nous continuons la route et juste après, nous apercevons un poste de contrôle de gendarmerie illégal à quelques kilomètres du 1er poste de Zantiguila en allant vers le village de Tambagoudou. Chaque véhicule de transport doit payer 1000 FCFA avec ou sans présentation de cahier de voyage.Au dernier poste de péage Konobougou avant Ségou, chaque car s’acquitte de 1000FCFA.

Au poste de sécurité de la Garde nationale à l’entrée de Ségou, le rôle des agents de la Garde nationale consiste à contrôler tous les coffres de véhicules pour dénicher des armes, de la drogue, etc. Tout conducteur qui accepte de payer 500 FCFA son véhicule est exempté de la fouille.

A notre sortie de Ségou en allant à Bla, nous nous arrêtons au poste de contrôle (gendarme et police). Ce poste est le plus décrié par les passagers, les transporteurs et les chauffeurs à cause du zèle dont les agents font preuve. Chaque chauffeur doit en effet débourser contre reçu une somme de 1000 FCFA en principe destinée aux tâches communales. Le racket est le suivant : 1000 FCFA aux syndicats de transports, 5 000 FCFA aux policiers et gendarmes pour véhicules étrangers et 3 000 FCFA pour les véhicules maliens.

Comme d’habitude au poste de péage de Bla, une somme de 1000 FCFAest versée. A quelques kilomètres du péage, les gendarmes doivent vérifier si les chauffeurs se sont acquittés du ticket de péage, mais ils exigent en même temps de chaque véhicule 500 FCFA à chaque passage.

Entre Bla et Koutiala, le chemin est sans poste de contrôle mais pour continuer jusqu’à Koury, il faut passer au contrôle gendarme, police et douane à la sortie de Koutiala. Ici, chaque chauffeur doit donner 6000 FCFA, une somme que les policiers, gendarmes et douaniers se partageront. Mais entre Bla et Koutiala, un poste de sécurité gendarmerie est en place à Cinzana Gare : le racket est systématique contre les véhicules étrangers.

En fin de compte, une compagnie de transport en règle qui a quitté Bamako pour Koury comme destination finale aura versé le paiement illégal de 30 000FCFA.

Que perdent les passagers en provenance du Burkina Faso, de Bobo Dioulasso à Koury et de Koury à Bamako ? A quels postes payent-ils ? Combien payent-ils ? Combien de postes illégaux ou spontanés existent-ils sur l’axe Koury-Koutiala-Bamako ?

Sur le territoire malien, en trajets aller-retour par bus, les passagers étrangers (Burkinabé et Nigériens sur le corridor) en provenance du Burkina Faso ou en allant au Burkina Faso paient aux différents postes.

Ils paient illégalement d’abord au premier poste de contrôle de Ségou (gendarme et police). Tous les étrangers arrivés en provenance de Bobo Dioulasso et détenant une pièce d’identité ou passeport en cours de validé doivent chacun débourser 1000 FCFA et entre 2000 et 5000 FCFA pour tous les autres. Pour les Maliens sans pièce d’identité valable, c’est 500FCFA.

Au deuxième poste de contrôle (gendarme, police et douane) au carrefour de Koutiala, tous les passagers en provenance de Bobo Dioulasso ou de Bamako sont soumis au contrôle de pièces ou passeport. Les détenteurs de pièces d’identité arrivées à expiration paient 1000 FCFA tandis que ceux qui n’en disposent pas paient entre 3000 et 5000 FCFA. Pour les Maliens sans pièces ou avec pièces périmées, le tarif est de 500FCFA.

Au poste de contrôle de Koury (gendarmerie), les passagers en provenance de Bobo Dioulasso ou de Bamako doivent présenter les pièces d’identité. Les Maliens sans pièce d’identité déboursent 500 FCFA contre 1 000 FCFA pour les étrangers avec pièce d’identité. Pour les étrangers sans pièce d’identité, la somme exigée est entre 2000 et 5000 FCFA selon les négociations du chauffeur avec les agents.

A Koury, à cause de la Covid-19, la frontière burkinabè (Farama) est fermée. Ce qui oblige les compagnies de transports de passagers à s’y arrêter. Pour le reste du trajet, les clients doivent l’effectuer de façon clandestine avec les moto-taxi ou Katakanani (moto à quatre roues).Ainsi, peuvent-ils faire une déviation de Koury à Faraman (frontière Burkina Faso) par moto-taxi ou Katakani : le passager est alors tenu de payer 7500 FCFA s’il n’a pas été appréhendé au cours de sa déviation par les policiers frontaliers du Mali (Sona) ou par ceux du Burkina Faso (Faraman). Mais s’il se fait appréhender, il est obligé de payer 20 000 CFA aux agents pour être libéré.

Au poste de police frontalier de Sona (Mali), pour un passager malien qui entre en territoire malien en quittant le Burkina Faso malgré la pandémie de la Covid-19 sans faire la déviation , ayant un document de voyage en cours de validité, le paiement est de 1000FCFA (pour une pièce d’identité) et 1500 à 2000 FCFA (pour un passeport). En plus le chauffeur du bus doit obligatoirement donner 2000 FCFA.

En ce qui concerne les passagers étrangers dont les Burkinabés, ils doivent payer 3000 à 15 000 CFA selon les humeurs des policiers du poste de Sona. S’ils refusent de payer, ilssont retenus dans une cellule, dépossédés de tout leur argent et parfois même bastonnés. Il arrive que certains agents dégainent leurs armes et procèdent à des tirs de sommation sur ordre du capitaine Sanogo, le chef de poste.

Juste à coté, un poste juxtaposé de sécurité de gendarmerie, les agents sont chargés de sécuriser les lieux mais ils imposent un racket de 1000 FCFA aux passagers étrangers quittant Bobo Dioulasso pour Koury. Pareil aussi au poste de douane de Koury où chaque car qui rentre paie une somme forfaitaire pour l’ensemble des passagers. Ce paiement permet de ne pas fouiller le véhicule et les bagages des passagers. La somme va de 2000 à 5000 FCFA pour chaque personne. Dans le cas contraire, le douanier fixe un tarif individuel sur les bagages de chaque passager.

Sur le Territoire Burkinabè

Malgré la Covid 19, nous avons pu nous rendre en territoire burkinabèà travers un mini bus en traversant le poste frontalier de police et de gendarmerie de Faramana sans déviation. Le passager étranger ou malien paie 6000 FCFA à raison de 3000FCFA par poste car la frontière est officiellement ferméeà cause de la pandémie, et cela même s’il détient un document de voyage valable. Mais quand le nombre de passagers n’est pas élevé à leurs yeux, les agents haussent la somme à payer pour tous jusqu’à 15 000 FCFA.

Nous continuons la route pour rallier Bobo Dioulasso. Entre Faramana et Bobo Dioulasso en aller-retour, la brigade de douane à Fo où les étrangers sont soumis aux mêmes pratiques des douaniers de Koury. A la Brigade de gendarmerie de Bama, les passagers maliens doivent payer 2000 FCFA avant de continuer le trajet sur Bobo Dioulasso. Un poste d’ailleurs «illégal» pour entrer ou sortir de Bobo Dioulasso. Il n’est pas toujours opérationnel mais le tarif fixé par les agents est de 2000FCFA pour tout passager étranger.

De retour de Bobo Dioulasso pour Koury, nous décidons d’emprunter cette fois-ci ci’une moto taxi pour traverser la frontière sans faire de déviation. Arrivé au poste de contrôle de Farama (Burkina Faso), nous sommes interpelés pour vérification de pièces d’identité. Paiement de 5000 FCFA aux gendarmes ; 5 000 FCFA également payés aux policiers.Soit 10 000 FCFA en tout. Arrivé à Sona (Mali) : les policiers nous arrêtent et réclament les papiers d’identité.Je leur présente mon passeport. Après 5 minutes de contrôle sur le document, ils me remettent mon passeport. Je ne paie rien car je suis Malien.

Au cours de notre enquête, nous avons pu identifier les différentes pratiques de corruption et de trafic de tout genre (êtres humains, stupéfiants, médicaments, armes…) et les flux d’argent sale collectés au niveau du poste de contrôle et le corridor avec les volumes par origines, schémas des pistes, systèmes de blanchiments, bénéficiaires que nous livrons.

A Koury pour aller à Faramana via Sona, les chauffeurs et les cockesers (ce sont des jeunes intermédiaires entre le passager et le conducteur) dès notre arrivée en provenance de Bamako, on nous aborde en nous proposant d’emprunter une moto taxi pour éviter les tracasseries des agents burkinabé accusés d’exercer un racket sur les Maliens sous prétexte que le Burkina n’a pas ouvert ses frontières. Je décide de prendre un minibus pour traverser la frontière à condition que les trois autres passagers se joignent à moi pour que le bus démarre. Les cokseurs réclament 6000 FCFA à chacun de nous tous Maliens.

Au poste de Sona, le chauffeur présente nos pièces aux agents (police et gendarmerie). Quelques instants après, il revient nous les remettre en nous précisant qu’il a « géré ».Au même moment, un policier malien est venu jeter un coup d’œil à l’intérieur du bus et est réparti.

A Faramana, nous restons dans le bus, le chauffeur allant voir seul les policiers et gendarmes. Ensuite,un gendarme burkinabé est venu vérifier l’intérieur du bus puis on prend la direction de la gare de Faramana. Sur place, le chauffeur m’explique qu’à cause de la Covid, c’est à eux d’aller remettre l’argent aux agents.

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il semble y avoir une certaine complicité autour d’un réseau de corruption entre chauffeurs et policiers et gendarmes du Burkina Faso et du Mali.Ce « système » viserait à racketter les passagers au nom de la pandémie de la Covid-19. Ce sont les chauffeurs eux-mêmes qui collectent l’argent des passagers pour le remettre aux agents sans oublier de prendre leur pourcentage du montant encaissé.

Le pire est qu’officiellement, la frontière est ferméedu côté burkinabè. Cependant, des compagnies de transports comme ‘’Toupac’’, ‘’AfricaTrans’’ et‘’Hamsi Transports’’ont continué leurs navettes sans problème. Pour un responsable d’une de ces compagnies, la loi a été contournée à travers un réseau constitué avec des policiers et gendarmes burkinabè afin de ne pas interrompre le trafic, mais aussi pour traverser le territoire burkinabé jusqu’auTogo et au Bénin.

En dehors des prix du transport, chaque passager doit également s’acquitter d’une somme de 20 000 FCFA au bénéfice des compagnies. Ce montant est appelé« frais d’arrangement ».

Les marchandises, les produits de contrebande et les stupéfiants sont transportés sur le corridor par l’une de ses compagnies avec la complicité de certains agents, selon des sources contactées sur place. Selon elles, chaque arrivée d’un bus contenant des marchandises de contrebande à la frontière au niveau de Sona, c’est souvent le PDG de la compagnie qui vient en personne pour corrompre les agents afin de faciliter l’acheminent des produits jusqu’à destination finale.

Nous avons pu constater que sur le corridor, la seule compagnie de transport qui refuse que ses passagers soient objet de rackets est ‘’Diarra Transport’’.Il est arrivé une fois que ladite compagnie soit allée en procès au tribunal de Yorroso contre les gendarmes de Koury.

Au cours de nos échanges avec les conducteurs de moto taxi, ce sont les cocksers qui amènent des passagers en leur disant de faire des déviations pour les déposer à Farama ville (Burkina Faso).

Sur chaque passager, ils peuvent encaisser la somme de 5000 à 10 000 FCFA pour franchir la frontière. Après avoir déposé les passagers à Faramana, les chauffeurs de taxi moto sont payés à 2000 FCFA (deux roues) et 1500 FCFA(quatre roues) par passager.Quelques fois, les policiers maliens de Sona font des descentes en brousse pour arrêter les passagers qui tentent de contourner la frontière. En cas d’arrestation, le tarif à payer est de 15 000 FCFA pour les Maliens et les Burkinabè. Les agents burkinabè, eux, confisquent les engins et font payer à chacun la somme de 15 000 FCFA.

Pour les passagers qui ne préfèrent pas les déviations, la solution est d’emprunter le corridor. Dès leur arrivée à Sona, ils doivent céder aux exigences des gendarmes et policiers : 2000 FCFA. Le même tarif est payé côté burkinabè. Mais comme le corridor n’est pas très emprunté, les policiers de Sona ont érigé un poste de contrôle illégal à quelques mètres du poste de la douane pour racketter les passagers burkinabé et d’autres nationalités sur les motos taxi. Régulièrement, ils font des descentes dans la ville de Koury, selon de nombreux témoignages.Des passagers burkinabé à qui nous avons parlé disent être l’objet d’intimidations de la part des policiers s’ils refusent de payer au poste de Sona. Ils se plaignent d’être séquestrés, menottés et dépouillés de leurs biens… Cette information nous a été confirmée par les membres de la Plateforme pour la libre circulation des personnes et de leurs biens de la localité.

Quand nous l’avons rencontré, le commandant de la Brigade territoriale de Koury a contesté l’idée de « racket ». Pour lui, les passagers qui sont taxés sont ceux qui ne sont pas en règle pour voyager. Et le poste de contrôle de Koury est fait de sorte que ceux qui viennent de Sona et Yorosso puissent être contrôlés par les gendarmes. Sinon le premier contrôle est fait au poste frontalière de police de Sona.« Que les gens sachent que les agents ne sont pas là pour faire du racket, mais plutôt pour assurer leur sécurité. Imaginez que la Brigade décide de quitter Koury, les populations abandonneraient le village », dit-il.

Au cours de nos multiples échanges lors de l’enquête sur le corridor, les passagers, la société civile, les conducteurs et les syndicats, tous ceux que nous avons rencontrés demandent la réouverture de la frontière burkinabé car elle permettra aux passagers en règle de payer moins. C’est la fermeture prolongée de cette frontière qui favorise, entre autres raisons, le trafic par le contournement du corridor ; l’érection d’un poste de vaccination à Sona pour éviter les tracasseries contre les passagers ; la formation des agents frontaliers aux textes et règlements sur la libre circulation des personnes et des biens dans l’espace CEDEAO et dans l’UEMOA ;une politique de sensibilisation des passagers sur les documents de voyage ; la détermination de sanctions immédiates ou la radiation des agents qui violent la loi sur les passages ;la mutation de tous les gendarmes des postes de Koury et Ségou pour abus de pouvoir et zèle. Enfin,une présence permanente à tous les postes de contrôle sur le corridor de membres de la Plateforme interrégionale pour la libre circulation des personnes et des biens comme sentinelles contre les rackets sur les passagers.

Enquête réalisée par Bokoum Abdoul Momini

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