Quand le Mali tourne le dos à la France !

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Emmanuel Macron lors du G5 (Bamako 2017)

Anouar CHENNOUFI

Africa-Press – Mali. La région du Sahel et du Sahara s’est transformée en une nouvelle arène de compétition soumise à l’influence et à la domination des deux grandes puissances russe et française, à la lumière de l’imbrication de nombreuses composantes et déterminants de l’importance stratégique de la région et de certains dossiers et enjeux cruciaux tels que la sécurité, le terrorisme, l’immigration et les investissements, dont l’interaction constitue un point de départ important pour prendre pied dans la région.

Cette région a commencé à être témoin de plusieurs initiatives des deux parties au cours de la période écoulée, à tous les niveaux politique, économique, sécuritaire et militaire, dans le but de réaliser des gains plus stratégiques qui renforcent leur présence dans la région riche en ressources et richesses naturelles, ce qui en fait une cible attrayante pour l’intérêt de nombreuses puissances internationales à l’avenir.

Rétrospective sur les raisons

Pour ceux qui se posent des questions à ce sujet, il faudra leur expliquer qu’il y a en fait des raisons pour lesquelles la région du Sahel – qui a une importance géostratégique dans la politique des puissances internationales – est devenue une arène concurrentielle pour laquelle de nombreux acteurs internationaux se bousculent en quête d’influence, d’hégémonie et de ressources, ce qui est évident dans les cas de la République Française et de la Fédération de Russie.

Objectifs français

Le président français lors d’une visite aux soldats français de la base de Gao

Côté français, le pays de l’hexagone considère la région du Sahel comme une zone d’influence traditionnelle en raison de son passé colonial à travers le continent africain, par le biais duquel il tient à renforcer sa position et son statut dans le système international au vu de sa dépendance vis-à-vis du bloc électoral des pays de la région, dont la plupart gravitent dans l’orbite française depuis des décennies, afin de défendre ses enjeux dans les enceintes internationales.

A noter également que la région est un large marché pour les exportations françaises, et une source importante de ressources naturelles et de richesses, d’autant plus que la région est devenue l’un des déterminants de la sécurité énergétique de certaines puissances occidentales, notamment le pétrole, le gaz et l’uranium.

Paris s’appuie entre-autres sur la région comme une muraille pour faire face aux défis sécuritaires auxquels le continent européen est confronté, d’autant plus que le littoral est l’un des principaux espaces pour faire face à la propagation des organisations terroristes telles que « al-Qaïda et Daech » et autres groupes rebelles et armés, et l’une des plus importantes arènes pour faire face aux vagues d’immigration illégale en provenance de l’Afrique vers l’Europe, via la Méditerranée. Le positionnement dans la région assure à Paris de suivre de près et d’influencer un certain nombre de dossiers régionaux importants, tels que les développements de la crise libyenne, les relations avec les pays d’Afrique du Nord, les interactions en Méditerranée orientale et l’équation sécuritaire de la mer Rouge à l’Est, à l’heure où les pays du Sahel et du Sahara sont considérés comme une porte d’entrée vers l’Afrique centrale et occidentale.

Objectifs russes

Valdimir Poutine tient à défendre les intérêts russes en Afrique

Quant à la Russie, elle compte redorer son blason en se réaffirmant comme une grande puissance par la porte de l’Afrique, sachant que l’importance de la région du Sahel augmente dans la politique russe en raison de son positionnement stratégique de carrefour reliant les cinq régions du continent africain, ce qui permettrait à Moscou de tisser de bonnes relations avec les pays de la région pour s’assurer l’obtention d’un soutien plus important au niveau international face aux sanctions occidentales, notamment américaines. En plus de profiter des opportunités économiques disponibles dans la région afin d’accéder aux ressources et richesses africaines, étant donné le besoin vital de Moscou d’établir des alliances commerciales avec les pays africains, notamment en ouvrant de nouveaux marchés pour développer les ventes militaires russes et en contribuant à l’établissement de marchés émergents qui soient en développement rapide, ce qui contribuerait à atténuer les effets des sanctions économiques qui lui sont imposées depuis 2014, tout en étant proche des zones d’influence géopolitiques à l’est et au nord du continent dans le but de renforcer son influence et son rayonnement international présence.

Dans ce contexte, la Fédération de Russie tente d’exploiter les sentiments croissants d’hostilité à la présence militaire française dans certains pays de la région en se présentant comme une alternative compétente dans la guerre contre les organisations terroristes, surtout avec l’échec de la stratégie française à réaliser de réels acquis et succès à cet égard, depuis que Paris s’était engagé dans le Sahel, et certains l’ont même accusé de chercher avant tout à sauvegarder ses intérêts vitaux, ce qui a exacerbé les crises sécuritaires dans les pays de la région, d’une manière qui peut donner à Moscou un avantage stratégique en contrôlant les vagues d’immigration illégale vers l’Europe, en gérant les opérations antiterroristes dans la région, et en ce qu’elles constituent comme moyen de pression politique qui peuvent être utilisés pour faire chanter l’Europe pour assouplir les sanctions et dans d’autres dossiers liés à d’autres régions stratégiques à l’avenir.

Cette proposition rencontre l’accueil de certains pays de la région, comme le Burkina Faso et le Niger, pour l’implication de la Russie dans la lutte contre le terrorisme, et la prise de conscience par Moscou que Paris est devenu seul dans les crises de la région après le repli américain de ces dernières années en réduisant la présence militaire de 10 %, et le ralentissement des puissances européennes dans l’assistance, tout en faisant face à des difficultés matérielles et logistiques pour faire avancer le dossier du terrorisme ; Cela pousse la région du Sahel à se tourner vers la Russie, qui cherche à trouver un pied qui renforce son influence croissante sur le continent.

Jusqu’où peut arriver la rivalité russo-française ?

Il semble que la rivalité russo-française dans la région du Sahel risque de s’intensifier dans les années à venir.
Paris y fait encore face à de nombreux défis, qu’ils soient liés à la baisse du soutien américain et au ralentissement du soutien occidental à son égard, ou liés à sa sécurité politiques de lutte contre le terrorisme, qui connaît un échec à atteindre certains de ses objectifs, ce qui l’a conduit à fait face à des mécontentements populaires dans certains pays du Sahel, parallèlement à la tendance de certains de ces pays à adopter une politique de diversification des partenaires de sécurité , comme la Russie, dont les démarches ont réussi à renforcer sa présence dans la région en s’appuyant sur des outils qui ont conduit à des attentes croissantes quant à la capacité de Moscou à défier la présence militaire occidentale dans la région au fil des cinq prochaines années, à la lumière de ses efforts dans le domaine de la sécurité, de la défense et de la guerre contre les organisations terroristes dans la région, ce qui signifie plus d’influence russe au détriment de la présence occidentale en général au Sahel.

Dans ce contexte, les pays du Sahel pourraient bien trouver une plus grande marge de manœuvre parmi les acteurs internationaux de la région en jouant sur les contradictions entre eux et en bénéficiant de tous les appuis qui leur sont apportés.

Cependant, ils restent l’otage des politiques internationales pour trouver des solutions qui peuvent ne pas convenir à leurs problèmes de sécurité, de terrorisme et de lutte contre les migrations tant que leurs capacités économiques et militaires restent faibles, ce qui se traduit à son tour par l’échec des alliances régionales à relever les défis et les menaces dans la région, ce qui signifie finalement tourner dans un cercle vicieux.

Autre point positif pour les russes

Sur le plan sécuritaire et militaire, la variable sécuritaire et militaire constitue une base importante de la politique russe sur le littoral, dans le cadre des efforts de Moscou pour développer les relations de coopération avec les pays de la région en signant le plus grand nombre d’accords de défense commune et promouvoir la vente d’armes russes aux armées de la région et y renforcer le rôle du groupe Wagner. Dans ce sens, la Russie aurait signé plus de 30 accords de sécurité avec les pays du continent, dont l’Afrique centrale, le Niger, le Burkina Faso, le Cameroun, la Gambie, le Ghana et d’autres, y compris le Mali.

Face à cette situation qui continue à bouillir comme de l’eau dans une cocotte-minute, c’est au Mali de trancher !

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