Le Mali mise sur la médiation du Togo comme issue pour sortir de sa crise politique

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Le Mali mise sur la médiation du Togo comme issue pour sortir de sa crise politique
Le Mali mise sur la médiation du Togo comme issue pour sortir de sa crise politique

Anouar CHENNOUFI

Africa-Press – Mali. Le Conseil militaire de transition malien est toujours à la recherche d’une « branche » pour s’y agripper et rétablir la situation politique et économique dans l’intérêt de l’Etat et du Peuple malien.

C’est d’ailleurs dans ce sens que le pays s’est orienté vers le Togo, dans le but de le convaincre à servir de médiateur au profit du Mali, pour éviter davantage de pressions régionales et internationales et pour initier des compromis avec une « obstination » occidentale manifeste jusqu’à présent à parvenir à un compromis et à accepter un calendrier convenu.

Le ministre des Affaires étrangères du Mali, Abdoulaye Diop, en visite à la capitale togolaise Lomé les 4 et 5 mai, a réitéré les arguments du Conseil militaire sur la mauvaise situation sécuritaire et la nécessité pour le pays de redoubler d’efforts afin de parvenir à la stabilité.

Diop a annoncé, depuis Lomé, que le pays avait besoin d’un délai de 24 mois pour « revenir à l’ordre constitutionnel ».

Dans le même contexte, le président togolais Faure Gnassingbé a convenu, le 5 mai dernier, que lui et le gouvernement de son pays fourniront des efforts de médiation dans la crise malienne, selon la confirmation des ministres des Affaires étrangères du Mali et du Togo, et à la demande de l’émissaire malien, lors de sa visite à Lomé.

Abdoulaye Diop a expliqué que la situation exige « une démonstration de génie politique pour savoir comment s’en sortir », tandis que son homologue togolais, Robert Dussey, il a souligné que son pays a toujours été un pays de paix et de dialogue, et que le président togolais se fera un plaisir d’aider « au rétablissement de l’ordre constitutionnel au Mali », lequel espère à son tour bénéficier des bons offices du président togolais pour faciliter le dialogue avec les acteurs régionaux et un dialogue plus élargi avec l’ensemble de la communauté internationale.

Le Chef de la diplomatie malienne a poursuivi en saluant le rôle du Togo et les prises de position publiques de son président sur la situation au Mali et pour un dialogue entre Bamako et les institutions sous-régionales, notamment la CEDEAO.

« Nos échanges avec le Togo sont importants et enrichissants. Le Togo a une approche mesurée, équilibrée et constructive par rapport à la gestion des processus de transition. Nous avons sollicité le Togo pour user de bons offices pour aider à faciliter le dialogue avec la communauté internationale pour sortir de cette situation », a dit Abdoulaye Diop.

A l’issue de l’entretien qu’il a eu avec Faure Gnassingbé, Abdoulaye Diop, a réaffirmé la volonté des autorités maliennes de tout mettre en œuvre pour organiser des élections.

En quoi consiste encore la médiation togolaise ?

L’importance de la médiation togolaise et ses perspectives de succès tiennent à plusieurs aspects, car depuis 2015, le Togo est déjà un important contributeur à la MINUSMA, et Lomé abrite le programme de formation et d’assistance aux opérations de contingence en Afrique (ACOTA) pour la formation des soldats africains participant à la MINUSMA, en coordination avec l’Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche (UNITAR), pour :
• aider à rétablir la stabilité au Mali
• renforcer sa capacité à protéger les civils,
• soutenir les autorités de transition,
• faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire
• et protéger les droits de l’homme.

Le régime du président togolais entretient également des liens étroits avec la France, le Nigeria et d’autres pays concernés par la crise malienne, en plus d’adopter une politique stricte pour faire face aux menaces terroristes qui s’approchent de ses frontières.

La médiation du Togo représente la meilleure opportunité à l’heure actuelle de dénouer la crise malienne et de la régler temporairement, tout en apportant des solutions acceptables au Conseil militaire de transition à la lumière de la polarisation internationale derrière les positions françaises, comme en témoigne même l’approche des Nations unies et son secrétaire général Antonio Guterres.

Cette polarisation est perceptible dans l’appel de ce dernier, lors de sa visite au Niger en mai 2021, à l’option de remplacer les forces des Nations unies par une force de l’Union africaine dotée de pouvoirs d’action accrus en cas de retrait, alors que les forces de l’Union africaine en Somalie ont dû faire face à de graves difficultés financières, logistiques et opérationnelles depuis le début de cette année et jusqu’à il y a quelques jours.

Conseil de sécurité des Nations Unies

Guterres, avec ses déclarations, a anticipé la discussion à venir au Conseil de sécurité en juin prochain, notamment sur la question du renouvellement ou non du travail de la mission de maintien de la paix des Nations unies au Mali (MINUSMA), et ce qu’il a remarqué comme danger que les choses se détérioreront au Mali si l’ONU retirait ses forces, et que bien qu’il ne soit pas favorable à l’arrêt des travaux de la mission, celle-ci « travaille dans des circonstances qui n’appellent pas une force de maintien de la paix, mais plutôt une force pour imposer la paix et lutter contre le terrorisme », et que cette force soit africaine « et issue de l’Union Africaine, mais sous la tutelle du Chapitre VII du Conseil de Sécurité et d’un financement contraignant », en se référant à la Charte des Nations Unies, qui autorise l’usage de la force armée en cas de « menace contre la paix ».

De facto, la prochaine réunion du Conseil de sécurité concernant le Mali en juin prochain intervient au milieu d’une forte détérioration des relations de ce dernier avec la France (qui à son tour a retiré la force Barkhane du Mali en février 2022, et a déplacé plusieurs de ses bases militaires au Niger voisin), et l’ambiguïté des résultats de la visite de Guterres dans les lieux de rassemblement des déplacés et des réfugiés dans la région de « Ouallam » au Niger et ses déclarations dans lesquelles il a exprimé sa pleine compréhension de l’approche française et occidentale des crises dans la région du Sahel, tout en exhortant à la communauté internationale à investir au Niger et à financer l’équipement et la formation de son armée, et à renforcer la capacité du Niger à se défendre, d’autant plus que son armée a fait preuve d’un « courage remarquable » malgré son faible niveau d’armement, avant de souligner : « Quand on voit la situation au Burkina Faso et au Mali, où des coups d’État militaires ont eu lieu, je suis sûr que nous devons vraiment transformer la frontière avec le Niger en un mur pour empêcher le terrorisme. Et pour ce faire, le Niger a besoin de plus de capacités qu’il ne l’est actuellement ».

Nous achevons ce dossier sur ces déclarations qui résument toutes les crises de la région sahélienne sur la question de « faire face au terrorisme », malgré tous les dangers structurels qui ont frappé les bâtiments de l’État dans la région pendant des décennies, exacerbés par :
• un blocage politique clair,
• des ingérences internationales et régionales à des niveaux divers
• l’échec des approches sécuritaires et militaires pendant près de deux décennies à réaliser des progrès dans la lutte contre ces menaces,
• et à la lumière de l’échec total du slogan « Solutions africaines. aux problèmes africains », qui n’a pas empêché l’approfondissement de la domination des puissances internationales sur les chemins des crises africaines et leurs solutions ou leur pérennité.

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