Les Nations Unies appellent à la formation d’une force militaire africaine pour combattre le terrorisme au Sahel ?

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Les Nations Unies appellent à la formation d'une force militaire africaine pour combattre le terrorisme au Sahel ?
Les Nations Unies appellent à la formation d'une force militaire africaine pour combattre le terrorisme au Sahel ?

Anouar CHENNOUFI

Africa-Press – Mali. Les Nations Unies appellent à la formation d’une force militaire africaine pour combattre le terrorisme au Sahel ? La situation sécuritaire, qui s’aggrave dans la région du Sahel africain, menaçant toute l’Afrique de l’Ouest, est une menace qui affecte désormais les pays sahéliens où les violences contre les civils se sont intensifiées, notamment au Mali et au Niger.

Il s’agit là d’un état de conscience qui impose de réagir, avec comme objectif de doter les pays de la région des moyens de lutter contre le terrorisme, en plus de la Force conjointe du G5 Sahel qui fût soutenue de manière prévisible et durable.

Par ailleurs, ces dernières années ont été le témoin d’une évolution rapide des groupes armés affiliés aux organisations d’Al-Qaïda et de Daech, sur tout le continent africain, générant des menaces et des problèmes aux coûts, à l’échelle, à la gravité et à la complexité d’une ampleur considérable.

Il importe de noter que les pays africains ont affronté de face ces fléaux, en répondant aux niveaux régional, sous-régional et national, bien que leurs politiques n’aient pas endigué cette vague d’attaques et que leurs mesures prises à l’encontre de ces menaces peuvent ne pas avoir d’impact positif durable, s’ils ne sont pas bien organisés et s’ils n’ont pas un cadre d’actions clairement défini.

Evoquant ce schéma brumeux et très préoccupant, où des civils sont abattus à chaque fois par les groupes armés qui pillent les ressources et violent le droit international et la souveraineté des Etats, ce qui ne peut que contribuer à déstabiliser davantage le Sahel, le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a réagi le 5 mai dernier en appelant à la formation d’une force militaire africaine pour combattre le terrorisme dans la région du Sahel africain. Cet appel intervient au moment où les pays occidentaux étudient leurs options pour développer une nouvelle stratégie sécuritaire de lutte contre ce fléau dévastateur dans cette région, notamment après le retrait français et européen du Mali après la détérioration des relations avec le gouvernement malien de transition.

Nous saisissons donc cette occasion pour revenir sur les implications de l’appel de l’ONU à ce moment précis, les opportunités et les défis de la formation d’une force militaire africaine, et sur l’avenir de la mission des Nations Unies au Mali (MINUSMA), qui devrait être défini le 30 juin prochain, avec l’une des décisions suivantes:
• la reconduction
• ou la dissolution.

A quoi rime l’appel de Guterres ?

Guterres en tournée dans le Sahel africain

L’appel du Secrétaire général des Nations Unies à former une force militaire africaine pour lutter contre les groupes armés au Sahel, intervient en fait à un moment où la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) est confrontée à des défis croissants pour assumer son rôle dans le maintien de la sécurité et la protection des civils au Mali.

Par conséquent, l’appel de Guterres se base sur de nombreuses implications, notamment celles liées aux défis auxquels la mission est confrontée après le retrait militaire et européen du Mali, car elle s’est toujours appuyée sur le soutien militaire et logistique des forces françaises et de la force spéciale européenne « Takuba ».

Le départ de ces forces françaises a représenté un défi sécuritaire pour que la mission continue à jouer son rôle, et il est peu probable que la junte militaire au pouvoir au Mali puisse accepter le soutien continu de la France à la mission.

De même, l’implication des forces russes de Wagner dans la lutte contre ces groupes armés a représenté un autre défi pour la mission onusienne, alors que les forces occidentales tentent d’éviter un affrontement avec les forces de Wagner, dont l’implication dans ces opérations conduit à chevaucher la portée de leurs opérations avec l’étendue des opérations de la mission, ce qui constitue une menace et un danger pour les forces participantes. Sans parler de la politique du gouvernement malien qui lui impose des obstacles dans l’accomplissement de ses missions.

Dans ce contexte, au début de cette année, les autorités maliennes avaient empêché les avions de la MINUSMA d’effectuer des vols de reconnaissance pendant plusieurs jours, et ont également refusé l’accès de la mission des Nations Unies pour enquêter sur ce qui s’est passé dans la ville de Mora.

En parallèle, l’appel du Secrétaire général des N.U. a exprimé une volonté internationale de contenir la vague croissante de colère contre la présence étrangère en général, et la présence de la mission au Mali en particulier, en introduisant une nouvelle initiative, alors que le Mali et certains pays de la région connaissent une montée des mouvements d’opposition à la présence militaire étrangère, comme les manifestations qui ont éclaté dernièrement au Tchad, sans parler des manifestations d’opposition qui ont réclamé le départ de la Mission des Nations unies au Mali, notamment par des groupes soutenant la politique du Conseil militaire, qui a appelé à manifester, le 13 mai dernier, contre la présence de la mission.

Il convient donc de noter que cette initiative est en harmonie avec les tendances africaines croissantes appelant à la formation de forces africaines et à s’éloigner du rôle des forces étrangères.

A titre d’exemple, nous rappelons l’initiative du président nigérien Mohamed Bazoum qui avait lancé, le 31 mars 2022, une initiative visant à former une force multinationale en coopération avec le Nigeria pour lutter contre le terrorisme dans la région.

Opportunités et défis de la création d’une nouvelle force militaire africaine

Cependant, cet appel international se heurte à de nombreux défis, au premier rang desquels figure le conflit d’intérêts croissant dans la région du Sahel africain, alors que le consensus régional entre ces pays s’est estompé au moment de la formation du G5 Sahel.

Un POINT NOIR a fait son apparition le 15 mai 2022, lorsque le Conseil militaire au Mali a annoncé son retrait du groupe Sahélien, ce qui indique l’intensité croissante de la concurrence et la difficulté de coordination sécuritaire et militaire entre les forces des pays participant à la force conjointe, notamment la concurrence entre le Niger et Le Mali, du fait que le premier est l’un des pays les plus importants soutenant la présence française dans la région, tandis que le second est l’un des pays les plus importants soutenant la présence russe.

L’avenir de la mission des Nations Unies au Mali

Unités de la MINUSMA

Pour en juger, il faut d’abord savoir que certaines déclarations d’officiels et de diplomates occidentaux ont mis en garde contre les défis auxquels est confrontée la poursuite de la mission de la MINUSMA dans l’exercice de son rôle, alors que le Conseil de sécurité devrait discuter à la fin de ce mois de juin de la décision de prolonger le mandat de la mission pour une nouvelle période ou de mettre fin à son mandat. L’accent est mis sur l’étude de la reconfiguration de son rôle, il y a donc deux scénarios/options possibles :

• Option 1 : la mission de l’ONU continuera à jouer son rôle dans le maintien de la paix et la protection des civils.

Malgré les avertissements lancés par des diplomates occidentaux, certains pays participants aux troupes soutiennent toujours le maintien de la MINUSMA dans son rôle.

Après la visite de la ministre allemande des Affaires étrangères au Mali et au Niger le 13 avril, qui a demandé au Mali de prendre des mesures de réforme et d’arrêter sa coopération avec les forces de Wagner, malgré la position du gouvernement malien qui a rejeté les demandes allemandes, le Conseil des ministres allemand a décidé, le 11 mai dernier, d’accorder un nouveau mandat pour la participation des soldats allemands à la Mission des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), tout en relevant le plafond de soldats autorisés à être envoyés dans cette mission de 1.100 à 1.400 soldats.

A ce sujet, la Russie pourrait bloquer au Conseil de sécurité la proposition de renforcer le rôle de la mission pour permettre au groupe Wagner de jouer un rôle plus influent.

Un autre problème peut se poser si le Conseil militaire malien refuserait de prolonger la mission de l’ONU ou de tente de l’expulser.

• Option 2 : la formation d’une force africaine alternative à la mission des Nations Unies.

Bien que le Secrétaire général n’ait pas fourni de détails précis sur ces forces, certaines sont susceptibles de s’appuyer sur les forces africaines participant à la mission pour former une force africaine sous l’égide de l’Union africaine.

Cependant, rien n’indique que les pays africains participants accueilleront favorablement cette proposition, en particulier avec la tendance de certains pays africains à retirer leurs forces.

Farhan Haq, Porte-parole adjoint de M. António Guterres, Secrétaire général de l’ONU, par exemple, a déclaré le 19 du mois dernier que des unités de la République du Bénin « reviendront dans leur pays selon le calendrier initialement prévu pour leurs missions en novembre 2022 et novembre 2023, à la demande » de leurs autorités.

Ceci dit, rien n’indique donc que la formation d’une nouvelle force africaine vise nécessairement à mettre fin au rôle de la mission des Nations Unies.

Il semble plutôt que l’objectif est de rechercher une formule appropriée pour changer la nature du rôle sécuritaire de la mission pour devenir un rôle politique, et il y a ceux qui proposent l’idée de se concentrer prioritairement sur les missions de surveillance et de documentation des violations contre les civils, que ce soit par les forces armées maliennes ou les groupes armés, alors que la nouvelle force africaine jouera un rôle sécuritaire dans le maintien de la sécurité et la protection des civils.

Mais il n’est pas certain que cette option sera pas non plus bien accueillie par la junte malienne. Les pays occidentaux sont en train d’étudier leurs options pour développer une nouvelle stratégie de sécurité pour faire face aux développements dans la région du Sahel africain, et il semble que leurs orientations en matière de sécurité tiennent toujours au maintien du rôle de la mission des Nations Unies dans la zone, et ne pas laisser le champ libre au monopole de l’influence russe ou chinoise.

Cependant, le problème auquel sont confrontés les pays occidentaux est la recherche d’une formule appropriée et acceptable pour changer le rôle de la mission pour se concentrer sur un rôle politique, et la formation d’une nouvelle force africaine pour jouer un rôle sécuritaire qui soutient les tâches de la mission. Dans le même temps, assurer la coopération du gouvernement malien en permettant à la mission des Nations Unies de mener à bien son rôle et ses tâches sans entrave.

Par conséquent, on s’attend à ce que la mission des Nations Unies ait de grandes difficultés à rester sans l’approbation du Conseil militaire, et compte tenu de la difficulté de coopération entre la mission et les forces maliennes « accusées » d’avoir commis des violations des droits de l’homme dans ce pays, il est donc peu probable que la mission des Nations Unies continue à jouer son rôle plus et plus fort qu’auparavant.

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