Anouar CHENNOUFI
Africa-Press – Niger. Nous abordons aujourd’hui la grande crainte ressentie par l’Europe de ne plus avoir une « main mise » sur l’uranium dont elle a grand besoin et dont l’Afrique abonde.
Deux ans en arrière, précisément en 2021, le Niger a été sacré « plus grand fournisseur d’uranium de l’Union européenne », suivi du Kazakhstan et de la Russie, selon l’agence d’approvisionnement de la Communauté européenne de l’énergie atomique.
Les experts en énergie confirment qu’il y a plus de 40 ans, le continent africain était qualifié de « station-service pour l’Europe » et que les sociétés minières européennes contrôlaient 80 % des concessions d’extraction, d’exploitation minière et d’exportation.
Toutefois, les événements survenus récemment ont mis l’Europe dans une situation difficile, et la crainte que le prochain hiver se déroule sans chauffage ni éclairage fait trembler l’occident.
Une Europe avec des yeux « braqués » sur les richesses minières africaines

Les conflits militaires et les coups d’État politiques récents survenus au Niger et au Gabon, ont suscité une peur généralisée dans le monde, plus particulièrement dans les pays de l’Union européenne, et ce en raison des effets qu’il aura sur les approvisionnements en énergie et sur leurs sources de production, « en particulier l’uranium », dont l’Europe dépend pour produire de l’électricité, principale alternative au gaz russe, qui a été affecté par le conflit entre l’Ukraine et la Russie.
Il importe de rappeler que la production d’uranium au Niger, qui possède des minerais d’uranium de haute qualité en Afrique, a atteint 2.020 tonnes en 2022. L’uranium est également le deuxième produit exporté par le Niger, en termes monétaires, bien sûr après l’or.
Le Niger, qui produit environ 5 pour cent de la production mondiale, dispose d’une réserve totale de 311.110 tonnes d’uranium, et que, à titre d’exemple, les besoins moyens de la France en uranium sont d’environ 7.800 tonnes par an pour faire fonctionner 56 réacteurs répartis dans 18 centrales nucléaires, ce qui l’a amenée à importer de l’uranium sur une période de 50 ans depuis son ancienne colonie, le Niger.
L’uranium nigérien couvre quant à lui 20 % des besoins de Paris, ce qui en fait le troisième fournisseur d’uranium de la France après le Kazakhstan et l’Australie entre 2005 et 2020, selon l’agence d’approvisionnement d’Euratom.
La providence a voulue que, malgré l’immensité de ce pays et sa nature rude, il regorge d’énormes richesses qui poussent les pays à se précipiter vers lui, d’autant plus que le Niger possède des minerais stratégiques que la France et ses alliés ne voudront ni ne laisseront pas tomber entre les mains de concurrents internationaux ou potentiels.
De même au Gabon, tout au long de l’histoire, l’extraction d’uranium s’était poursuivie sous le contrôle des sociétés minières françaises, sachant que de 1960 à 1999, environ 28.000 tonnes d’uranium ont été produites, selon les données de l’Association nucléaire internationale.
Vers une prolongation de la crise mondiale
Scientifiquement parlant, l’uranium est une source essentielle pour le fonctionnement des réacteurs nucléaires qui produisent de l’énergie en Europe en général, et en France en particulier.
Avec les coups d’État successifs qui se sont produits en Afrique de l’Ouest, les inquiétudes internationales continuent de prendre de l’ampleur quant à leurs répercussions et leurs effets profonds et négatifs sur les approvisionnements en uranium, qui menacent la durabilité et la sécurité des approvisionnements énergétiques en Europe et dans le monde.
Dans ce contexte, on rapporte ici ce que le géologue et ancien chef des géologues arabes, l’ingénieur Sakher Ensour, qui a affirmé que « les conflits survenus au Niger et au Gabon affecteront fondamentalement l’approvisionnement énergétique de l’Europe et créeront une crise mondiale dont personne ne connaît encore l’ampleur et le sort ».
Il note que l’Afrique est un réservoir d’énergie européenne, en particulier après l’interruption du gaz russe, et que les pays européens sont devenus principalement dépendants de l’uranium, notamment africain, parce qu’il s’agit d’une source d’énergie verte (respectueuse de l’environnement) qui est conforme à la stratégie européenne visant à atteindre un taux d’émission de carbone de « zéro », au cours des 10 prochaines années.
Selon l’ingénieur, « en France, 3 lampes sur 4 sont allumées à l’aide de l’uranium nigérien », notant à ce propos que l’Europe sera confrontée à un hiver rude et difficile, et soulignant que la crise énergétique du Vieux Continent jette une ombre sur des millions de foyers qui traversent chaque année l’hiver le plus froid du monde.

La même source indique également que les conflits dans le monde d’aujourd’hui ne concernent plus les frontières, mais plutôt les politiques de suppression des nécessités de la vie, de l’eau et de l’énergie, qui sont devenues le sujet le plus important des années à venir.
L’uranium : Une révolution dans la sécurité énergétique
Il faut reconnaître que l’uranium occupe une position vitale dans le secteur énergétique mondial, car il est considéré comme l’une des sources les plus importantes de production d’énergie nucléaire, et le monde dépend de l’uranium en tant que source propre et efficace pour produire de l’électricité et répondre aux besoins croissants d’une énergie durable à l’avenir.
D’ailleurs, le monde a commencé à assister, il y a quelques années, à une révolution dans la sécurité énergétique grâce à la production d’énergie propre qui dépend d’un moindre coût, et dans la même lignée de vision, on peut affirmer que l’uranium fût la meilleure alternative pour parvenir à une politique de sécurité énergétique dans le monde, mais l’extraction, la production et l’enrichissement de l’uranium se sont heurtés à de nombreuses difficultés, dont la plus importante était la montée du prix mondial, en raison des crises politiques successives.
Selon les experts en la matière, il existe deux principaux types d’utilisation de l’uranium dans la production d’énergie :
• Le premier est l’uranium brut qui vient d’Afrique et qui est enrichi dans les pays européens,
• Le deuxième type est fertilisé et produit à partir de celui-ci, dont la Russie contrôle la quasi-totalité de sa production mondiale.
En outre, l’industrie de l’uranium connaît une forte dynamique et une forte demande mondiale, ce qui intensifie les conflits pour acquérir ce produit important, à la lumière de l’augmentation de tous les combustibles fossiles produits à partir du pétrole.
L’Afrique face à une période d’éveil vers la souveraineté
Nous assistons désormais à un nouvel ordre mondial, et il s’agit là d’un système qui échappe totalement au contrôle occidental et américain et que les plus grands perdants de ce système sont les pays de l’Union européenne et en particulier la France, car la guerre porte désormais sur les ressources naturelles, les corridors et les chaînes d’approvisionnement alimentaire.
Tous les yeux sont désormais braqués sur les résultats de la décision d’élargissement des « BRICS » (sommet de New Delhi), car là aussi la partie africaine joue un rôle d’une grande importance, surtout que les attentes d’une crise mondiale sur l’alimentation et les ressources naturelles dépendront du système économique des BRICS.
Par ailleurs, ce qui se passe en Afrique (Niger, Gabon, Burkina Faso, et autres…) est une période d’éveil vers la souveraineté et de freinage de l’Occident d’interférer politiquement et économiquement dans ces pays, sans oublier que la contagion des coups d’État dans les pays africains où l’influence française est liée aux conflits en cours entre les grands pays autour des révolutions africaines, représentés par l’axe Russie-Chine, et l’axe européen, ne s’arrêteront pas au Gabon et au Niger, en particulier compte tenu de la faiblesse persistante des institutions étatiques en Afrique, du contrôle du gouvernement par des groupes spécifiques et des sentiments d’injustice de la population, en plus des conditions internes africaines, qui sont représentées par : la pauvreté, la faim et le chaos du pouvoir.
Il importe aussi de ne pas oublier que les plus grandes réserves mondiales de cobalt, de diamants, de platine et d’uranium se trouvent en Afrique, sachant que le continent africain possède 65 pour cent des terres arables de la planète, soit 10 pour cent des sources internes d’eau douce renouvelables, selon les experts onusiens pour l’environnement.
Toute cette richesse et le poids diplomatique dont jouit désormais l’Afrique, en ont fait une cible pour les puissances en conflit à travers le monde, alors que les peuples africains continuent de souffrir sous le fardeau de la pauvreté, du manque de services, de la détérioration économique, des guerres et des famines, tandis que les mains des puissances qui leur ont succédé au fil du temps étendent leurs capacités et augmentent leur richesse.
L’Afrique est également considérée comme revêtant une importance stratégique en termes de soutien géopolitique qu’elle apporte, dans la mesure où les pays africains constituent le plus grand bloc géographique de vote au sein de nombreuses institutions diplomatiques, sécuritaires et économiques mondiales, en particulier le Conseil de sécurité des Nations Unies.
Le soutien de l’Afrique est donc tentant et attrayant pour n’importe quel pays du monde, car le coup d’État au Niger pourrait remettre en question les besoins à long terme de l’Europe en uranium, au moment même où celle-ci tente de réduire progressivement sa dépendance à l’égard de la Russie, un autre fournisseur majeur d’uranium utilisé dans les centrales nucléaires européennes.
Néanmoins, dans ce contexte, les analystes russes affirment que la France a suivi une politique que la Russie considère comme une forme de « néocolonialisme » afin de s’assurer du bénéfice des réserves nigériennes, notamment en usant du soft power, et Paris a pris le contrôle de son ancienne colonie et a réussi à réduire significativement le coût d’exploitation des gisements d’uranium du Niger au profit de l’énergie nucléaire française.
C’est un aspect que la Russie confirme être exclue de son approche des relations de coopération conjointe avec les pays africains, car les relations avec Moscou sont basées sur « le respect du principe de souveraineté et la gestion des relations entre homologues » sans asservir ces pays politiquement ou économiquement, tout en s’engagent à mettre fin au colonialisme et à ne pas regarder le continent africain de la même manière.
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