Coup d’État au Niger : quelles conséquences sur la guerre contre les jihadistes ?

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Coup d’État au Niger : quelles conséquences sur la guerre contre les jihadistes ?
Coup d’État au Niger : quelles conséquences sur la guerre contre les jihadistes ?

Manon Laplace

Africa-Press – Niger. Le renversement du président Mohamed Bazoum, le 26 juillet dernier, ouvre une période d’instabilité, y compris sur le plan sécuritaire.

Mercredi 26 juillet. Il n’est pas encore minuit. À l’antenne de la télévision nationale, dix hommes, sanglés dans leurs uniformes, viennent dissiper en partie la confusion qui règne à Niamey depuis qu’au petit matin des éléments de la Garde présidentielle se sont retournés contre le président Mohamed Bazoum.

Des arguments « fallacieux »

Au micro, le colonel-major Amadou Abdramane, porte-parole du fraîchement constitué Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), assure que les militaires ont mis « fin au régime » du président déchu. Un coup de force justifié, entre autres choses, par « la dégradation continue de la situation sécuritaire, la mauvaise gouvernance économique et sociale ».

« Des motifs fallacieux », réagit-on immédiatement dans l’entourage du président, où l’on revendique des progrès en matière de lutte contre ceux que l’on désigne comme les groupes armés terroristes (GAT). « Sous Bazoum, nous avons constaté une réelle accalmie. Certes, ce n’était pas le paradis, mais la situation était à l’amélioration », assure un proche collaborateur du président séquestré qui salue le renforcement « conséquent » des capacités de l’armée au cours des dernières années.

« Était. » L’emploi de l’imparfait n’a rien de fortuit. À en croire des fidèles de Mohamed Bazoum, l’embellie aurait déjà volé en éclats. Mi-août, on dénombrait au moins sept attaques d’ampleur contre les forces de défense et de sécurité, ayant fait trente à quarante morts, selon des bilans provisoires. D’autres échos font état de dizaines de civils tués lors d’une attaque, mi-août, dans la région de Tillabéri. Là encore, les difficultés d’accès au terrain et aux autorités nigériennes rendent extrêmement difficile toute vérification.

Mais la détérioration sécuritaire pourrait être moins nette que veut bien le dire le camp des « loyalistes ». Selon les données de l’organisation Acled, spécialisée dans la collecte d’informations dans les zones de conflit, le nombre d’incidents recensés ces dernières semaines n’est pas significativement plus important qu’à l’accoutumée, même si le nombre de victimes semble plus élevé.

La situation sécuritaire a été présentée par beaucoup d’analystes et de chancelleries comme étant plus stable et sous contrôle qu’elle ne l’était réellement », nuance également Guillaume Soto-Mayor, chercheur associé sur l’Afrique subsaharienne au Middle East Institute, selon qui « le bilan avancé ignore certaines régions de tensions grandissantes, notamment dans le nord du pays ».

« Trous d’air sécuritaires »

Si les mouvements de certaines unités, rentrées à Niamey aux premières heures du coup d’État, ont fait craindre à certains « des trous d’air sécuritaires », l’incertitude concerne surtout les chantiers menés par Mohamed Bazoum dans le cadre de la lutte contre les groupes radicaux – au premier rang desquels le dialogue avec l’État islamique au Grand Sahara (EIGS).

« Au-delà du volet militaire, le gouvernement nigérien avait notamment opté pour un dialogue avec les groupes jihadistes, en particulier l’EIGS, confirme Guillaume Soto-Mayor. Il y a eu plusieurs effets concrets, comme l’obtention d’accords communautaires locaux, quoique souvent de courte durée. En contrepartie, le gouvernement a libéré des jihadistes, ce qui a été assez mal vécu par la hiérarchie militaire. »

Le front nigérian

Autre front, autres interrogations. Avec 1 600 kilomètres de frontière commune avec le Nigeria, le Niger est engagé, depuis 2015, dans une guerre contre le groupe Boko Haram, qui a d’abord proliféré dans l’extrême-nord du Nigeria et du Cameroun.

Dans la zone, soldats nigériens, nigérians, tchadiens et camerounais luttent côte à côte au sein de la Force multinationale mixte (FMM), dont l’avenir est remis en question par la menace d’une intervention armée au Niger de la Cedeao, brandie notamment par le président nigérian Bola Tinubu, qui exerce la présidence tournante de l’organisation.

« Au sein de cette force, les contingents conduisent des opérations individuelles, mais aussi des opérations conjointes. Évidemment, la situation actuelle soulève de nombreuses intterrogations, dont les réponses dépendront en partie du côté derrière lequel se rangeront les soldats nigériens en cas d’intervention », estime Murtala Abdullahi, chercheur spécialiste des questions de sécurité et de défense dans la région du Lac Tchad.

Les accords avec la France dénoncés

L’attitude des Forces armées nigériennes (FAN) ne sera pas la seule à se révéler déterminante. Depuis le 26 juillet, les regards se sont tournés vers les partenaires occidentaux de Niamey. La poursuite de la coopération avec Paris, qui compte autour de 1 500 soldats au Niger, semble plus que jamais compromise.

Déjà, la junte a dénoncé les accords de défense liant le Niger à la France, tandis que l’Hexagone plaide ouvertement pour le rétablissement de Mohamed Bazoum dans ses fonctions et soutient l’option militaire de la Cedeao en dernier recours.

Washington, qui tenté plusieurs médiations (sans succès jusqu’à présent), tient une ligne plus nuancée. Le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a fait savoir qu’il n’y aurait pas de « solution militaire acceptable ».

Comme au Mali ou au Burkina, l’instauration d’un régime militaire pourrait donc rebattre les cartes en matière de lutte contre le jihadisme au Niger. « Tout coup d’État engendre une désorganisation dans l’armée et ouvre nécessairement une période d’incertitude », résume un fidèle de Mohamed Bazoum. Une période « dont pourraient profiter les groupes jihadistes, mais aussi la criminalité organisée », prévient Guillaume Soto-Mayor.

Source: JeuneAfrique

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