Mathieu Olivier
Africa-Press – Niger. Ce 8 août, le ministre d’État Rhissa Ag Boula a annoncé la création d’un mouvement destiné à rétablir le président Mohamed Bazoum dans ses fonctions. Et ce, en utilisant « tous les moyens nécessaires ».
C’est un nouvel élément qui vient s’ajouter à la crise au Niger, née du coup d’État perpétré le 26 juillet par le général Abdourahamane Tiani. Ce 8 août dans la soirée, le ministre d’État Rhissa Ag Boula a officialisé dans un communiqué ce qui se murmurait depuis quelques heures : la création d’un Conseil de résistance pour la République (CRR).
« Le CRR est un mouvement politique qui œuvrera à rétablir l’ordre, la légalité constitutionnelle et le président Mohamed Bazoum dans la plénitude de ses fonctions », explique Rhissa Ag Boula, homme de confiance de Mohamed Bazoum qui s’était imposé comme l’un de ses principaux conseillers en matière de sécurité – au point de s’attirer les foudres de certains militaires, au rang desquels le général Tiani.
« Prétextes fallacieux »
Les putschistes, affirme l’ancien leader des rébellions touarègues dans les années 1990 puis 2000, ont fait « irruption sur la scène politique avec des prétextes fallacieux et grotesques relatifs à la gouvernance et la gestion sécuritaire ». « Ce malheureux épisode intervient au moment où l’on observe que la stabilité politique et sociale est installée au Niger […], [que] la situation économique et financière s’est largement améliorée […] [et que] la situation sécuritaire s’est nettement améliorée », souligne-t-il.
« Constatant le refus catégorique de la junte d’instaurer un dialogue constructif, le jusqu’au-boutisme adopté par certains membres du CNSP [Conseil national de sauvegarde de la patrie], l’infâme pratique de manipulation de masse à l’endroit de notre jeunesse, le recours à des civils en guise de milices et la tentation de faire appel à des mercenaires, criminels de guerre connus sous le nom de Wagner […], nous, Nigériens, démocrates et patriotes, décidons de la création du Conseil de la résistance pour la République », explique-t-il encore.
LE CRR SE DONNERA TOUS LES MOYENS NÉCESSAIRES
Le CRR, affirme le ministre, « se donnera tous les moyens nécessaires pour éliminer cette pratique perfide de remise en cause des choix des peuples par des militaires véreux et irresponsables ». Le conseil assure en outre d’ores et déjà soutenir la Cedeao et ses partenaires internationaux, notamment en cas d’intervention militaire pour assurer le retour à l’ordre constitutionnel. Il déclare rester « à son entière disposition à toute fin utile ».
Ancien rebelle touareg
Fer de lance des rébellions touarègues de 1991 à 1995, ancien compagnon de Mano Dayak, Rhissa Ag Boula n’en est pas à son premier mouvement de résistance. Après avoir une première fois négocié avec le pouvoir entre 1997 et 2004, puis avoir été arrêté sous Mamadou Tandja, il avait repris les armes entre 2007 et 2010, avant de s’intégrer une nouvelle fois à la vie politique à Niamey à la faveur de la chute de ce dernier puis de l’élection de Mahamadou Issoufou en 2011.
Très influent dans la région d’Agadez – acquise au Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme –, Rhissa Ag Boula dispose aussi de relations dans toute la région sahélienne, la grande ville du Nord étant une plaque tournante des routes allant du Mali vers la Libye. Cela avait fait de lui un acteur incontournable de la politique sécuritaire de Mahamadou Issoufou puis, de manière encore plus prégnante, de son successeur, Mohamed Bazoum.
Ces deux dernières années, il était peu à peu devenu le principal conseiller du président sur ces dossiers. Au point de reléguer au second plan des acteurs militaires tels que le général Abdourahamane Tiani. Les deux hommes se retrouvent désormais face à face, l’un à la tête d’un Conseil national de sauvegarde de la patrie, et l’autre dirigeant un Conseil de la résistance pour la République.
Celui-ci – outre avec la Cedeao – devrait collaborer avec le gouvernement légitime de Mohamed Bazoum, lequel lutte lui aussi pour le rétablissement au pouvoir du président, qui refuse quant à lui toujours de démissionner. Les principaux ministres sont aujourd’hui détenus, notamment Hamadou Adamou Souley (Intérieur), ou en exil, comme le Premier ministre, Ouhoumoudou Mahamadou, et le chef de la diplomatie, Hassoumi Massaoudou.
Source: JeuneAfrique.com
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