Déconstruire le récit du « retour des coups d’État » en Afrique

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Déconstruire le récit du « retour des coups d'État » en Afrique
Déconstruire le récit du « retour des coups d'État » en Afrique

Africa-Press – Niger. L’Afrique n’a jamais constitué un ensemble unifié, mais l’unité africaine était devenue un projet stimulant, car ce sont les problèmes politiques qui prédominent, à l’échelle du continent comme à l’intérieur des nations, là où les difficultés économiques subsistent et ont des répercussions au plan politique.

La situation présente permettrait de mieux mesurer la distance existant entre l’intention et la réalité, surtout que trois Afriques coexistent.

• D’abord l’Afrique septentrionale : qui se caractérise plus par sa civilisation, que l’Islam a façonnée, et par sa position méditerranéenne que par ses options politiques, encore soumises à révision.

• Puis l’autre Afrique : qui est moyenne en raison de sa situation géographique, formée par les pays noirs devenus indépendants, et qui comporte encore des enclaves coloniales et est divisée par les affrontements résultant des options faites au moment de l’indépendance, offrant également un terrain sur lequel les grandes puissances s’opposent en intervenant, de plus en plus, dans les affaires locales.

• Enfin la troisième Afrique : celle des décolonisations verrouillées, qui correspond à la partie méridionale du continent, et qui s’annonce par une zone de décolonisation ambiguë.

Les coups d’Etat militaires s’expliquent donc par le désir des jeunes de changer la situation dans leurs pays respectifs.

Avec les nombreux cas de coups d’État observés sur le continent africain au cours des cinq dernières années, de nombreuses analyses ont adopté un récit basé sur l’idée centrale que le «retour des coups d’État» sur le continent africain dans une nouvelle vague similaire à ce que le continent a connu dans le années soixante-dix et quatre-vingt du XXe siècle.

Pluralisme conceptuel

Parmi les principaux problèmes avec l’histoire du « retour des coups d’État » en Afrique, il y a l’utilisation excessive du concept de coups d’État lui-même d’une manière qui inclut des cas disparates entre ceux qui ont vu des arrangements hautement institutionnalisés entre les dirigeants politiques et militaires, comme le cas du Zimbabwe en 2017, et d’autres à qui a répondu l’institution militaire qui fût témoin de manifestations populaires généralisées, comme les cas du Soudan en 2019 et du Mali en 2020, pour renverser une autorité politique élue, et un troisième qui a vu le renversement du pouvoir militaire d’une autorité de transition qui a atteint sa position par consensus sans élections, comme le cas du Mali en 2021, et enfin ceux dans lesquels des sous-unités rebelles au sein de l’institution militaire qui se sont emparé d’abord de la direction de l’armée puis du pouvoir politique, comme en témoignent les cas de la Guinée et du Burkina Faso en 2021.

Le récit du « retour des coups d’État » contredit également les progrès académiques réalisés par les générations successives de la littérature sur les relations civilo-militaires en offrant des concepts plus précis et spécifiques pour traiter de multiples types de rôles que l’institution militaire joue dans la vie politique. Progressivement, la littérature sur les relations civilo-militaires a commencé à proposer des concepts alternatifs plus appropriés d’un point de vue méthodologique et pragmatique, au premier rang desquels figure « l’intervention militaire », car plus globale, et incluant toutes les formes de l’influence de l’institution militaire, qui fournit une unité standard mesurable qui représente un outil efficace pour comparer différemment les cas.

Il faut savoir que la haute valeur analytique du concept a contribué à l’émergence de «l’interventionnisme militaire» en tant que tendance croissante dans les pays en développement du monde entier. De nombreux écrits ont également présenté d’autres alternatives conceptuelles, telles que «l’engagement militaire», qui signifie une intervention militaire dans la politique, qu’elle soit entre les mains de membres de l’institution militaire officielle ou «traditionnelle», ou entre les mains de toute force militaire de un caractère « spécial » ou « non conventionnel », ce qui correspond à la réalité complexe qui existe dans certains cas, comme les cas africains. Ce développement ne se limite pas au seul aspect académique.

Du côté de la pratique, des concepts alternatifs ont émergé, comme la prise de pouvoir militaire, à laquelle l’administration américaine a eu recours pour décrire les décisions prises par le général Abdel Fattah al-Borhane, chef du Conseil souverain soudanais, le 25 octobre 2021, qui comprenait le limogeage du cabinet de transition, et cela a absous les États-Unis des répercussions négatives de la description de ce qui s’est passé au Soudan comme d’un coup d’État à un moment où ils devaient garder un certain nombre de canaux de coopération ouverts pour garantir leurs intérêts stratégiques dans l’une des régions les plus intenses du monde, témoins d’une concurrence féroce entre un certain nombre de puissances internationales majeures et centrales.

Raisons de la montée du phénomène des coups d’État

Les indicateurs quantitatifs confirment que la résurgence des révolutions en Afrique est encore en train d’être testée, le phénomène continuant de s’essouffler dans ses limites quantitatives traditionnelles, dont il a été témoin au cours des deux dernières décennies.

Cependant, il faut dire que ce qui est remarquable dans les coups d’État qui ont eu lieu sur le continent africain ces dernières années, c’est la facilité avec laquelle ils se sont produits et la concrétisation de transformations radicales dans la structure du pouvoir et leur capacité à imposer une nouvelle réalité régionale et internationale.

Cette facilité relative, a peut-être contribué à suggérer que le phénomène avait pris une plus grande ampleur et s’était transformé en un schéma croissant sur tout le continent. Cette facilité s’explique selon des variables liées à l’aspect « offre » qui expliquent les motifs des motivations croissantes de l’establishment militaire dans de nombreux pays du continent à renverser une autorité existante, et d’autres liées à l’aspect « demande » qui révèlent les raisons de ce dont de nombreux cas africains ont été témoins en poussant les forces politiques civiles de l’opposition avec cette alternative et cette assistance à son installation au pouvoir après le coup d’État.

Du côté de l’offre, il existe de nombreuses causes internes qui ont poussé de nombreuses armées de pays africains à s’engager directement dans la réalité politique, car ces raisons incluent la réalité sécuritaire turbulente qui a soulevé de nombreuses charges des forces armées pour expliquer le taux élevé de coups d’État, en particulier dans les pays sahéliens africains, où ils sont confrontés depuis 2012, à une vague de terrorisme d’une violence intense, et l’activité de groupes séparatistes armés ont placé les armées de ces pays dans une confrontation prolongée avec diverses organisations antiétatiques, dans lesquelles elles ne bénéficiaient pas d’un soutien suffisant du pouvoir politique, ce qui a créé un état de mécontentement qui a conduit au renversement du régime.

Caricature représentant trois des derniers coups d’Etat

D’autres problèmes internes tels que la multiplicité des centres de commandement et l’intégration des unités paramilitaires dans la structure de l’establishment militaire, et l’incapacité chronique à faire face au phénomène des préjugés ethniques dans les processus de recrutement et de promotion pour rejoindre les causes de la forte « offre » de coups d’État militaires en Afrique, apparaissent également.

Pour conclure, on peut dire que le phénomène des coups d’État militaires en Afrique fait encore partie des phénomènes réguliers et récurrents qui bénéficient encore d’un grand soutien du contexte politique et social existant dans les pays du continent, ce qui met l’accent sur sa poursuite dans le futur selon des taux qui sont sous réserve de modifications.

Et malgré ce que le phénomène relève comme positions africaines et internationales qui les dénoncent, les réponses officielles fondées sur la logique des sanctions semblent incapables d’aboutir à un quelconque succès sur le terrain, tant la limitation du phénomène des coups d’État militaires en Afrique nécessite de s’attaquer à ses causes profondes de part et d’autre de l’offre et demande, y compris les causes liées aux conditions existantes au sein de l’institution militaire et celles liées au soutien croissant au phénomène de la part des forces politiques et civiles.

Il s’agit ici d’un sujet qui nécessite bien d’autres analyses, tant son importance est capitale, pour la stabilité des pays du continent africain.

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