Africa-Press – Niger. Professeur de philosophie de formation, militant syndicaliste de la première heure, Mohamed Bazoum n’a a priori rien d’un spécialiste des questions de défense. L’actuel président nigérien, élu début 2021, s’est pourtant formé au fur et à mesure de ses fonctions ministérielles sous son prédécesseur Mahamadou Issoufou, comme chef de la diplomatie d’abord, de 2011 à 2015, puis en tant que ministre de l’Intérieur, de 2016 à 2020.
C’est d’ailleurs depuis ce dernier fauteuil que Mohamed Bazoum a commencé à constituer sa garde rapprochée spécialiste des questions de sécurité, en liant des relations avec des personnalités des services de renseignements, de la police, de la gendarmerie ou encore de la garde nationale. Alors que le président a fait de la sécurité du pays sa priorité numéro un – dans un contexte sous-régional très difficile -, plusieurs sont encore ses conseillers privilégiés.
Cet ancien commissaire de police a connu Mohamed Bazoum alors qu’il dirigeait la police judiciaire du Niger et que le futur président était ministre de l’Intérieur du gouvernement de Brigi Rafini. Réputé efficace et énergique, fin connaisseur des réseaux de criminalité du pays et familier des services de renseignement intérieur, Rabiou Daddy Gaoh a même gagné le surnom populaire de “Jet Lee”, du nom du célèbre spécialiste des arts martiaux.
Peu après son arrivée à la présidence, Bazoum a nommé ce policier de formation à la tête de Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure (DGDSE). “Jet Lee” y est surtout chargé d’alimenter la présidence en renseignements, le chef de l’État ayant fait de l’espionnage des réseaux criminels et terroristes un pilier de sa politique de défense et de lutte contre les jihadistes sahéliens.
Alors qu’il a bâti une partie de son succès politique depuis le ministère de l’Intérieur, Mohamed Bazoum a choisi de confier, mois d’un an après son arrivée à la présidence, ce portefeuille stratégique à l’un de ses proches : Hamadou Adamou Souley. Nommé en novembre 2021 en remplacement d’Alkaché Alhada, cet ancien directeur de cabinet du Premier ministre Brigi Rafini occupait auparavant le ministère de l’Équipement.
Ce membre du conseil exécutif national du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS, au pouvoir) originaire de la région de Tillabéry a également officié au sein du cabinet de Mahamadou Issoufou. Hamadou Adamou Souley permet ainsi au président de garder un œil sur la police, la gendarmerie mais aussi la garde nationale, sans mettre en danger l’équilibre du PNDS – où les cercles d’influence de Mohamed Bazoum et de son prédécesseur peuvent s’entrechoquer.
Sous la supervision de Hamadou Adamou Souley, deux hommes font figure de piliers de la police de sécurité intérieure de Mohamed Bazoum. Directeur général de la gendarmerie nationale, Lawel Chékou Koré, général de corps d’armée expérimenté, a pris ses fonctions en décembre 2021. Spécialiste notamment des rébellions touarègues, il a l’avantage d’avoir dirigé – sous Issoufou – la DGDSE, les renseignements nigériens et d’avoir conservé de solides réseaux d’espionnage.
Le natif de Dosso Midou Guirey commande quant à lui la Garde nationale du Niger (GNN), à qui Mohamed Bazoum – comme Mahamadou Issoufou avant lui – veut confier un rôle central dans la lutte contre le terrorisme. Placée sous le commandement du ministère de l’Intérieur, celle-ci est issue d’un recrutement géographique plus large que celui de l’armée traditionnelle et permet, aux yeux du président, une plus grande proximité avec les populations, notamment rurales.
Il est l’homme de confiance de Mohamed Bazoum au sein de l’armée, dont les relations avec le PNDS ont souvent été difficiles depuis l’arrivée au pouvoir de Mahamadou Issoufou en 2011. Méfiants envers une institution qu’ils estimaient trop proches de l’ancien pouvoir de Mamadou Tandja, renversé en 2021, les socialistes ont en effet eu à cœur d’y placer leurs hommes, allant jusqu’à envoyer à l’étranger nombre de hauts gradés dont ils doutaient de la loyauté.
Le général Salifou Modi a ainsi été nommé en 2011 attaché de défense en Allemagne, avant de revenir à Niamey et d’y être nommé chef d’état-major des armées par Mahamadou Issoufou en janvier 2020, après l’attaque terroriste de Chinagodar. Mohamed Bazoum a ensuite choisi de le conserver à son poste, alors même que les patrons des armées de terre et de l’air ont été remplacés en mai 2021, après une série d’attaques dans la région de Tillabéry.
Bénéficiant d’une excellente réputation au sein de la troupe, Salifou Modi est un homme discret, plus attaché aux stratégies militaires qu’aux joutes politiques. Longtemps patron de la garde républicaine, ce natif de Niamey est aujourd’hui le stratège de Mohamed Bazoum – en liaison avec le chef d’état-major particulier du président, Sidikou Issa. Un rôle essentiel tandis que le poste de ministre de la Défense est occupé par un baron du PNDS, Alkassoum Indatou, loin d’être spécialiste des questions militaires mais proche à la fois du président et de son prédécesseur.
Seul ministre d’État rattaché à la présidence, cet ancien rebelle touareg, naguère compagnon de lutte de Mano Dayak, est aujourd’hui l’un des hommes les plus écoutés par Mohamed Bazoum. Très connecté dans le nord du pays, Rhissa Ag Boula connaît en effet sur le bout des doigts les problématiques transfrontalières et les réseaux – légaux et illégaux – qui s’étendent du Mali à la Libye, en passant par la région stratégique d’Agadez.
Déjà ministre sous Mamadou Tandja et le Mouvement national pour une société du développement (MNSD, ancien parti unique) entre 1997 et 2004, il a su au fil des années convertir son influence régionale en bénéfices politiques. Conseiller de Mahamadou Issoufou dès l’élection de ce dernier en 2011 puis ministre chargé de la promotion de la ville d’Agadez, il a logiquement réussi à conserver une place de choix après l’arrivée au pouvoir de Mohamed Bazoum.
Bénéficiant d’un bureau non loin du cabinet du président et s’étant rapproché du PNDS au fil des années, son influence s’est même accrue depuis le départ de la primature de Brigi Rafini, lui aussi touareg mais avec qui il s’entendait peu. Grâce à des réseaux qui s’étendent au sein de l’appareil sécuritaire mais aussi à l’étranger – notamment en France -, le discret Rhissa Ag Boula est incontournable pour la connaissance de la criminalité transfrontalière, et ses liens avec les terroristes jihadistes.
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