François Soudan
Africa-Press – Niger. Conspiration, trahison, manipulation… Pourquoi et comment un quarteron de généraux en colère a renversé le président nigérien le 26 juillet dernier.
S’il est un coup d’État absurde, c’est bien celui-là. Autant ceux qui ont renversé Ibrahim Boubacar Keïta, Roch Marc Christian Kaboré et Alpha Condé pouvaient s’appuyer sur des arguments audibles à défaut d’être acceptables (dégradation sécuritaire et crise de gouvernance), autant celui qui a surpris Mohamed Bazoum aux aurores du 26 juillet ne repose sur rien d’objectif.
Rien de comparable
Pourtant mise en avant par le général Tiani et ses camarades du Conseil national de sauvegarde de la patrie (CNSP) comme facteur explicatif, la situation sur le terrain militaire n’est en rien comparable à celle de ses voisins malien et burkinabé, lesquels ont connu une explosion de violence au cours des deux dernières années.
L’ONG Acled, qui recense les attaques menées par les groupes jihadistes, a enregistré une baisse de près de 40 % de la violence politique au Niger au cours du premier semestre de 2023. Une diminution due autant à l’efficacité des opérations conjointes de l’armée avec ses partenaires américains et français qu’aux choix de Mohamed Bazoum de s’opposer à la création de milices civiles d’auto-défense et d’ouvrir une forme de dialogue « à la base » avec certains groupes jihadistes.
Quant à la gouvernance, et même si Mohamed Bazoum se heurtait au manque de ressources financières et à la nécessité de maintenir des équilibres politiques souvent paralysants, le dernier rapport de l’International Crisis Group (ICG) rejoint les appréciations de la Banque mondiale concernant ses « efforts sincères de réforme des institutions et des pratiques de pouvoir » : lutte contre la corruption, priorité accordée à l’éducation des filles et à l’agriculture, etc.
Populisme et « french bashing »
On comprend mieux dès lors le recours d’officiers supérieurs coresponsables du bilan qu’ils dénoncent aujourd’hui, et pour certains loin d’être irréprochables dans la gestion financière des institutions militaires, au populisme, au souverainisme, à l’orgueil national et au « french bashing ». Relayée à Niamey – qui a toujours été un fief de l’opposition aux régimes Issoufou et Bazoum – par des groupes d’activistes de la société civile aux réflexes parfois ethnocentristes et sur les réseaux sociaux par l’habituelle cohorte d’influenceurs pro-russes pour qui il s’agit là d’un « putsch salvateur », la recette désormais éprouvée fonctionne.
La légitimité qu’elle induit est certes à durée déterminée, mais elle présente l’avantage d’être « low cost » et de ne reposer que sur du rêve. Comment prétendre que le Niger, dont le budget dépend à 55 % de l’aide des différents partenaires et d’emprunts sur les marchés financiers régionaux, pourra, du jour au lendemain, faire l’économie de cet appoint sans paupériser encore plus sa population ?
Les militaires qui ont fait main basse sur le pouvoir à Niamey « ne semblent incarner ni un nouveau départ, ni la promesse d’une gestion plus saine des institutions publiques », constate ICG. Nulle part il est vrai, à Bamako, Ouagadougou ou Conakry, les régimes kakis n’ont amélioré de quelque façon que ce soit la situation d’une jeunesse plus que jamais tentée par les sirènes mortifères de l’émigration. Chaque putsch est un putsch de trop. Celui-là l’est plus encore.
Source: JeuneAfrique
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