Entre Ibrahim Traoré et Vladimir Poutine, une idylle diplomatique

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Entre Ibrahim Traoré et Vladimir Poutine, une idylle diplomatique
Entre Ibrahim Traoré et Vladimir Poutine, une idylle diplomatique

Flore Monteau

Africa-Press – Niger. Avec seulement 17 chefs d’État africains présents au sommet Russie-Afrique, l’influence de Poutine sur le continent pourrait sembler limitée. C’est compter sans le Burkinabè, qui a multiplié les gestes envers le patron du Kremlin.

Il se dit souverainiste, mais c’est un Ibrahim Traoré en quête de nouvelles alliances qui s’est montré à l’occasion du sommet Russie-Afrique organisé à Saint-Pétersbourg les 27 et 28 juillet. Tout sourire pendant son séjour, le président de transition burkinabè a quitté Vladimir Poutine après la parade navale du 30 juillet, la main sur le cœur et le regard baissé.

Si Ouagadougou assume depuis un moment une « coopération voulue et affirmée » avec Moscou, notamment en ce qui concerne la livraison de matériels militaires, le temps de « l’indépendance totale » clamé en décembre 2022 par Ibrahim Traoré semble déjà bien loin. Pour le jeune putschiste, ce déplacement en Russie – l’unique voyage en dehors du continent africain depuis son accès au pouvoir en octobre 2022 – fut l’occasion d’enchaîner les démonstrations de loyauté envers le président russe.

Opération séduction

Premier chef d’État à atterrir à Saint-Pétersbourg le 26 juillet, Traoré se démarque volontairement de ses homologues par son choix vestimentaire. Tenue militaire et béret rouge de l’armée de terre sur la tête, il affiche sa quête de filiation avec l’ancien dirigeant burkinabè Thomas Sankara, qui ne quittait pas sa tenue de capitaine et qui, en visite en URSS en octobre 1986, portait ce même couvre-chef écarlate.

Mais la comparaison ne va pas plus loin car si l’ancien révolutionnaire se disait inspiré du socialisme à la russe, Ibrahim Traoré lui, se sent « en famille » en présence de Vladimir Poutine. « Nous partageons la même histoire en tant que peuples oubliés du monde », déclare IB dans son discours à la table ronde du sommet. Sans notes, le regard droit et la voix assurée, le capitaine burkinabè veut marquer les esprits.

« Nous sommes là pour parler de l’avenir de nos peuples, de ce monde libre auquel nous aspirons, de ce monde sans ingérence dans nos affaires internes. » S’érigeant comme voix de sa génération, le jeune capitaine de 36 ans lance à ses homologues : « Comment se fait-il que nos chefs d’État traversent le monde pour mendier ? » Il s’attire alors les foudres de ses aînés démocratiquement élus présents autour de la table, comme Macky Sall.

Soutien dans « l’opération spéciale »

Qu’importe pour Traoré, le président sénégalais fait sûrement partie de « ces chefs d’État africains qui n’apportent rien […] mais chantent les mêmes choses que les impérialistes. » Celui qui compte, c’est Poutine. Et son discours semble plaire au dirigeant russe. Alors qu’IB conclut avec un traditionnel « Gloire, dignité, victoire à nos peuples. La Patrie ou la mort, nous vaincrons ! », les caméras de télévision russes montrent Vladimir Poutine applaudissant chaudement.

Puis, pendant que le reste de la délégation burkinabè est vue en train de manipuler avec admiration les armes russes exposées, Ibrahim Traoré prend place sur la photo de famille. Et pas n’importe quelle place, puisque seul l’espace laissé par un des chefs d’État ayant boycotté la photo le sépare du président russe. Au premier rang, Vladimir Poutine lui serre une nouvelle fois la main sous les flashs.

Le chef du Kremlin s’attendait-il à un tel enthousiasme de la part du Burkinabè ? Sur le plan diplomatique, il peut en tout cas espérer le soutien de Ouagadougou – qui s’était jusque-là abstenu – au prochain vote des Nations unies sur la guerre en Ukraine. « Vous avez le soutien du peuple burkinabè et de notre gouvernement sur la situation que vit la Russie avec l’opération spéciale », assure Traoré au cours de son tête-à-tête avec le président russe.

Des mangues contre des armes

Réouverture d’une ambassade et d’une mission militaire russe au Burkina Faso, augmentation des échanges commerciaux – dont un accord pour l’exportation de mangues – via un pont aérien direct entre Moscou et Ouagadougou, réservation de la majorité de l’importation d’hydrocarbures à la Russie… Alors que Vladimir Poutine écoute, le visage impassible, Ibrahim Traoré semble offrir son pays sur un plateau.

« Nous avons une position stratégique au cœur de l’Afrique de l’Ouest. Si un privé russe s’implante au Burkina Faso, il pourra vendre l’énergie à toute la sous-région », assure-t-il. En contrepartie, Traoré demande une centrale nucléaire, du pétrole et des infrastructures, offrant du même coup à la Russie de nouvelles portes de sortie pour ses exportations de gaz. Quant aux livraisons de céréales promises par Poutine, « nous ferons tout pour que la population sache que ça vient de la Russie », assure-t-il.

Concernant la vente de matériels militaires, « tout se porte bien », explique Traoré dans une interview accordée à l’agence de presse du Kremlin, Sputnik. « La Russie est un pays qui ne refuse rien », dit-il, reconnaissant. Aucune « restriction », aucun « refus de licence ». Moscou est même « prête à livrer gratuitement des armes » au Burkina Faso, déclare-t-il.

Fédération Burkina – Mali – Niger ?

Si le président de transition burkinabè a fait passer un message clair contre ses « partenaires traditionnels » et exprime sa forte volonté de se « tourner vers ses vrais amis », sa position dans la sous-région n’en reste pas moins délicate, alors que son pays est toujours sous sanctions imposées par la Communauté économiques des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao).

« Il faut que l’Afrique arrive à s’unir » répond Traoré à la journaliste de Sputnik qui lui demande où en est le projet de Fédération entre le Mali et le Burkina Faso. « Avec le Mali, on a la même armée, on fait tout ensemble », assure-t-il, avant d’inviter tout autre État intéressé à se joindre à leur projet. La proposition s’adresse-t-elle aussi au Niger, dont le président Mohamed Bazoum vient d’être renversé par des putschistes ?

« Au Niger, il y a eu des évènements qui ont poussé les militaires à prendre leur responsabilité », explique le chef d’État burkinabè. « On espère qu’avec la nouvelle donne, on pourra se soutenir. » Une déclaration qui fait écho au discours du général Tiani, moteur du coup d’État à Niamey, qui dénonçait à la télévision nationale le 28 juillet le refus par Mohamed Bazoum d’une « véritable collaboration avec le Mali et le Burkina Faso » dans la lutte contre le terrorisme.

La Source: JeuneAfrique.com

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