Marième Soumaré
Africa-Press – Niger. Les avocats du président nigérien déchu ont porté plainte devant la Cour régionale pour « arrestation et séquestration arbitraires ». Le délibéré est attendu le 30 novembre.
Réunis à Dakar lundi 6 novembre, les avocats de Mohamed Bazoum ont demandé à la Cour de justice de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) sa « libération immédiate » et le rétablissement de l’ordre constitutionnel au Niger. Le pool, mené par le Sénégalais Seydou Diagne, réunissait les avocats Moussa Coulibaly (Niger), Florence Loan (Côte d’Ivoire) et Brahim Ould Ebety (Mauritanie), et a présenté ses arguments aux juges d’Abuja en visioconférence.
Les avocats de Mohamed Bazoum n’ont pas pu s’entretenir avec leur client avant cette audience. Selon eux, voilà plusieurs jours qu’ils n’ont « plus de contact » avec l’ex-président nigérien, déposé le 26 juillet par le général Abdourahamane Tiani et sa junte, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie.
Retenu avec sa femme et son fils par les militaires depuis plus de cent jours, Mohamed Bazoum est accusé d’avoir tenté de s’évader dans la nuit du 18 au 19 octobre. Son téléphone lui a depuis été retiré et la surveillance de son lieu de résidence a été renforcée.
« Violation » des droits politiques de Bazoum
Ses avocats avaient déposé une requête devant la Cour de justice le 20 septembre. La procédure, étudiée en accéléré, a été mise en délibéré par les juges au 30 novembre. L’entourage de Mohamed Bazoum entend remporter une victoire symbolique en obtenant la condamnation des putschistes nigériens et mettre un terme à « la mode des coups d’États » dans la sous-région.
« Nous voulons que la Cour reconnaisse que ce que subissent Mohamed Bazoum et sa famille constitue une violation des droits humains, mais aussi qu’elle reconnaisse que l’interruption brutale de son mandat est une violation de ses droits politiques », a insisté Me Seydou Diagne devant la presse. « Est-ce acceptable qu’un État de droit puisse s’accommoder d’un putsch ? », avait-il plaidé un peu plus tôt devant les juges, estimant que le coup d’État constituait « une atteinte grave des droits de [son] client ».
« Mohamed Bazoum n’est pas détenu arbitrairement, a rétorqué l’avocate Hadizatou Seybou Saley, pour l’État du Niger. Ceux qui sont privés de leurs droits, ce sont les Nigériens qui subissent les décisions de la commission de la Cedeao. » Exclu des instances de la cour régionale, le Niger subit des sanctions économiques et financières qui touchent durement sa population. Les tentatives de médiation de la Cedeao ont, quant à elles, toutes échoué.
Relance de l’option militaire ?
En août dernier, la communauté régionale avait également brandi la menace d’une intervention, dont la perspective semble s’éloigner un peu plus chaque jour. Une éventuelle condamnation de l’État du Niger par la cour de justice ouest-africaine pourrait-elle relancer l’option d’une action militaire visant à restaurer Bazoum ? L’avocate du président déchu Florence Loan a appelé les juges d’Abuja à prendre une « décision courageuse ». « Il faut que la Cour dise fermement que les changements anticonstitutionnels sont illégaux, pour mettre fin aux visées putschistes dans la sous-région », a-t-elle insisté.
« La Cour n’a pas vocation à rétablir l’ordre constitutionnel », avaient toutefois défendu les avocats du Niger, qui estiment d’ailleurs irrecevable la plainte de Mohamed Bazoum. « Il jouit de tous ses droits et il est gardé dans sa maison pour sa sécurité », a assuré l’avocate Hadizatou Seybou Saley.
Le ministre de l’Intérieur nigérien, le général Mohamed Toumba, avait, lui, directement menacé tous ceux qui pourraient être tentés de rétablir Mohamed Bazoum au pouvoir : une « utopie », selon le militaire. « Si on force, c’est peut-être son cadavre qu’il faudra venir chercher »,a-t-il averti lors du dernier forum de Lomé sur la paix et la sécurité.
Source: JeuneAfrique
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