NIGER : Pourquoi la situation économique est catastrophique et la croissance tarde à s’améliorer ?

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Armoirie officielle du Niger

Anouar CHENNOUFI

Africa-Press – Niger. Nous analysons aujourd’hui la situation préoccupante de l’économie du Niger, qui est un pays semi-désertique entouré de terres, et dont les ressources naturelles sont très limitées, malgré que le pays possède le plus grand stock d’uranium au monde.

Le Niger souffre de vagues successives de sécheresse, de déforestation et de croissance démographique massive, autant d’obstacles majeurs à la croissance économique, alors que son économie dépend principalement des cultures de subsistance et de l’élevage, sachant que l’agriculture contribue à environ 25 % du PIB et constitue une source de subsistance pour 87 % de la population.

A noter que les Nations Unies ont classé le Niger, en 2016, au deuxième rang des pays les moins avancés du monde, et ce, en raison de multiples facteurs tels que l’insécurité alimentaire, le manque d’industrie, un taux de croissance démographique élevé, un secteur de l’éducation faible et peu d’opportunités d’emploi en dehors de l’agriculture de subsistance et du pastoralisme.

Du point de vue financier, le Niger partage une monnaie commune, à savoir le franc CFA*, et une banque centrale, la Banque des États de l’Afrique de l’Ouest, avec sept autres membres de l’Union monétaire ouest-africaine.

Spécimen de la monnaie « franc CFA »

(*Le franc CFA est une monnaie commune, la devise officielle des huit États membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo).

Vingt ans en arrière, en décembre 2000 plus exactement, le Niger s’est qualifié pour l’annulation de sa dette dans le cadre de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés et a conclu un accord avec le FMI (Fonds monétaire international) pour réduire la pauvreté et accroître la croissance. En décembre 2005, le Niger avait obtenu une remise de dette de 100 % FMI, qui a atteint la limite d’annulation d’environ 86 millions de dollars, de dette envers le Fonds monétaire international. Le Niger avait bénéficie également d’une aide au titre de l’initiative Pays Pauvres Très Endettés (PPTE).

Mais, depuis 2011, la dette publique avait augmenté quant à elle en raison des efforts visant à accroître les investissements publics, en particulier ceux liés aux infrastructures, ainsi qu’en raison de l’augmentation des dépenses de sécurité. Le gouvernement dépend des ressources des donateurs étrangers pour une grande partie de son budget fiscal.

Tout compte fait, la croissance au Niger a la chance de pouvoir s’améliorer à l’avenir si le pétrole, l’or, le charbon et d’autres ressources minérales soient mieux exploités.

Bien que le Niger dispose d’importantes réserves de pétrole, la baisse continue des prix du baril sur le marché international a réduit la rentabilité, et l’insécurité alimentaire et la sécheresse restent un problème permanent dans ce pays.

Selon les experts, le gouvernement actuel doit investir davantage dans l’irrigation.

FMI et Croissance économique

Le Fonds Monétaire International

Par ailleurs, l’effort fourni par le Niger pour réduire la pauvreté (premier objectif de développement durable), en réduisant ses taux de 45,1% à 37,9% au cours de 2021 (Plan de développement économique et social), et à 20% d’ici 2035 (Stratégie de développement durable et de croissance inclusive), est considéré comme le meilleur défi à relever.

Pourtant, jusqu’en 2019, et en dépit de la dégradation du contexte sécuritaire, de la fluctuation du cours des matières premières et de la fermeture de la frontière avec le Nigéria, la croissance du Niger restait élevée et les perspectives orientées favorablement avec le démarrage du projet d’exportation de pétrole brut. La croissance était de 5,9% en 2019, dopée par les investissements mis en œuvre dans le cadre de l’organisation du Sommet de l’Union africaine.

Un an après, en 2020, la crise sanitaire – le contexte mondial et les mesures prises par le gouvernement nigérien de mars à juillet 2020 pour contrer la pandémie (couvre-feu, fermeture des frontières) – ont fortement impacté l’économie nigérienne. Projetée initialement à 6%, la croissance économique du Niger devrait s’établir à 1,2% en 2020 selon le FMI, avec un rebond dès 2021 à 6,9% sur la base de la réouverture de la frontière avec le Nigéria et de l’atténuation des conséquences de la crise sanitaire.

Plus encore, sur la base de l’hypothèse d’exportations de pétrole brut dès 2022, le FMI table sur une croissance à moyen terme autour de 9%, tandis que pour 2022, la croissance est projetée à 12,8% et devrait se maintenir à deux chiffres avec l’augmentation de la production.

Les exportations pétrolières sont par ailleurs dépendantes d’un projet d’oléoduc. La part contributive de l’Etat à ce projet, qui était initialement de 45%, sur les recommandations des services du FMI a été réduite à 15% (soit 2,4% du PIB pendant deux ans). En 2020, elle a représenté 0,2% du budget. Les recettes attendues par le gouvernement à partir de 2022 seraient d’environ 2% du PIB. Compte tenu de la volatilité des prix du pétrole, il est crucial que le gouvernement mette en place des mécanismes de gestion appropriés de la rente pétrolière.

Qu’en est-il du surendettement au Niger

Surendettement

Le risque de surendettement du Niger reste modéré, malgré la mise à jour du cadre de viabilité de la dette du Niger intégrant les effets économiques et fiscaux de la pandémie de COVID-19. Alors que le niveau de la dette a presque doublé entre 2013 et 2017, la trajectoire d’endettement du Niger tend à se stabiliser. La dette s’établissait à 55,8% du PIB fin 2019 (53,8% en 2018), le service de la dette (intérêts et amortissements) s’élevant à 330 Mds FCFA (502 M EUR), soit 15% du budget et 28% des recettes fiscales. Le Niger a signé l’accord pour bénéficier de l’initiative sur la suspension des intérêts de la dette (DSSI) le 17 décembre 2020.

Qu’est-ce qui se cache derrière les inégalités de genre?

Alliance contre les inégalités au Niger

Les questions d’égalité des sexes, d’autonomisation des femmes et de leur participation au processus de développement, font face à d’énormes difficultés au Niger, où l’indice d’inégalité entre les sexes est l’un des plus élevés au monde (0.713) et en 2018, les femmes représentaient environ 52,4% de la population nigérienne, avec un taux moyen de fécondité des femmes de 7,6 enfants par femme, malgré les efforts récents déployés des deux côtés ‘législatif et réglementaire’, les inégalités entre les sexes sont toujours ancrées dans le pays, et elles sont évidentes dans les disparités claires entre les hommes et les femmes en termes d’accès aux services sociaux de base, aux ressources productives (terre), à l’éducation, aux services et marchés financiers, et au niveau de la prise de décision.

Les moyens de subsistance des habitants du Niger dépendent principalement de l’agriculture et de l’élevage à petite échelle, pour cette raison le secteur représente plus de 85% de la main-d’œuvre du pays.

Le classement du PIB se caractérise par sa relative stabilité, où le secteur fait travailler le plus dans le secteur agricole (44,3% du PIB en 2018), suivi par le secteur des services (35 %) et le secteur industriel (9,14 %).

Quant au secteur rural, il est sérieusement affecté par les effets négatifs du changement climatique qui ont de très mauvais impacts sur l’agriculture et conduisent à la dégradation des ressources naturelles.

Par ailleurs, malgré la stabilité du climat politique, les attaques fréquentes de groupes terroristes situés dans les régions de Diffa (dans le bassin du lac Tchad), Tillabéri et Nord Tahoua où l’état d’urgence se poursuit, menacent la sécurité.

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