Volontaires pour la défense de la patrie au Niger : cinq questions pour comprendre l’appel à la mobilisation

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Volontaires pour la défense de la patrie au Niger : cinq questions pour comprendre l’appel à la mobilisation
Volontaires pour la défense de la patrie au Niger : cinq questions pour comprendre l’appel à la mobilisation

Manon Laplace

Africa-Press – Niger. Plusieurs organisations de la société civile ont appelé au recrutement de citoyens pour faire face à une éventuelle intervention armée de la Cedeao. Une initiative suivie par des milliers de Nigériens, même si le processus n’a pas officiellement démarré.

Le samedi 19 août, une foule de Nigériens, de jeunes hommes pour l’immense majorité, affluait aux abords du Stade Seyni-Kountché à Niamey. Tous répondaient à l’appel au recrutement de « Volontaires pour la défense de la patrie » (VDP) lancé par deux organisations de la société civile face à la menace d’une intervention armée de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) après le putsch du général Abdourahamane Tiani, le 26 juillet.

« Débordées », de leur propre aveu, par l’affluence de volontaires, ces organisations ont depuis suspendu le processus de recrutement. Elles ambitionnent aujourd’hui de l’organiser « à travers tout le pays ». Sans suivre le modèle burkinabè, où les VDP sont déployés sur le terrain dans le cadre de la lutte contre les groupes jihadistes en renfort de l’armée, les futurs supplétif civils nigériens, s’ils étaient mobilisés, entendent avant tout s’ériger en tant que « boucliers » contre une opération militaire étrangère.

1. Comment est né l’appel aux volontaires pour la défense de la patrie ?

L’appel au recrutement des VDP au Niger est avant tout une manière, pour une partie du peuple nigérien, de bander les muscles face à la Cedeao. Quatre jours à peine après le coup d’État, l’instance sous-régionale avait en effet annoncé n’exclure aucune option pour rétablir le président déchu Mohamed Bazoum dans ses fonctions.

Le 10 août, l’option militaire était officiellement retenue par les chefs d’État ouest-africains. Une décision qui, à Niamey, a poussé plusieurs organisations de la société civile à appeler au recensement de VDP.

Celles-ci ont alors exhorté les Nigériens, en particulier les jeunes, à venir se faire recenser en tant que volontaires face à la menace d’une « agression extérieure », raconte Younoussou Hima, coordonnateur de « Volontaires pour un Niger prospère », l’une des structures à l’initiative de l’appel. Objectif ? « Défendre le Niger contre ces États qui en manipulent d’autres pour les pousser à nous attaquer », dénonce-t-il en accusant ouvertement la France d’être derrière la décision de la Cedeao.

2. Combien de volontaires recrutés à ce jour ?

Si des milliers de personnes se sont mobilisées le 19 août, leur recensement précis a été rendu impossible par leur forte affluence, assurent les organisateurs. Ces derniers revendiquent 40 à 60 000 aspirants VDP présents ce jour, à Niamey. Des chiffres impossibles à vérifier, bien que les images filmées ce jour-là montrent en effet des milliers de Nigériens massés aux abords du stade Seyni-Kountché.

Forcés d’interrompre le processus, les organisateurs promettent deux nouvelles phases de recrutement. Une première dans la capitale nigérienne à partir du 9 septembre ; puis une seconde, à travers les régions du pays à partir du 18. « Nous visons d’établir cinq-cent quarante centres de recensement à travers cent villes, départements et communes », détaille Younoussou Hima.

Les volontaires pourront être des hommes ou des femmes sans distinction de genre, assure le militant. Tous devront être âgés au minimum de 18 ans et jugés « physiquement aptes ».

3. Dans quel cadre légal seront déployés les VDP ?

Si, au Burkina Faso voisin, le statut des VDP est défini par une loi adoptée en 2020 sous la présidence de Roch Marc Christian Kaboré, aucun texte n’encadre pour l’heure le recrutement et l’action des citoyens enrôlés au Niger.

L’initiative – « spontanée » comme le rappellent ses auteurs – « n’a jamais été discutée avec les autorités », précise Younoussou Hima assurant n’avoir jamais été en contact avec les militaires putschistes aujourd’hui au pouvoir.

Ces VDP seront-ils armés ? « La première étape, c’est leur recrutement », fait savoir notre interlocuteur. « Nous n’avons pas prévu de les armer. Si le Niger est attaqué, la mission pour laquelle ils se portent volontaires sera de faire barrage, d’être des boucliers pour empêcher l’envahisseur d’avancer jusqu’au palais présidentiel. S’ils veulent rétablir Mohamed Bazoum, il faudra rouler sur le corps des Nigériens », affirme-t-il. Au risque d’en faire de la chair à canon ? « Les volontaires sont prêts à donner leur vie pour leur pays. L’Histoire se souviendra d’eux comme les sauveurs du Niger souverain », clame Younoussou Hima.

4. En quoi le recrutement de civils marque-t-il un virage par rapport à la stratégie de Mohamed Bazoum ?

Dans sa lutte contre les groupes jihadistes qui déstabilisent le Niger, Mohamed Bazoum s’est toujours fermement positionné contre le recrutement de supplétifs civils. Bien que l’initiative actuelle ne soit pas revendiquée par les autorités militaires, elle tranche radicalement avec la stratégie du président renversé.

« Si les terroristes sont plus forts et plus aguerris que l’armée, comment des civils pourraient-ils leur résister ? Distribuer des armes à des civils est une erreur tragique, qui expose à deux types de risques : celui d’en faire des proies faciles pour les terroristes et celui de voir se multiplier les abus et exactions, car nul ne contrôle la moralité et le comportement de gens recrutés à la hâte et lâchés dans la nature. C’est hélas exactement ce qui se passe [au Burkina Faso] », estimait Mohamed Bazoum dans une interview accordée à Jeune Afrique, en mai.

5. Les VDP nigériens, équivalents locaux des VDP burkinabè ?

A priori, la mobilisation des VDP au Niger, si elle devait avoir lieu, ne servirait pas le même but que celle de leurs homologues burkinabè. Ici, l’objectif est de faire face « à une invasion de la Cedeao », assure le coordonnateur de « Volontaires pour un Niger prospère ».

Le militant n’exclut toutefois pas que, « dans un second temps, les VDP soient mis à la disposition du CNSP [le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie, la junte qui a pris le pouvoir] qui pourrait décider de les mettre à contribution dans la lutte contre le terrorisme ».

Au Burkina Faso voisin, le capitaine Ibrahim Traoré a fait du recrutement de supplétifs civils un pilier de sa stratégie de lutte contre les groupes jihadistes. À peine investi, fin 2022, il annonçait ainsi l’objectif de recrutement de 50 000 VDP.

Source: JeuneAfrique

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