Africa-Press – Niger. Signe d’une détérioration de la situation financière de Niamey sous l’effet des sanctions régionales, l’agence de notation américaine a réduit par trois fois la note de crédit du pays depuis le putsch contre le président élu Mohamed Bazoum.
C’est le troisième déclassement en seulement huit mois. Le 9 février, l’agence internationale de notation Moody’s a encore une fois dégradé la note de crédit du Niger, signalant une nouvelle détérioration de la santé financière du pays.
Niamey voit cette fois-ci sa classification passer de Caa2 à Caa3, indiquant des obligations de très mauvaise qualité et un risque de crédit particulièrement élevé pour ses engagements à long terme en monnaies locales et étrangères.
En août 2023, deux semaines après le coup d’État au cours duquel le président élu Mohamed Bazaoum a été renversé par le général Abdourahamane Tiani, le pays avait vu sa note souveraine passer à B3, signalant un « investissement spéculatif » accompagné d’un « risque de crédit considérable ». Trois mois plus tard, en novembre, bis repetita: celle-ci avait alors été abaissée à Caa2. Cette profonde incursion dans le territoire spéculatif est attribuable à l’accumulation de dettes impayées.
Selon les données d’UMOA-Titres, l’organisme en charge de la gestion des émissions de dette régionale par adjudication, entre le 29 juillet 2023 et le 5 février 2024, l’État nigérien a vu s’accumuler des arriérés de paiement sur sa dette s’élevant à 300 milliards de F CFA (environ 490 millions de dollars), représentant 2,9 % de son produit intérieur brut (PIB). Moody’s prévoit que les obligations en devises locales qui arriveront à maturité en 2024 représenteront presque 6 % du PIB.
Sanctions lourdes
D’après l’agence de notation, cette situation résulte des sanctions imposées par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et suivies par l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), après le coup d’État militaire.
« Ces sanctions ont exacerbé les difficultés économiques, entravant davantage la capacité du gouvernement à honorer ses engagements de dette », peut-on lire dans le rapport. La décision du Niger, appuyée par celle du Mali et du Burkina Faso, de quitter la Cedeao complique davantage les chances de voir levées les sanctions imposées par ce bloc économique régional.
Revenus pétroliers
Néanmoins, en dépit de ces défis, Moody’s ajuste la perspective du Niger de « négative » à « stable ». Cette révision est motivée par l’attente d’une augmentation des revenus en devises étrangères du Niger en 2024, grâce à la mise en service du pipeline pétrolier vers le Bénin. L’oléoduc de près de 2 000 km reliant le Niger au port de Sèmè au Bénin a été inauguré en novembre 2023, ouvrant pour la première fois la voie à l’exportation du pétrole brut nigérien sur les marchés internationaux.
Avec des réserves totales estimées à 2 milliards de barils, le Niger ambitionne d’atteindre une production de 200 000 barils par jour d’ici à 2026. Ainsi, les exportations pétrolières pourraient représenter un quart du PIB nigérien (soit plus de 13,6 milliards de dollars) et environ 50 % de ses recettes fiscales.
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