Thaïs Brouck, Louise Margolin, Nelly Fualdes
Africa-Press – Niger. Au lendemain du coup de force militaire, de l’annonce de la destitution de Mohamed Bazoum, et de la fermeture des frontières, le monde économique nigérien est dans l’expectative.
À Niamey, ce matin du 27 juillet, les boutiquiers ont levé le rideau plus tard qu’à leur habitude. La veille, vers 23h30, l’armée a annoncé la création d’un Conseil national de sauvegarde de la patrie (CNSP), la destitution de Mohammed Bazoum – que ce dernier n’avait, jeudi soir, pas officiellement accepté – , la suspension de la Constitution et la fermeture des frontières.
Pourtant, ce n’est pas le coup de force qui a perturbé l’activité des commerçants mais les torrents d’eau qui se sont abattus sur la ville. Car, dès la première éclaircie, la vie semblait reprendre son cours normal dans la capitale nigérienne.
« Les vendeuses de beignets sont de sortie, les gens vaquent à leurs occupations, témoigne un habitant de la capitale. La seule différence, par rapport à un jour normal, c’est que chacun suit l’évolution de la situation depuis un poste radio ».
« Les marchés sont ouverts, aucune entreprise n’a fermé, c’est business as usual à Niamey, confirme Abdoul Aziz Boubakari, ancien secrétaire exécutif du Conseil National du Patronat nigérien (CNPN). Il est encore difficile d’anticiper les répercussions de cette crise sur les entreprises du pays, mais nous ne sommes pas particulièrement inquiets. Les militaires sont parfois plus concernés par l’économie que les civils ».
Les activités minières se poursuivent
Du côté des mines, l’un des moteurs historiques de l’économie du pays, la prudence est de mise. Leurs activités sont situées dans le nord du pays à plusieurs centaines de kilomètres de la capitale. »L’événement n’a pas d’impact sur les activités de l’entreprise », indique Stephen G. Roman, PDG de l’entreprise canadienne Global Atomic, qui développe le projet de Dasa.
Le groupe français Orano, présent au Niger depuis plusieurs décennies, notamment sur la mine de Somaïr, a précisé à Jeune Afrique que ses activités se poursuivaient mais que « la direction d’Orano suit avec attention les événements survenus au Niger, en lien avec le management local et les autorités nigériennes et françaises. […] Une attention particulière est portée afin d’assurer la sécurité de l’ensemble de nos collaborateurs et de nos sites sur place ».
Le coup d’État ne semble donc pas, dans l’immédiat, avoir de conséquences directes sur l’activité du pays. Pourtant, les coups de force dans les autres pays du Sahel ont eu d’importantes répercussions sur leurs économies. Les pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) avaient par exemple décidé de sanctionner Bamako avec la mise en place d’un embargo.
Les transactions commerciales ont été suspendues pendant de longs mois. Ces sanctions ont porté un grand coup à tous les secteurs d’activité du pays qui a frôlé la récession au début de 2022. Le Mali ne parvenait plus à emprunter sur le marché obligataire et a vu sa note souveraine dégradée. Mais, alors que la situation reste encore confuse à Niamey, il est bien trop tôt pour imaginer un scénario similaire pour le Niger.
Le secteur aérien également perturbé
En quelques heures, ce sont pas moins de quatre Notam, ces messages aux navigants et compagnies aériennes, qui ont été émis par l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (Asecna).
À deux heures du matin, ce 27 juillet, les fermetures des aéroports de Niamey, Agadez et Zinder ont été annoncées puis, à 6 heures, le survol de l’espace aérien nigérien a été interdit à tous les vols. Ces quatre mesures courent jusqu’au 4 août, 23h59. Contactée par Jeune Afrique, l’Asecna précise que les Notam constituent une donnée purement technique, l’agence n’étant pour rien dans la détermination de ces mesures.
Air France, qui dessert la destination à raison de quatre vols par semaine, avait pris les devants dès le 26 juillet, au vu de la situation, déroutant son vol Lomé-Niamey-Paris directement sur l’aéroport Charles-de-Gaulle, sans l’escale initialement prévue à Niamey. Contactée Jeune Afrique, Air France indique avoir pour l’instant annulé ses vols des 27 et 29 juillet, et mis en place un dispositif d’évitement de survol de cette zone ce qui peut rallonger la durée de certains vols.
Asky, de son côté, voit l’un de ses Boeing 737-800, qui avait atterri le 26 juillet, toujours bloqué à l’aéroport international Diori-Hamani, avec son équipage. L’avion aurait normalement dû décoller à 8h40 ce 27 juillet, en direction de Cotonou et Lomé.
Tunisair, Royal Air Maroc, Air Côte d’Ivoire, Air Algérie ou encore Ethiopian Airlines figurent parmi les autres compagnies desservant le pays, mais leurs appareils avaient tous, selon nos informations quitté le pays au moment du putsch.
La Source: JeuneAfrique.com
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