Africa-Press – Niger. Le métavers promet un changement dans divers secteurs, à condition que le continent africain se saisisse de tous les enjeux.La réalité virtuelle, la réalité augmentée, le métavers ont connu une croissance forte grâce à leur adoption dans l’industrie de la création et des jeux. Cette adoption croissante a ouvert aussi la voie à de nouvelles applications et utilisations de ces technologies. L’essor des métavers en entreprise est le résultat de l’évolution de la technologie, mais aussi de la nécessité pour les entreprises de s’adapter aux nouvelles réalités du travail à distance.
Deux types de métavers sont à distinguer. Le métavers industriel, tout d’abord, est orienté vers les entreprises et les opérations internes. Il se concentre sur l’utilisation de technologies avancées telles que les jumeaux digitaux (usine par exemple), l’Internet des objets, l’intelligence artificielle. Entre autres, il se distingue par son levier de valeur orienté vers la réduction des coûts. Il s’agit souvent d’un environnement plus restreint et ciblé, où les entreprises exploitent des technologies pour optimiser leurs opérations internes. Les environnements immersifs des métavers peuvent présenter un accélérateur à la collaboration notamment au sein des équipes de travail, en renforçant les liens entre les individus grâce à des événements de réseaux virtuels ou des jeux en équipe. Cette approche de collaboration offre aussi une plus grande flexibilité pour les employés, leur permettant de travailler à distance tout en ayant l’impression d’être réunis dans un lieu physique commun. Des applications concrètes sont évidentes dans la maintenance avec aussi des moyens pour limiter des risques physiques.
Le métavers public, autre grand domaine d’application, met l’accent sur des expériences davantage axées vers les domaines commercial et marketing. L’objectif de ce type de métavers est de concevoir des espaces virtuels captivants et engageants destinés au grand public. Les entreprises peuvent créer des espaces virtuels où les clients peuvent explorer et interagir avec leurs produits ou services en immersivité. Elles peuvent également organiser des événements virtuels, tels que des lancements de produits ou des salons professionnels, où les clients peuvent interagir avec des représentants de l’entreprise et d’autres clients.
En Afrique, on observe une multiplication récente des initiatives liées au développement des métavers dans des domaines variés, notamment à travers trois objectifs: former, partager et échanger.
Des opportunités dans plusieurs secteurs clés
Les apports des métavers dans le champ éducatif reposent sur l’expérience immersive unique qu’ils offrent à leurs utilisateurs. Ce cas d’usage est essentiellement utilisateur de la réalité virtuelle et dans les domaines techniques et scientifiques sont importants en Afrique. Les applications spécifiques mises en œuvre sont influencées par les capacités et les caractéristiques de la réalité virtuelle, mettant en avant la dimension immersive et interactive. Cet enseignement éducatif peut s’appuyer sur la neuro-éducation et la technologie pour créer des expériences d’apprentissage qui maximisent l’ancrage des connaissances des apprenants. Ces expériences permettent d’améliorer l’attention et la captation des savoirs grâce à son approche phygitale et immersive. Le métavers permet notamment de développer l’apprentissage par la pratique, en offrant une plateforme pour des rencontres, des formations, des interactions d’apprentissage en réseau, ainsi que des outils pour la création de contenu. Plus concrètement, ces technologies permettent, par exemple, de proposer du matériel éducatif interactif en offrant aux élèves un accès visuel à des concepts abstraits, leur permettant d’expérimenter des simulations et d’aborder les concepts de manière interactive afin de mieux les comprendre.
La santé et les technologies en croissance
Dans le secteur de la santé en Afrique, les technologies autour des métavers offrent des perspectives d’apprentissage novatrices. En effet, les étudiants peuvent s’exercer via des outils de simulation et de reproduction d’opérations chirurgicales leur permettant de véritablement explorer le corps humain. La pratique dans ces environnements virtuels immersifs est bien plus efficace que l’apprentissage traditionnel. Le développement de ces projets dans le secteur de la santé pourrait permettre de renforcer l’étendue et la qualité de la formation de médecins et de chirurgiens en Afrique, réduisant ainsi la pénurie de personnel de santé sur le continent. Les formations en chimie, physique, nécessitant des laboratoires peuvent trouver aussi une solution via les métavers. D’ores déjà pour l’enseignement plus généraliste des solutions sont proposées en Afrique telles que PraxiLabs en Égypte (laboratoire de science), mais aussi pour les plus jeunes (Arifu au Kenya ou Gidi au Nigeria).
L’avenir des industries créatives et culturelles
En accordant plus de liberté dans la création et dans la consommation d’expériences, le métavers apparaît comme un véritable moyen de révolutionner les industries culturelles et créatives, permettant de se défaire des cloisons imposées par l’Internet traditionnel. En Afrique, le développement de projets de métavers visant à favoriser la création artistique permet de stimuler l’émergence de nouveaux artistes sur le continent et de mettre en valeur son patrimoine. Il est également possible de créer et de reproduire des musées entiers dans les environnements virtuels. Le développement de ces musées virtuels constitue une véritable opportunité pour promouvoir l’art africain à l’échelle mondiale. Les musées virtuels offrent un moyen de contourner les contraintes géographiques, permettant ainsi d’accroître le nombre de visiteurs et de valoriser le patrimoine culturel du continent.
Enfin, les métavers sont aussi un moyen de valoriser et de préserver le patrimoine matériel africain, tels que les villes, les milieux naturels ou les monuments. En effet, il est possible de reproduire dans des environnements virtuels des sites touristiques dans lesquels on peut se balader. Cela permet de promouvoir le patrimoine africain tout en le préservant du tourisme de masse, qui peut entraîner une détérioration de ces lieux. De plus, le développement des environnements virtuels constitue un moyen de contourner les contraintes géographiques et de combler les retards du continent africain en termes de flux touristiques. Au-delà de faciliter le partage des sites touristiques africains à l’échelle mondiale, il est possible de créer des environnements du passé dans les métavers. Les environnements virtuels fonctionnent alors comme des machines à remonter le temps, et les utilisateurs peuvent visiter des monuments qui sont aujourd’hui détruits ou de revivre des époques révolues (Jazz in the native Yards, Afrotales, Metatut City, etc.).
Les métavers représentent aussi une opportunité de développement considérable dans le secteur du commerce électronique encore en retard en Afrique. Les métavers offrent des expériences immersives aux utilisateurs qui peuvent alors véritablement tester les produits, les incitant ainsi davantage à procéder à l’achat. L’interaction avec les produits proposés est accrue, créant également une expérience client plus engageante que les sites Internet traditionnels. Le développement du métavers en Afrique dans le secteur de la collaboration et de la communication est encore en émergence, mais il est porteur de croissance et d’expansion. Africavars ou Bitnob sont des exemples de start-up africaines dans ce domaine.
Le développement de projet de métavers entraîne des nouveaux besoins industriels, sur lesquels l’Afrique doit se positionner. Afin d’accéder au métavers, un certain nombre d’équipements sont nécessaires, tels que les casques ou les lunettes de réalité virtuelle ou les capteurs sensoriels. L’Afrique doit encourager le développement d’usines pionnières afin de répondre à ces besoins d’outillage. Actuellement, le développement industriel africain est insuffisant et constitue un frein pour son développement économique. La coopération régionale et continentale est un enjeu majeur du développement des métavers. Des pays peuvent s’associer entre eux ou tisser des liens avec le secteur privé afin de stimuler l’innovation et de mener des projets concrets. En Afrique, plusieurs initiatives visent à stimuler la collaboration à l’échelle du continent, notamment l’alliance Smart Africa.
* Jean-Michel Huet, associé BearingPoint, Mohamed Faical Nebri, manager BearingPoint, Ghizlane Akouz, sénior consultante BearingPoint, Yann Marcillon, consultant BearingPoint.
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