Pourquoi Africa Finance Corporation veut mettre les monnaies locales au goût du jour

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Pourquoi Africa Finance Corporation veut mettre les monnaies locales au goût du jour
Pourquoi Africa Finance Corporation veut mettre les monnaies locales au goût du jour

Mathieu Galtier

Africa-Press – Niger. L’institution financière détenue par plusieurs États émettra des obligations en monnaies africaines pour financer les infrastructures du continent. Un big bang financier attendu par de nombreux acteurs.

Une révolution copernicienne, rien de moins. « Les discussions avec l’Afrique du Sud sont sur la table. Deux autres pays nous ont approchés » pour émettre des obligations libellées en monnaies locales afin de financer les projets d’infrastructures continentaux. En quelques mots distillés à l’agence Bloomberg la semaine dernière, Samaila Zubairu, le PDG de l’Africa Finance Corporation (AFC), institution financière créée par plusieurs pays africains, a esquissé le nouveau rapport de force qu’il souhaite instaurer entre investisseurs et États.

« Quand les obligations sont émises en dollars, les émetteurs et les souscripteurs vivent dans l’illusion, celle de la garantie apportée par le partenaire tiers, que ce soit les États-Unis, le FMI, etc. Avec ces obligations en monnaies locales, plus personne ne pourra se cacher. On pourra mesurer la crédibilité des pays à rembourser et celle des investisseurs à vraiment croire dans les politiques de développement », juge Bassem Snaije, fondateur de la société de conseil financier, Cosmos Advisors, et professeur associé à Sciences Po Paris, pour qui ce passage à l’acte était « absolument nécessaire ».

Une inflation incontrôlée ?

Pour le dirigeant nigérian de l’AFC, ce nouveau véhicule financier doit avant tout permettre de « réduire les risques liés aux investissements dans les infrastructures. Les revenus sont en monnaies locales, le financement doit être en monnaie locale ». D’un autre côté, le risque est de créer une inflation incontrôlée, car non garantie, mais qui doit être compensée par l’apport de devises des investisseurs étrangers. Mais ces derniers sont-ils prêts à sauter dans l’inconnu ?

« Les économies émergentes ont tiré les leçons des crises passées, ce qui a conduit à des politiques budgétaires plus disciplinées et à des politiques monétaires plus proactives. C’est pourquoi nous pensons que les marchés émergents en monnaie locale seront incontournables à l’avenir », analysent Carl Vermassen et Thierry Larose, du cabinet suisse Vontobel Asset Management. Dans un premier temps, les pays africains aux fondamentaux financiers les plus solides, Afrique du Sud en tête, bénéficieront de cet attrait pour ces obligations en monnaies locales, au risque d’assécher encore un plus l’accès au financement pour les marchés émergents.

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Mais, dans une optique de cercle vertueux, ces derniers pourraient se mettre à niveau en matière de transparence macro-économique, favorisant des investisseurs nationaux, jusqu’ici délaissés. « Les solutions en monnaie locale sont également mieux placées pour surmonter les obstacles réglementaires auxquels sont confrontés les investisseurs institutionnels locaux, tels que les fonds de pension, les assurances et les banques, qui les empêchent dans de nombreux cas de participer aux structures de financement en devises fortes », estime ainsi Kagwe Njoroge, analyste chez GuarantCo, société financière du Private Infrastructure Development Group, financé par les gouvernements du Royaume-Uni, de la Suisse, de l’Australie et de la Suède.

Dédollarisation accélérée

Les obligations en monnaies locales accéléreront la dédollarisation du continent favorisée par la tendance mondiale à la rétraction monétaire. C’est d’ailleurs pour accompagner ce phénomène que la Banque africaine de développement (BAD), présent au conseil d’administration de l’AFC, a choisi cette voie.

Une voie ouverte l’été dernier par la New Development Bank (NDB), créée par les Brics. Cette dernière avait alors émis pour 1 milliard de rands sud-africains (55 millions de dollars) d’obligations. Dilma Rousseff, présidente de la NDB et ancienne cheffe d’État du Brésil, a annoncé qu’elle prévoyait de prêter environ 30 % des fonds en devises locales.

La BAD estime que les besoins en financement d’infrastructures se montent entre 130 et 170 milliards de dollars, et que, chaque année, le déficit oscille entre 68 milliards et 108 milliards de dollars. Depuis sa création en 2007, l’AFC a investi, en dollars et en francs suisses, l’équivalent de 12,7 milliards de dollars dans 36 pays.

« On ne sait pas si ça va marcher, mais dans les couloirs des institutions financières internationales, on ne parle que de ça. L’ancien système basé sur le dollar et le tampon du FMI a montré ses limites », conclut Bassem Snaije.

Source: JeuneAfrique

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