Africa-Press – Niger. Vendredi 11 mars 2011. Ce jour-là, tous les regards sont braqués sur les côtes nord-est du Japon. À 14 h 46, heure locale, un séisme de magnitude 9,1 sur l’échelle de Richter, secoue l’archipel. Dans son sillage, un tsunami s’abat sur la façade pacifique de l’île d’Honshū. La mer envahit la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, l’eau et les gravats endommagent son système de refroidissement, l’alimentation électrique est coupée, les générateurs de secours noyés. La catastrophe nucléaire n’est plus bien loin.
À plus de 10 000 km de là, dans la capitale nigérienne, le drame est scruté avec inquiétude. En effet, le Niger possède l’une des plus grandes réserves d’uranium en Afrique et, grâce à sa production de plus de 4 351 tonnes en 2011, il s’est classé au quatrième rang mondial des pays producteurs. Mais l’accident de Fukushima, la montée de discours hostiles au nucléaire en Occident et sa fin programmée en Allemagne font chuter les cours du précieux minerai : de 70 dollars la livre en 2011, son prix a dégringolé à 50 dollars en 2012.
Depuis, la conjoncture ne s’est pas améliorée. En 2019, le prix de l’uranium est descendu à 20 dollars la livre et, selon les données de la World Nuclear Association (WNA), en dix ans, le Niger a presque divisé par deux sa production, passée à 2 291 t en 2020. Une baisse lourde de conséquences pour le pays, dont l’uranium est quasiment la seule ressource minière à l’exportation.
Si la catastrophe nucléaire a complètement bouleversé le cours de l’uranium à l’échelle mondiale, d’autres facteurs, endogènes, expliquent la baisse de la production au Niger. En effet, de nombreux spécialistes s’accordent à dire qu’il existe une corrélation entre la baisse de l’exploitation et la découverte de champs d’hydrocarbures dans le sud du pays.
Depuis 2011, Niamey est en effet devenu producteur de pétrole, dont il a confié l’exploitation à la China National Petroleum Corporation (CNPC). Désormais, le pays projette de devenir l’un des plus grands pays producteur et exportateur d’hydrocarbures en Afrique de l’Ouest et investit dans de grands projets – comme le pipeline Niger-Bénin financé à hauteur de 2 milliards de dollars par l’État – qui doivent lui permettre de porter sa production à 110 000 barils par jour (b/j) à l’horizon 2025, contre 20 000 b/j aujourd’hui.
La baisse de la production d’uranium résulte par ailleurs de choix décisifs opérés ces dernières années par le principal extracteur et producteur d’uranium. Exploitant le minerai depuis plus de cinquante ans dans le nord du Niger, Orano (ex-Areva) y est présent à travers la Société des mines de l’Aïr (Somaïr), Imouraren SA et la Compagnie minière d’Akouta (Cominak).
Compte tenu de la chute des cours et du tarissement des réserves, la multinationale française a mis en suspens une partie de ses activités dans la région de l’Aïr (nord du Niger). Le 31 mars 2021, la mine d’Akouta (région d’Agadez), exploitée depuis plus de dix ans par la Cominak et propriété à 31 % de la société nigérienne Sopamin, a ainsi cessé sa production.
Alors que la direction de la Cominak justifiait la fermeture de la mine par l’épuisement des réserves, un ancien cadre de la filiale française, contacté par JA, évoque aussi des problèmes économiques. « En 2014-2015, les dirigeants ont jugé que l’exploitation d’Akouta n’était plus rentable, confie-t-il. Et l’inflexion des prix à l’échelle mondiale les a en grande partie poussés à revoir leurs ambitions nigériennes dans ce secteur. » L’arrêt des activités du gisement d’Akouta a évidemment eu de lourdes conséquences, en particulier pour les 600 employés qui ont été licenciés.
Orano, qui avait à maintes fois reporté l’exploitation de son gisement d’Imouraren (au nord d’Agadez), y reprend progressivement ses activités de développement. Aujourd’hui, seule la mine de la Somaïr, l’autre filiale du groupe, est encore exploitée mais ses activités ont été réduites de moitié ces cinq dernières années. En effet, avec la chute des cours, l’exploitation des gisements d’uranium est devenue de moins en moins rentable pour Orano. Par ailleurs, la montée en puissance de discours hostiles au nucléaire et la fermeture de centrale de Fessenheim (en France) en 2020, ont poussé le géant français à revoir ses ambitions, notamment en matière de production.
Outre la crise liée au marché de l’uranium, des scandales à répétition ont aussi fini par ternir l’image d’Orano au Niger. Parmi eux, l’affaire de « l’uraniumgate ». En février 2017, le journal Le Courrier a accusé l’État du Niger d’avoir caché, en 2011, environ 300 millions de dollars provenant des comptes de la Sopamin à BNP-Paribas sur un compte bancaire à Dubaï.
Ces soupçons ont entraîné une enquête parlementaire pour comprendre quel avait été le circuit de cette transaction – qui correspondait à la vente d’une importante quantité d’uranium par Areva. Une transaction douteuse, dans laquelle on retrouve le nom de nombreux acteurs, dont l’actuel chef de la diplomatie, Hassoumi Massaoudou. Areva a affirmé avoir perdu 18 millions de dollars dans cette affaire qui demeure non élucidée. En conséquence, le Niger avait été suspendu en 2017 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (Itie), l’organisation faisant valoir « des progrès insuffisants, notamment en matière de gouvernance du secteur ».
Malgré la mauvaise conjoncture, de nouveaux acteurs parient désormais sur l’uranium nigérien. Au premier trimestre de 2020, l’État a accordé quatre permis de recherche d’uranium à la compagnie Loxcroft Resources Ltd, à Tchirozérine et à Arlit, dans la région d’Agadez. En contrepartie, l’entreprise s’est engagée à investir 8 millions de dollars dans ses projets.
Le canadien GoviEx (Govi High-Power Exploration) qui monte actuellement en puissance, avait, dès 2019, engagé la construction d’un complexe minier pour exploiter l’uranium à Madaouéla, près d’Arlit, dans le nord du pays. Ce complexe qui s’étend sur 243 km2 a engendré un investissement d’environ 670 millions d’euros.
Pour plus d’informations et d’analyses sur la Niger, suivez Africa-Press





