Mathieu Galtier
Africa-Press – Niger. Dans les tuyaux depuis des mois, le désinvestissement de la banque française se précipite, signe d’un recentrage du monde bancaire occidental sur son pré carré.
La 17e banque mondiale accélère son départ du continent, comme en témoigne la rumeur récente d’un retrait du Maroc. L’information a son importance mais ce qui en a peut-être davantage, c’est ce que la stratégie de Société générale (SG) révèle du bouleversement en cours dans le monde de la finance. Profondément secoués par la crise de 2008, les établissements financiers occidentaux se montrent de plus en plus prudents, préférant se recentrer sur leur pré carré. Les acteurs africains, privés comme étatiques, en profitent pour modeler le nouveau visage du secteur.
1 – Pourquoi Société générale quitte-t-elle l’Afrique ?
Au début des années 2000, le continent africain était vu par les financiers occidentaux comme le terrain où investir. Aujourd’hui, le temps du désengagement est venu. Depuis 2022 et la vente de 7,4 % du capital qui lui restait dans le sud-africain Absa, la banque britannique Barclays n’a plus aucune participation en Afrique. La même année, son concurrent direct Standard Chartered a quitté cinq pays (Angola, Cameroun, Gambie, Sierra Leone et Zimbabwe). La banque dirigée par Bryan Sanderson s’apprête également à quitter la Côte d’Ivoire.
Du côté de l’Hexagone, BNP, le groupe BPCE et Crédit agricole se sont aussi massivement désinvestis de leurs zones historiques, l’Afrique de l’Ouest et le Maghreb. La « SocGen » suit un mouvement entamé depuis un certain temps.
Deux raisons principales sont avancées pour expliquer ces retraits: des performances économiques qui ne sont pas à la hauteur ni aussi rapides qu’escomptées et les difficultés pour les filiales à répondre aux règles de conformité, rendues plus strictes après la crise financière de 2008. En ralentissant la croissance, la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine ont catalysé les difficultés et accéléré les départs.
Société générale traverse également une crise interne. En 2023, ses résultats nets devraient baisser de 26,1 % par rapport à 2022. Le plan stratégique du nouveau dirigeant Slawomir Krupa, jugé conservateur et opaque par les analystes, et la fusion avec Crédit du Nord n’ont pas convaincu. Le titre boursier a perdu près de 10 % depuis six mois.
2 – Que pèse Société générale sur le continent ?
Présente dans 17 pays et plaçant trois banques (Maroc, Côte d’Ivoire et Tunisie) dans les 100 premiers établissements financiers, Société générale reste un acteur de premier plan en Afrique qui représente 8 % de l’activité de la sixième banque d’Europe. En Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Sénégal, en Guinée, la banque française s’inscrit directement dans le trio de tête en terme de total de bilan. Mais sortie de l’Afrique de l’Ouest, Société générale a peiné à s’implanter.
Au Maroc, qui est pourtant sa filiale la plus importante, elle n’est que la quatrième banque du pays. Sept ans après s’être implantée au Mozambique, Société générale se désengage. Surtout, le géant français n’a jamais réussi à percer sur les principaux marchés que sont l’Afrique du Sud, le Nigeria ou encore l’Égypte.
3 – Quelles filiales sont en vente ?
Depuis juin 2023, Société générale a officiellement annoncé son retrait de six pays: Burkina Faso, Mozambique, Congo, Guinée équatoriale, Tchad et Mauritanie. En Tunisie, où elle détient 52 % de l’UIB, elle est en « réflexion stratégique ».
Seuls deux dossiers sont définitivement bouclés: le gabonais BGFI Bank a récupéré Société générale Congo et Coris bank, du Burkinabè Idrissa Nassa, a mis la main sur la filiale du Tchad. Cette dernière lorgne aussi SG Mauritanie mais l’État pourrait exercer son droit de préemption. L’homme d’affaires américano-burkinabè, Simon Tiemtoré, est en pôle position pour reprendre les filiales au Burkina Faso et au Mozambique, via Vista Group. Il a également des vues en Guinée équatoriale mais la procédure est au point mort.
4 – Quelles filiales sont sur la sellette ?
Depuis l’annonce officieuse le 7 mars dernier du rachat de Société générale marocaine de banques (SGMB) par l’ancien ministre Moulay Hafid Elalamy, « tout semble possible aujourd’hui et rien ne garantit que les autres filiales africaines ne vont pas être vendues », estime Ahmed Diallo, analyste à Sika Finance en Côte d’Ivoire.
Jusqu’ici, les experts penchaient plutôt pour la vente de succursales les moins rentables comme au Togo ou au Bénin. À Cotonou, Vista Bank est d’ailleurs sur les rangs mais, comme en Guinée équatoriale, l’État envisage de mettre son veto. En Tunisie, la banque marocaine Attijariwafa bank et l’assureur tunisien Maghrebia, épaulé d’un banquier algérien, sont les noms qui ressortent le plus souvent.
5 – Quels sont les profils des repreneurs ?
L’accélération attendue de la Zone de libre-échange continentale africain (Zlecaf) ouvre une fenêtre d’opportunité pour les investisseurs financiers régionaux et continentaux, que ce soit des groupes ou des États africains. La redéfinition des contours de la zone CFA, où Société générale est très implantée, apparaît comme une opportunité. Quant aux États des pays aux petits marchés (Bénin, Mauritanie, Guinée équatoriale), ils n’hésitent pas à intervenir car ils craignent que les filiales de leur territoire soient délaissées par les nouveaux repreneurs, comme le montre le cas de Société générale.
Source: JeuneAfrique
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