Manon Laplace
Africa-Press – Niger. À Niamey, les manifestations de soutien au président nigérien ont laissé place à des rassemblements favorables aux putschistes où ont émergé des drapeaux russes. Comme à Bamako et Ouagadougou précédemment.
La rue s’est d’abord affichée en faveur de Mohamed Bazoum. Dans l’après-midi du mercredi 26 juillet, des soutiens du président, retenu depuis le matin par des mutins de la garde présidentielle, se massaient place de la Concertation, à Niamey. Proclamant faire rempart à « la déstabilisation des institutions du pays », les partisans du chef de l’État ont même tenté de marcher vers le palais présidentiel, avant d’être repoussés par des tirs de sommation de la garde présidentielle.
Nouveau jour, nouvelle dynamique. Ce jeudi 27 juillet, le sort de Mohamed Bazoum semblait scellé, après que l’état-major des armées a annoncé « souscrire » à la déclaration des putschistes. Jets de pierres, véhicules incendiés, bureaux politiques pris pour cibles… Des violences ont essaimé dans la capitale nigérienne.
« Vive les militaires nigériens, maliens et burkinabè »
Aux abords du siège du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarayya), la formation de Mohamed Bazoum, de nombreux véhicules ont été incendiés. « Le bâtiment a été saccagé alors que des femmes s’y étaient réunies pour manifester leur soutien au président. Certains de nos militants ont été molestés », raconte un cadre du parti, qui veut encore croire à l’appui du peuple.
Alors que Mohamed Bazoum n’a toujours pas officiellement quitté le pouvoir, les slogans entendus dans les rues de Niamey racontent une autre histoire. « Vive les militaires nigériens, vive les militaires maliens et burkinabè », scande un manifestant dans une vidéo. Le parallèle avec ces voisins n’est pas fortuit. Comme lors des renversements des régimes de Bamako et Ouagadougou, des slogans anti-français ont été entendus ce jeudi à Niamey.
Lors du coup d’État du 2 octobre 2022 à Ouagadougou – le second en moins d’un an –, des centaines de manifestants s’étaient attaqués à l’ambassade de France après la propagation d’une rumeur affirmant que le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba avait trouvé refuge dans la base de Kamboinsin, en périphérie de la capitale, où étaient postées les forces spéciales françaises.
Paris en difficulté
Jusqu’ici considéré comme un partenaire privilégié de Paris au Sahel, le Niger n’est pas pour autant épargné par le sentiment anti-français, de plus en plus tenace dans la région. Au-delà de l’héritage colonial douloureux, certains épisodes récents ont laissé des traces. En novembre 2021, un convoi militaire de la force française Barkhane parti d’Abidjan et censé rejoindre le Mali avait été bloqué au Burkina Faso puis au Niger. Trois manifestants avaient été tués lors de heurts dans la ville nigérienne de Téra.
De là à conclure que les nouveaux hommes forts du pays, s’ils mènent leur putsch à bien, s’inscriront dans le sillage de leurs homologues sahéliens et tourneront le dos à leurs partenaires français ? Il est encore trop tôt pour le dire. Selon certains spécialistes des questions sécuritaires au Sahel, le haut commandement de l’armée nigérienne n’est pas aussi résolu et une partie de ses officiers restent favorables à un partenariat avec la France.
Reste que le quatrième communiqué du Comité national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), comme se sont renommés les putschistes, visait ouvertement Paris. « Il a été constaté que le partenaire français a passé outre [la fermeture des frontières aériennes] pour faire atterrir un avion militaire […] à l’aéroport militaire de Niamey », a ainsi dénoncé le colonel-major Amadou Abdramane, porte-parole des mutins, à la télévision nationale.
Autre symboles maintes fois observés au Mali et au Burkina Faso : l’agitation de drapeaux russes lors des manifestations. Bien qu’encore sporadique à Niamey, leur présence alimente déjà bien des spéculations quant aux futurs partenariats du Niger. Depuis plusieurs années, la Russie a su tirer parti – et habilement instrumentaliser – le désamour grandissant entre les Africains et l’ancienne puissance coloniale française, avec laquelle Moscou est engagé dans une guerre d’influence sur le continent.
La Source: JeuneAfrique.com
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