Soufiane Khabbachi
Africa-Press – Niger. Depuis le début du coup d’État au Niger, le Maroc s’est montré particulièrement réservé dans ses prises de position. Une attitude mesurée qui tranche avec celle de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), pleinement engagée depuis le renversement du président Bazoum.
Parler de discrétion serait un euphémisme. Quelques jours après que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a annoncé, jeudi 10 août, qu’elle se tenait prête à intervenir militairement au Niger, le Maroc se montre toujours aussi silencieux sur le coup d’État, tandis que le président nigérien Mohamed Bazoum est détenu par les putschistes du général Abdourahamane Tiani depuis le 26 juillet.
Une unique déclaration
Les États d’Afrique de l’Ouest sont pleinement mobilisés et multiplient réunions et initiatives à travers la Cedeao. L’Algérie, pays frontalier, est également sur le qui-vive, y voyant un risque sécuritaire direct avec un voisin qui partage un peu moins de 1 000 km de frontières. Mais, du côté du Maroc, la diplomatie est restée très en retrait du conflit.
La seule réaction en provenance de Rabat s’est faite par la voix de son représentant permanent auprès de l’Union africaine (UA), Mohamed Arrouchi, lors d’une réunion du Conseil de paix et de sécurité consacrée à la situation au Niger le 30 juillet. Celui-ci a déclaré que le royaume faisait « confiance à la sagesse du peuple et des forces vives du Niger pour préserver les acquis, maintenir son rôle régional constructif important et œuvrer à la réalisation des aspirations du peuple frère du Niger ».
De manière générale, la diplomatie marocaine a très peu pris position sur les différents putschs qui ont eu lieu au Sahel, et s’emploie rarement à commenter ce qui n’a pas trait de près ou de loin à la question du Sahara. Cependant, la proximité du lieu où se déroulent les évènements, à laquelle s’ajoute la vaste mobilisation dont font preuve les autres États africains et ouest-africains en particulier, auraient pu laisser penser que le Maroc, cette fois, s’impliquerait davantage, aux côtés des membres Cedeao notamment, bien qu’il n’en fasse lui-même pas partie.
Ainsi, et depuis cette unique déclaration du 30 juillet de son ambassadeur à l’UA, aucun des différents rebondissements – des révélations sur les conditions de détention du président Bazoum à l’annonce d’une possible intervention militaire de la Cedeao – n’ont poussé la diplomatie marocaine à réagir. Et ce malgré la volonté affichée par Rabat d’opérer un rapprochement avec l’organisation ouest-africaine ces dernières années. Contactés, ni Mohamed Arrouchi ni le ministère des Affaires étrangères, Nasser Bourita, ne nous ont répondu.
« Aucune autre cause que celle du Sahara »
Cette grande prudence n’est pas une première et se constate déjà à l’échelle continentale et internationale. À l’occasion du vote à l’ONU du 2 mars 2022 condamnant l’invasion russe en Ukraine, qui avait suscité une très large condamnation de la communauté internationale, le royaume s’était distingué en faisant partie des rares pays à n’avoir pas pris part au vote.
Dans la foulée de l’adoption de la résolution onusienne, un ancien diplomate déclarait alors à JA que le Maroc n’avait « aucune autre cause que celle du Sahara ». Lors des coups d’État antérieurs au Mali et au Burkina Faso, Rabat avait déjà choisi de rester mesuré en optant pour le principe de précaution, voire de neutralité.
Quant à l’arrivée au pouvoir des juntes militaires au Mali, en Guinée et au Burkina Faso, que le Maroc n’a jamais clairement condamné, celle-ci ne l’a pas non plus empêché de conserver des liens avec ses partenaires. Le 11 juin dernier, à Dakhla, le ministre des Affaires Étrangères, Nasser Bourita, a assuré en présence de son homologue burkinabè « suivre avec intérêt le développement du processus de transition » au Burkina Faso, qu’il a au passage estimé être « sur la bonne voie ».
Le chef de la diplomatie marocaine a également qualifié les mesures prises par l’actuel président de la transition, Ibrahim Traoré, « d’ importantes pour renforcer la stabilité et relancer le processus de développement ». Dans la foulée, les deux pays ont signé une dizaine accords de coopération dans plusieurs domaines dont ceux des douanes, de la justice, de l’eau, de l’éducation, et de l’enseignement supérieur.
Un mois plus tard, c’était avec la Guinée du putschiste Mamadi Doumbouya que Rabat organisait, le 10 juillet, la 7e session de la commission mixte de coopération maroco-guinéenne au cours de laquelle huit accords ont été signés dans les domaine du commerce, de l’investissement, de l’agriculture, de la santé ou encore de l’éducation.
« Pragmatisme »
Cette neutralité prononcée, que le Maroc qualifie régulièrement via ses communiqués ou ses représentants de « pragmatique », est donc à nouveau à l’œuvre au Niger. À ce stade, et à l’inverse d’autres États de l’UA, qui a d’ailleurs d’ores et déjà adopté une série de sanctions contre la junte, il semble envisageable que Rabat puisse, à terme, composer avec le nouveau pouvoir en place si celui-ci venait à se maintenir.
« La position du Maroc a toujours été, en cas de conflit, de poursuivre sa coopération Sud-Sud indépendamment de ce qu’il peut se passer », nous affirme l’ancien diplomate Ahmed Faouzi, qui ajoute que la position du Maroc « ne constitue pas un silence ». « L’ADN de la diplomatie marocaine est de ne jamais intervenir dans les affaires domestiques des autres États et de se positionner en intermédiaire neutre, surtout quand il s’agit des pays qui lui sont proches comme les pays africains », soutient cet ex-ambassadeur en Côte d’Ivoire.
La coopération dans les secteurs éducatifs et religieux sont, notamment, assez développés. « Le Maroc et le Niger sont deux pays très liés » , poursuit Ahmed Faouzi, qui rappelle également que de nombreux jeunes Nigériens viennent effectuer leurs études au Maroc. Autre détail potentiellement non-négligeable pour la diplomatie marocaine, le Niger n’a, contrairement à d’autres pays du continent, jamais reconnu la République arabe sahraouie démocratique (RASD).
Source: JeuneAfrique
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