Mohamed Bazoum favori du second tour de la présidentielle au Niger

Mohamed Bazoum favori du second tour de la présidentielle au Niger
Mohamed Bazoum favori du second tour de la présidentielle au Niger

Africa-PressNiger. Difficile d’accuser Moussa Tchangari de mansuétude à l’égard du pouvoir nigérien. L’activisme du président de l’ONG Alternative Espaces Citoyens l’a conduit, en 2020, quelques semaines derrière les barreaux avec d’autres figures de la société civile. L’activisme du président de l’ONG Alternative Espaces Citoyens l’a conduit, en 2020, quelques semaines derrière les barreaux avec d’autres figures de la société civile. Une arrestation permise par l’utilisation opportune de lois limitant l’organisation d’une manifestation en temps de Covid-19. Ni connivence, donc, ni mea culpa. Moussa Tchangari en a vu d’autres.

A l’issue du second tour de la présidentielle organisé dimanche 21 février, Mahamadou Issoufou quittera le pouvoir sans avoir tenté de tordre le cou de la Constitution, qui lui interdisait de faire plus de deux mandats présidentiels. Moussa Tchangari lui accorde ce mérite notable en Afrique de l’Ouest, où la tendance est plutôt à s’accrocher aux accoudoirs du fauteuil présidentiel. Son jugement globalement positif porté sur le processus électoral qui doit s’achever dimanche mérite donc d’être écouté. « Ce fut, dit-il, une campagne libre. » « Libre, voire libertine. Tout le monde a pu mener campagne où il voulait et dire ce qui lui passait par la tête, y compris n’importe quoi », précise-t-il.

Dimanche, les Nigériens en âge de voter devront départager Mohamed Bazoum et Mahamane Ousmane, les deux candidats survivants d’un premier tour organisé le 27 décembre 2020 avec 28 autres prétendants. Par le fait d’un système électoral très permissif, beaucoup d’entre eux étaient inconnus auprès de la plupart des électeurs. Quant à l’identité des participants au duel final, elle n’est pas surprenante.

Sortir le pays de la misère et l’insécurité

D’un côté, Mohamed Bazoum, le favori, le candidat du parti au pouvoir depuis dix ans, ancien ministre de l’intérieur. Ce compagnon de route de Mahamadou Issoufou depuis trente ans, dont il promet de continuer l’œuvre pour sortir le pays de la misère et l’insécurité, a obtenu un peu moins de 40 % des voix au premier tour. « Même en retirant quelques résultats litigieux mais non déterminants dans certaines circonscriptions, on ne peut pas nier que le PNDS [Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme, au pouvoir] a fait un score », reconnaît Moussa Tchangari.

Le PNDS a d’ailleurs empoché 80 des 166 sièges mis en jeu lors des législatives organisées en même temps que le premier tour de la présidentielle. Mohamed Bazoum a évidemment profité de l’implantation nationale de la machine partisane qui l’avait elle-même désigné. Ce n’est pas le cas de toutes les formations, dont la plupart sont structurées sur des bases régionales et communautaires. Il a aussi pu compter sur la « mobilisation » des moyens de l’administration pour sa campagne. « Ici comme dans tous les pays de la région, la politique est une question d’argent et, en comparaison, les moyens dont disposaient les deux candidats étaient sans commune mesure », affirme un observateur local.

La promesse de portefeuilles ministériels ou d’autres fonctions ont également permis à Mohamed Bazoum de se rallier deux candidats importants battus au premier tour : Albadé Abouba et Seini Oumarou. Théoriquement, le report de voix de leurs partisans sur le champion du PNDS lui garantirait une confortable victoire, au-delà des 60 %.

Mais cela ne fait pas tout. Il y a des mois déjà, bien avant l’ouverture officielle de la campagne électorale, que Mohamed Bazoum s’était mis en route pour convaincre les électeurs, petits et grands. L’homme ne manquait pas de notoriété. Mais à la différence de tous les autres, il ne pouvait compter sur un fief régional, un électorat naturel acquis, captif. « Dans ce sens, son élection serait un bon signe, la victoire d’un candidat issu d’un groupe ethnique ultraminoritaire – celui des Oulad Souleymane, communauté arabe présente au Tchad, au Niger et surtout en Libye –, alors que dans la région les politiques se déchirent sur des lignes communautaires », se félicite un diplomate occidental.

« Argument identitaire »

Le camp d’en face a d’ailleurs tenté d’exploiter le filon, de semer le doute sur la légitimité – et la légalité – de la candidature d’un homme qui, affirment ses opposants, serait né en Libye, et non au Niger. Sani Mahamadou, directeur de campagne de Mohamed Bazoum et fils du président Issoufou, rappelle que « le même argument identitaire a déjà été utilisé, en vain, par le passé contre des candidats ». Notamment contre Mahamane Ousmane auquel on reprochait des ascendances tchadiennes. Ce qui ne l’empêcha pas d’être le premier président démocratiquement élu du pays en 1993, avant de se faire déposer par un coup d’Etat trois ans plus tard.

C’est lui, Mahamane Ousmane, qui affrontera, dimanche, Mohamed Bazoum. Après les deux mandats du président sortant, difficile pourtant, pour cet économiste de 71 ans – soit dix de plus que son challenger – formé en France et au Canada, d’apparaître comme un candidat du renouveau. C’est la cinquième fois qu’il tente de reconquérir le pouvoir et il part avec un sérieux handicap, n’ayant obtenu que 17 % des voix au mois de décembre 2020. Un score atteint uniquement grâce à une alliance de dernière minute scellée avec celui dont l’ombre plane sur le paysage politique nigérien, Hama Amadou.

Cet ancien président de l’Assemblée nationale s’affiche comme le principal opposant du pouvoir en place. Mais il n’a pas pu défendre ses chances, en raison d’une condamnation à un an de prison en 2017 dans une affaire de trafic d’enfant. C’est lui que le camp de Mohamed Bazoum soupçonne de vouloir jouer la carte du pire en cas de défaite de son allié de circonstance. « L’opposition ne s’est pas préparée pour l’élection mais pour la contestation », accuse Sani Mahamadou. Des vidéos circulent sur les réseaux sociaux appelant « à la résistance ». Sur l’une d’elles, un ancien chef d’état-major de l’armée demande à la population de « se préparer à marcher sur Niamey ». D’autres invitent à « ne pas se laisser imposer un président libyen » ; à « ne pas choisir un Blanc » en référence au teint clair de Mohamed Bazoum. « L’idée est de décrédibiliser la victoire de Mohamed Bazoum en dénonçant des fraudes et en remettant en cause son identité. Cet opportunisme électoral communautaire est dangereux », dénonce Moussa Tchangari.

Dans un pays qui a connu quasiment quatre coups d’Etat pour six élections régulières et où, ces dernières années, les mouvements djihadistes prospèrent sur les lignes de fracture ethniques, ces appels à la division et au recours à la manière forte ne sont pas pris à la légère. « Hama Amadou est aujourd’hui hors circuit et il risque de jouer son va-tout », s’inquiète un observateur. A ce jour toutefois, la campagne n’a été émaillée que d’incidents très mineurs. Et au final cette élection pourrait s’inscrire comme une date historique : la première transmission de pouvoir entre deux présidents démocratiquement élus depuis l’indépendance de cette ancienne colonie française, en 1960.

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